L'Univers de Dune > Cycle de Dune par Frank Herbert

Luddisme, néoluddisme et Jihad Butlerien

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Delta Pavonis:
Le signifiant « butlerien » était dans l’air depuis un siècle. La rage contre les machines aussi.

Mais il faut préciser certains points.

Extrêmement rares sont les appels à détruire les machines comparables à celui de l'écrivain anglais Samuel Butler en 1872 : « Jour après jour, les machines gagnent du terrain sur nous ; jour après jour nous leur sommes plus asservis ; chaque jour de plus en plus d’hommes sont liés à elles comme des esclaves pour s’en occuper, chaque jour un plus grand nombre consacrent l’énergie de toute leur existence au développement de la vie mécanique. L’heure viendra où les machines détiendront la véritable suprématie sur le monde et ses habitants. Nous pensons qu’une guerre à mort devrait leur être déclarée sur-le-champ. Toute machine de n’importe quel type devrait être détruite par celui qui se soucie de son espèce. Ne faisons aucune exception, pas de quartier ! »

Le « luddisme » et le « néo-luddisme»

* Le mot « luddisme » désigne un mouvement de « briseurs de machines », qui s'est manifesté au début du XIX e  siècle en Angleterre.

* Le mot « néo-luddisme » est créé en 1990 par la militante américaine Chellis Glendinning.

Le néo-luddisme est un néologisme datant de 1990 et désignant une mouvance activiste d'orientation technophobe, c'est-à-dire manifestant son opposition à tout ou partie du progrès technique et se concrétisant par le parasitage, la dégradation, la destruction d'équipements ou encore des occupations de terrain, visant à empêcher la construction de grandes infrastructures jugées contraires aux valeurs et croyances diverses des dits activistes.

Cette mouvance apparait lorsque la micro-informatique fait son apparition dans les foyers, durant les années 1980. On l'observe essentiellement en France et aux États-Unis, sans qu'aucune concertation ne vienne fédérer les actions.
Dans la majorité des cas, ces actions sont justifiées par un discours axé sur la dénonciation des effets néfastes des technologies sur les individus et les communautés. Elles s'apparentent alors à la pensée technocritique.

Bien que contournant ouvertement la loi, les néo-luddistes invoquent les principes de légitimité, de désobéissance civile et de résistance à l'oppression, allant jusqu'à conférer à leurs actes une valeur civique. La plupart d'entre eux prônent un retour à des valeurs « naturelles », en opposition à celles imposées par la prolifération des « nouvelles technologies », qu'ils jugent porteuses de risques élevés pour l'environnement et pour l'humanité. , Une partie des néo-luddistes prônent la non-violence et la bienveillance (c'est le cas notamment dans les « zones à défendre ») ; d'autres la destruction de biens jugés nocifs (exemple : arrachage de plants d'OGM) ; le cas de l'Américain Theodore Kaczynski, auteur de plusieurs attentats criminels entre 1978 et 1995, est exceptionnel.

  Décrire le monde actuel comme un monde de machines tolérant encore des humains plus que comme un monde humain équipé de machines semble une proposition réaliste. On nous demande d’aimer ces machines – et certains les adorent… –, mais nous ne pouvons parfois empêcher la haine qu’elles nous inspirent de s’exprimer. Au point de vouloir les détruire.

Que peut-on faire contre elles ? Elles ont déjà vaincu les luddites anglais des années 1810 et c’est, portée par l’ivresse de cette victoire, que la révolution industrielle a pu s’accomplir. Les néoluddites américains des années 1990 ont peut-être baissé les bras un peu vite. Où en sommes-nous aujourd’hui dans ce monde où les machines semblent l’avoir emporté ? La lutte continue, bien sûr.

On pourrait croire que le néoluddisme est une aventure américaine qui appartient à un temps que les moins de 40 ans ne peuvent pas connaître. Tout cela peut sembler appartenir au passé, peut-être même paraître dépassé aux yeux de certains – qui prêchent aujourd’hui la réconciliation avec les machines en citant Simondon comme d’autres invitaient à leur faire bon accueil dans les années 1980 au nom de l’idée d’« outil convivial » d’Ivan Illich – mais, au cours de la vingtaine d’années qui nous séparent de ce moment néoluddite, la présence des machines dans le monde n’a fait que croître au point qu’elles ont fini par « coloniser  le quotidien ». Les foyers en sont désormais remplis.

Sources : David, Christophe. « Rage against the machines. Notes sur l’affect antitechnologique », Écologie & politique, vol. 61, no. 2, 2020, pp. 117-136. et Wikipedia.

Bontemps, Vincent. « Penser l’innovation sur Arrakis ", Dune, exploration scientifique et culturelle d’une planète-univers, Le Bélial’, 2020 pp  139-150.

Il Barone:
Merci pour ce beau sujet de réflexion bien documenté.  :) :) :)

Face à l'envie de l'auteur de décrire une évolution possible de l'humain se trouve, en SF, le recours à la technologie (mécanique, informatique, intelligence artificielle) ou la rencontre extraterrestre (transfert de technologie, mélange génétique, ou équivalent). Comme Frank Herbert s'intéressait profondément à l'impact de l'environnement sur la psyché et l'évolution humaine (son thème de prédilection depuis "le dragon sous la mer"), il devait se débarrasser de toutes les béquilles technologiques pouvant empêcher l'humanité d'avancer par elle même. Il lui fallait mettre en place les conditions d'une évolution Darwinienne du genre humain.

Le Jihad Butlerien, l'invention du bouclier, sont les moyens pour l'auteur de mettre en place un univers ou l'homme se retrouve confronté seul aux challenges de son environnement. Il apprends les arcanes du combat au corps à corps, imite les computations des ordinateurs, utilise les environnements extrêmes pour entrainer ses guerriers, planifie des croisement génétiques pour générer l'homme providentiel qu'attend le peuple (ou des canisièges)... Autant de réponses de l'homo-sapiens pour le faire évoluer vers sa prochaine incarnation (homo-spacien ?)

Néanmoins Frank Herbert recoure quand même à un élément de bio-ingénierie (l'épice) pour permettre aux individus de repousser les limites de l'humain au point de créer les navigateurs de la guilde. Même si elle n'est pas le fait de l'homme, mais de la nature, l'épice enchaine l'humanité comme toutes les béquilles technologiques qu'elle aurait pu inventer. Débarrasser l'Homme de sa dépendance à l'épice est d'ailleurs l'enjeu de "L'Empereur-Dieu de Dune".

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