Auteur Sujet: Le Messie de Dune: préface de Pierre Versins  (Lu 3169 fois)

Hors ligne Ghanima

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Le Messie de Dune: préface de Pierre Versins
« le: janvier 13, 2005, 12:32:41 pm »
Comme promis mais avec beaucoup de retard... voici la préface au Messie par Pierre Versins, je rappelle que les 2 préfaces proviennent de la meme collection réunie par.... Pierre Versins ! quelle surprise  :wink: "les chefs-d'oeuvre de la science fiction":


Car les deux volumes sont inséparables.
J?aurais, en ce qui me concerne, préféré une allusion à l?Orestie, cette autre tragédie antique où le Destin aussi a quelque chose à dire et le dit. Car, presque à l?instar d?Oreste, le père de Paul Atréides aurait pu être tué par sa femme Jessica (elle est accusée, au moins, de vouloir l?assassiner), et Paul lui-même est sauvé par miracle. S?il n?est pas envoyé à la cour de Strophius, roi de Phocide, c?est tout comme, puisqu?il part dans le désert de Dune vivre parmi les Fremen.
Ou à la Thébaïde, à cause d?Alia, s?ur de l?Empereur, laquelle acquiert, avant même sa naissance, une mémoire raciale qui fait d?elle la maÎtresse concubine de son père, qui fait d?elle la mère de son frère, qui la fait sa propre mère donc et lui confère toutes les connaissances accumulées des Révérendes Mères Bene Gesserit.
On n?en a guère parlé, du Bene Gesserit. On va réparer. Puis on s?occupera un brin d?écologie.
Il ne comporte que des femmes, le Bene Gesserit, mais n?a rien à voir avec le MLF. Une confrérie occulte qui s?est lancée dans une quête au surhomme grâce à des méthodes rappelant fortement l?élevage des bovins ou, si l?on veut à toute force s?en tenir à la science fiction, l?Enfant de la Science, de Robert Heinlein (1942), ce qui ne nous éloigne guère d?un racisme gênant, mais quoi, on ne peut avoir d?épopée sans quand même une mentalité curieuse, que celle qui pousse périodiquement certains écrivains américains ?et autres mais surtout américains, semble-t-il) à supposer que l?Histoire est le fait de héros isolés. Peut-être ont-ils eu trop de self-made men ?
Une mythologie comme une autre, après tout. Et leur Histoire à eux n?est pas encore tout à fait rodée.
Bref, voici la base du Credo du Bene Gesserit :
« Avant nous, l?ensemble des méthodes d?enseignement était marqué par l?instinct. Nous avons appris à apprendre. Avant nous, les chercheurs dominés par l?instinct ne possédaient qu?une marge d?attention limitée, bien souvent, à la seule durée d?une vie. Jamais ils ne mirent en ?uvre des projets portant sur trente ou cinquante générations. Le concept même de l?éducation complète du système nerveux et musculaire n?apparut jamais alors. »
Tel que c?est énoncé là, ce programme, ça ne manque en tout cas pas d?obscurité. Une sorte de yoga, si l?on veut, en tout état de cause une méthode orientale. Le roman tout entier est un hymne à l?Orient.
Mais pour qui a lu Fondation, Fondation et Empire et Seconde Fondation, la célèbre trilogie d?Isaac Asimov, le rapport est aveuglant. Le Bene Gesserit, qui est d?abord une société plus ou moins secrète (aussi secrète que les Rose-Croix ou les Francs-Maçons) dont le but est la maîtrise politico-religieuse de l?univers, essaie pour cela de renforcer chez ses membres à la fois la maîtrise de soi et la compréhension du cosmos, l?une amenant l?autre et le tout pouvant servir de levier pour « soulever le monde ».
Ah, oui, en passant, la postérité des surhommes van vogtiens, n?est pas morte, loin de là. Mais comment s?en débarrasser ?
A présent, ave ce second volume, Paul Atréides a conquis l?univers, l?univers exploré, colonisé par l?homme déjà, s?entend. Car il contrôle Dune contrôle l?Epice et qui contrôle l?Epice, contrôle la Galaxie tout entière. Guilde spatiale et Bene Gesserit ont un besoin vital de Dune et, donc, de l?Imperator Muad?Dib, Paul Atréides.
Et ici, queque chose me gêne mais je vais reprendre, auparavant, pour ceux qui faisaient l?école buissonnière à mon dernier cours et se sont excusé, la bio-bibliographie lapidaire de l?Auteur :

Frank Herbert, écrivain américain, est né en 1920 et a fait tardivement ses débuts en science fiction, au mois d?avril 1952. Parmi les nombreux métiers qui l?ont occupé et ont enrichi sa vision du monde avant qu?il ne se lance dans la carrière d?auteur professionnel (il a surtout été journaliste, notons-le), un est en rapport direct avec ce roman-ci et lui a permis sans doute d?en rendre les bases solides= il a, en effet, enseigné à des soldats les moyens de survivre en pleine jungle. On verra, en lisant Le Messie de Dune, si on ne l?a pas vu en lisant Dune, l?importance de ceci.
On lui doit une trentaine de nouvelles surtout longues, et une dizaine de romans jusqu?à ce jour :
Note de Ghanima : merde j?ai pas envie de réécrire ce paragraphe très chiant à taper quand on veut aller vite, alors pour les références des bouquins aller voir dans « préface à Dune par Pierre Versins » c?est la même chose que ce que je suis sensée taper ici. (hé mince y?a des trucs en plus? enfin bref l?étoile et le fouet, dont j?ai la préface de P.V. aussi et Projet 40)


Ceci déclaré (Brahim, à moins que l?on ne préfère Bel-Abbès? j?ai hésité longtemps, mais j?ai osé), quelque chose me gêne toujours. Beaucoup de choses me gênent, en définitive, dans la science fiction, c?est aussi une raison de l?étudier, et bien et à fond.
Pourquoi diable, étant donné que c?est l?équilivre écologique même ?désertique- d?Arrakis qui produit l?Epice indispensable à tant de gens, dans cet avenir herbertien, pourquoi diable vouloir le changer ? (Note n°2 de Ghanima : je rappelle que cette préface date des années 70 et que les bouquins suivant le messie n?existaient pas encore) On rencontre, au début de Dune, l?écologiste en chef qui disparaît très vite de la scène. C?est le planétologiste impérial Kynes dont le père a dit : « La plus haute fonction de l?écologie est la compréhension des conséquences. »
Ce n?est pas là une fonction vraiment spécifique de l?écologie, puisque la phrase pourrait s?appliquer aussi bien à n?importe quoi à peu près? remplacez « écologieé par « politique », par « science », par « technique » (la résistance des matériaux, important, n?est-t-il pas vrai ?), etc. Mais c?est bien.

Sur la Terre, on lutte écologiquement pour préserver notre environnement. Sur Dune, pour le changer. Le but de Paul Atréides, c?est de « terraformer » Arrakis, c?est-à-dire de rapprocher autant que faire se peut son écologie jusque-là désertique de celle qui règle sur la Terre les échanges biologiques, ce qui constitue notre biosphère. Mais l?Epice, alors, le Mélange dû au ver des sables, le Petit Faiseur ? que deviendrait-il ou elle ? A mesure que reculeront les dunes, l?Epice se raréfiera. Bon. Après tout, ce n?est pas notre problème. Enfin, on verra.

Mais c?est ici que le métier de Frank Herbert, l?un de ses métiers, celui auquel je faisais allusion plus haut (« il a, en effet, enseigné à des soldats les moyens de survivre en pleine jungle »), lui aura été utile : il lui permet de rendre Dune et la vie rude des Fremen plausibles. Imaginez un peuple d?hommes réduits à vivre chacun en économie fermée stricte, mais stricte à un point incroyable. Jamais jusqu?alors la science fiction ne nous avait proposé ? sauf peut-être dans certains romans de Hal Clement, voir Question de Poids, dans la présente sélection ? quelque chose d?analogue : hors de leurs cavernes, les Fremen ne peuvent vivre que dans un survêtement dissimulant un appareillage complexe qui recycle tout le liquide contenu dans leurs excrétions, urine, transpiration, etc. (et c?est pourquoi un pleur est l?offrande par excellence, pourquoi Paul Atréides sera regardé par les Fremen comme un humain hors du commun pour avoir versé des larmes à la mort d?un adversaires). C?est le « distille », au nom bien trouvé.
Et Muad?Dib, adopté par les Fremen deviendra Dieu, en mourant comme tout dieu qui se respecte assez pour s?être, au moins, incarné ne fût-ce qu?un temps. Il partira dans le désert, sans distille, et sa légende ne fera que croître désormais.

Mais on peut imaginer que, en dépit de l?ignorance de l?Auteur lui-même en ce qui concerne les motivations de son héros, celui-ci, Muad?Dib, ayant compris les ravages que produisaient l?Epice, ait voulu en restreindre la production, pour enfin qu?elle s?arrête ? en ce cas, la transformation de Dune aurait un sens. Et c?est pourquoi je disais qu?on verrait, il n?y a pas si longtemps.
Aussi m?en tiendrai-je là. Conjecturer sur une conjecture, c?est conjecturé, je pense, pour ne pas dire hasardeux.

Pierre Versins



j'ai aussi la préfade de "l'étoile et le fouet" si ça vous intéresse dites le je la noterai
Le dormeur doit se réveiller....

Hors ligne Dragon_des_Sables

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Le Messie de Dune: préface de Pierre Versins
« Réponse #1 le: janvier 13, 2005, 11:03:50 pm »
Merci Ghani de ta contribution, ça faisait longtemps que ce forum là n'avait plus cours  :wink:

Bon, pour l'article ça se voit qu'on est en 1972, et que la suite se fait attendre un peu... En plus, sur la production d"épice stoppé, il a en partie raison même si c'est Leto II qui reprendrale flambeau en quelque sorte...
es trois branches d'un accord sont l'intention, l'information et l'incertitude. La précision et l'honnêteté n'ont pas grand-chose à voir avec la question. (Leto II)

Unknown

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Le Messie de Dune : préface de Pierre Versins
« Réponse #2 le: février 18, 2005, 12:09:05 am »
Je ne dirais qu'une chose le Messie de Dune est peut être le plus bouleversants de toute la série et comme le dit Frank " la vérité souffre d'être trop analysée"

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Le Messie de Dune: préface de Pierre Versins
« Réponse #3 le: mars 28, 2005, 07:16:27 pm »
Un peu brouillon quand même sa préface. Il passe d'une chose à l'autre puis reviens puis repart....
Cependant, on sait dès Dune pourquoi Paul use de l'écologie (pour motiver ses troupes) et on sait pourquoi les Fremen veulent changer leur monde (pour en faire leur paradis). Bizarre donc qu'il parle de l'écologie comme ça...
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