Auteur Sujet: High-Opp: une source pour Dune et un roman d'actualité  (Lu 318 fois)

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High-Opp: une source pour Dune et un roman d'actualité
« le: novembre 19, 2016, 12:43:14 pm »
Vous trouverez ici le lien vers le dernier article du blog qui porte sur ma lecture d'un roman inédit de Frank Herbert, publié en 2014 en France chez Pocket, High-Opp.
Ce livre, très probablement écrit juste avant Dune résonne d'une façon particulière aux vues de l'actualité. En effet, dans ce roman, Frank Herbert dépeint une société dont la politique et la gestion de la Cité est gérée au travers de sondage. Un simulacre de démocratie participative (anticipée à l'époque par Frank Herbert  :snoob: ) que ce dernier - vous vous en doutez - condamne fermement.
On découvre dans ce roman de nombreuses correspondances avec Dune mais aussi avec un autre cycle, celui du Bureau des Sabotages.
Bref, High-Opp est un très bon livre que je vous recommande, tout comme cet article de notre blog  :bravo:

>> http://blog.dune-sf.fr/high-opp/
« Modifié: novembre 19, 2016, 01:14:07 pm par ionah »
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Re : High-Opp: une source pour Dune et un roman d'actualité
« Réponse #1 le: novembre 19, 2016, 08:41:37 pm »
une lecture très 'orthodoxe' de l'ouvrage, et surtout de la préface  :transpi:
la thématique abordée dans ce roman reste d'actualité, et je vais de ce pas me procurer un exemplaire !

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Re : High-Opp: une source pour Dune et un roman d'actualité
« Réponse #2 le: avril 22, 2017, 11:06:05 am »
dans la continuité de l'article du Blog et dans l'optique du prochain Festival de SF des Intergalactiques et du sujet auquel les rakinous Anudar et Leto participeront (les systèmes politiques chez Frank Herbert >> https://www.facebook.com/events/1866530296941878/ )je fais remonter cette archive du Monde Diplomatique qui, en  Janvier 2012, publiait 2 cours inédits de Pierre Bourdieu sur le sujet tangent à la problématique du roman de Frank Herbert : le sondage, l'opinion publique et la fabrique des débats.

>> https://www.monde-diplomatique.fr/2012/01/BOURDIEU/47159


Deux cours inédits de Pierre Bourdieu au Collège de France

La fabrique des débats publics

D’un côté, une situation économique et sociale inouïe. De l’autre, un débat public mutilé, réduit à une alternative entre austérité de droite et rigueur de gauche. Comment se délimite l’espace des discours officiels, par quel prodige l’opinion d’une minorité se transforme-t-elle en «opinion publique» ? C’est ce qu’explique le sociologue Pierre Bourdieu dans ce cours sur l’Etat donné en 1990 au Collège de France et publié ce mois-ci.



par Pierre Bourdieu



Un homme officiel est un ventriloque qui parle au nom de l’Etat : il prend une posture officielle — il faudrait décrire la mise en scène de l’officiel —, il parle en faveur et à la place du groupe auquel il s’adresse, il parle pour et à la place de tous, il parle en tant que représentant de l’universel.

On en vient ici à la notion moderne d’opinion publique. Qu’est-ce que cette opinion publique qu’invoquent les créateurs de droit des sociétés modernes, des sociétés dans lesquelles le droit existe ? C’est tacitement l’opinion de tous, de la majorité ou de ceux qui comptent, ceux qui sont dignes d’avoir une opinion. Je pense que la définition patente dans une société qui se prétend démocratique, à savoir que l’opinion officielle, c’est l’opinion de tous, cache une définition latente, à savoir que l’opinion publique est l’opinion de ceux qui sont dignes d’avoir une opinion. Il y a une sorte de définition censitaire de l’opinion publique comme opinion éclairée, comme opinion digne de ce nom.

La logique des commissions officielles est de créer un groupe ainsi constitué qu’il donne tous les signes extérieurs, socialement reconnus et reconnaissables, de la capacité d’exprimer l’opinion digne d’être exprimée, et dans les formes conformes. Un des critères tacites les plus importants dans la sélection des membres de la commission, en particulier de son président, est l’intuition qu’ont les gens chargés de la composition de la commission que la personne considérée connaît les règles tacites de l’univers bureaucratique et les reconnaît : autrement dit, quelqu’un qui sait jouer le jeu de la commission de la manière légitime, celle qui va au-delà des règles du jeu, qui légitime le jeu ; on n’est jamais autant dans le jeu que quand on est au-delà du jeu. Dans tout jeu, il y a des règles et le fair-play. A propos de l’homme kabyle, ou du monde intellectuel, j’avais employé la formule : l’excellence, dans la plupart des sociétés, est l’art de jouer avec la règle du jeu, en faisant de ce jeu avec la règle du jeu un hommage suprême au jeu. Le transgresseur contrôlé s’oppose tout à fait à l’hérétique.

Le groupe dominant coopte des membres sur des indices minimes de comportement qui sont l’art de respecter la règle du jeu jusque dans les transgressions réglées de la règle du jeu : la bienséance, le maintien. C’est la phrase célèbre de Chamfort : «Le grand vicaire peut sourire à un propos contre la religion, l’évêque rire tout à fait, le cardinal y joindre son mot (1).» Plus on s’élève dans la hiérarchie des excellences, plus on peut jouer avec la règle du jeu, mais ex officio, à partir d’une position qui est telle qu’il n’y a pas de doute. L’humour anticlérical de cardinal est suprêmement clérical.

L’opinion publique est toujours une espèce de réalité double. C’est ce qu’on ne peut pas ne pas invoquer quand on veut légiférer sur des terrains non constitués. Quand on dit « Il y a un vide juridique » (expression extraordinaire) à propos de l’euthanasie ou des bébés-éprouvette, on convoque des gens, qui vont travailler avec toute leur autorité. Dominique Memmi (2) décrit un comité d’éthique [sur la procréation artificielle], sa composition par des gens disparates — des psychologues, des sociologues, des femmes, des féministes, des archevêques, des rabbins, des savants, etc. — qui ont pour but de transformer une somme d’idiolectes (3) éthiques en un discours universel qui va combler un vide juridique, c’est-à-dire qui va donner une solution officielle à un problème difficile qui bouscule la société — légaliser les mères porteuses, par exemple. Si on travaille dans ce genre de situation, on doit invoquer une opinion publique. Dans ce contexte, la fonction impartie aux sondages se comprend très bien. Dire «les sondages sont avec nous», c’est l’équivalent de «Dieu est avec nous» dans un autre contexte. (mis en gras par le Forum de Dune)

[...]



>> lire la la suite sur le site du Monde Diplomatique
>> https://www.monde-diplomatique.fr/2012/01/BOURDIEU/47159