Auteur Sujet: Le Cerveau vert  (Lu 1264 fois)

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Le Cerveau vert
« le: janvier 15, 2012, 05:46:20 pm »
« Modifié: septembre 30, 2012, 10:53:10 am par Leto »



« Nos pères et nos mères ont commis l'ubris et ne sont plus,
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Re : Le Cerveau vert
« Réponse #1 le: septembre 30, 2012, 11:03:40 am »
Dans un futur proche, l'homme arrive à contrôler toutes les formes de vie de la planète et dans lequel il a exterminé quasiment tous les insectes. La Terre est divisée en deux zones : la « Zone verte », que les humains pensent dominer, et la « Zone rouge », qui n'a pas encore été conquise. Evidemment, la guerre est déclarée par les humains qui veulent toujours plus de vert sans savoir ce qu'il se passe dans le rouge.
Pour se faire, ils ont créé l'OEI, l'Organisation Ecologique Internationale, qui coordonne les actions des différents pays qui ont décidé de procéder à cette "désinsectisation de la planète". Le but affiché? Faire reculer les pathologies liées aux insectes et agrandir les espaces cultivables (et vivables) pour l'homme. Jusqu'au jour....

Le cerveau vert a été écrit en 1966, soit entre Dune et Le Messie de Dune. Il s'agit du 2ème roman du Maître hors Cycle. Le livre est plutôt réussi et la fin semblait annoncer une suite qu'on ne verra jamais. Mais on y reviendra...
La majeure partie de l'intrigue est un huis clos entre 3 personnages : Joao, "désinsectiseur" brésilien, Chen Lhu, observateur international chinois (dont le pays semble avoir réussi à se débarrasser des nuisibles) et Tanja une jolie entomologiste irlandaise dont la séduction semble être la meilleure arme. L'écriture alterne entre les épisodes de huis clos et la description de la menace qui pèse sur nos héros. Les personnages ont suffisamment de profondeur (sans pour autant que leur description pèse trop sur le roman), même si on pourrait reprocher le traitement réservé à Tanja (un peu trop deus ex machina quand ça arrange l'auteur), et le rythme pendant les situations de danger permet de garder le lecteur éveillé. Evidemment, certains détails rendent l'ensemble parfois un peu dépassé, mais ça ne gêne pas plus la lecture que ça.
Différents thème sont abordés dans ce roman. J'en développe quelques uns ici.

Géopolitique écologique
Sur le propos général du livre (en plus de la thématique écologique, on va y revenir), on retiendra la géopolitique dépeinte en fond de tableau. Cette toile de fond fait de ce livre un roman d'anticipation aussi bien que de science fiction.
Nous sommes sur Terre, dans un futur proche. D'un côté, les pays de l'OCDE (de l'époque, à savoir principalement l'Amérique du Nord et l'Europe) ont décidé de ne pas toucher à leur environnement (pas de massacre d'insectes, ou de transformation de zones rouges - peut-être parce qu'ils n'en ont pas). De l'autre, les pays communistes (Chine et Russie) qui, dans leur politique productiviste veulent transformer l'environnement.
Mais le théâtre de l'intrigue, c'est le Brésil (dictature militaire à l'époque), territoire de la forêt amazonienne. Outre ce facteur évident, il convient de rappeler que le Brésil est à l'époque une dictature (plus ou moins installée par la CIA). Ce qui en fait une terrain de lutte entre les Etats-Unis (où on reprochera à notre héros d'avoir fait ses études, qui lui ont "pollué la tête") et la Chine/Russie (via le personnage de Chen Lhu). Cela peut paraître réducteur mais le fait d'avoir introduit la politique mondiale (même si ce n'est que pour ancrer plus fermement le propos dans la réalité) est le fait de l'auteur. Et on ne peut que déplorer ce manichéisme. De même que l'idée selon laquelle les organisations internationales ne seraient que les paravents du camp d'en face. On remarquera également que les pays communistes sont des menteurs et des petits cachotiers (puisque leurs expériences respectives sont en train d'échouer mais qu'ils ne préviennent pas les autres pays, au risque de déclencher des crises mondiales).
On peut cependant s'étonner que, sur ce thème précis, introduise des frontières géopolitiques (les ennuis des russes ne semblent pas affecter les chinois; ni l'Amérique du Nord vs l'Amérique du Sud), alors qu'il n'y a pas plus planétaire que les problèmes écologiques (comme il le montre dans ses autres livres).

Cette fois, la nature est consciente...
Alors que dans Dune, Arrakis est transformée à son insu, que l'action des Fremens (même si elle se passe sur plusieurs générations, bien que catalysée par Paul), ici la les insectes sont conscients de ce qu'il leur arrive. On les voit s'organiser et essayer de comprendre qui leur fait cela est quelles sont ses motivations.
Ils ont également conscience de leur place dans la chaîne écologique. Sur ce point, Herbert confirme sa définition de l'écologie (donnée dans Dune et ses appendices) : la fonction de l'écologie est la compréhension des conséquences. Détruire le maillon des nuisibles peut induire des catastrophes plus grandes encore : "Parfois, [la vie] s'est épanouie au sein des excréments empoisonnés d'une autre forme de vie...". Sans étude d'impact sur les conséquences, aussi bien directes qu'à long terme, il est impossible de voir les interactions entre espèces/formes de vie ni de comprendre les conséquences de nos actes. Si ce discours peut nous paraître "normal" aujourd'hui (et pourtant il devrait être répété), il reste novateur pour l'époque (le cerveau a été écrit il y a 45 ans!!).

...et elle n'est pas contente!
Autre différence avec Dune (alors qu'on en voit des prémices dans le cycle conscience avec Avata) : ici la Nature ne va pas se laisser faire. Elle va répliquer, et de façon consciente donc. En effet, face à la guerre insecticide menée par les hommes, les coléoptères, cafards, et autres insectes vont s'organiser, s'adapter, s'unir et combattre l'homme. Pour conserver le rouge, qui reste leur territoire, et reconquérir le vert dans le but de survivre mais aussi pour sauver l'Humanité (malgré elle) qui ne voit pas qu'elle détruit le cycle de la vie, en annihilant un maillon essentiel.
Pour ce faire, ils vont "créer" une entité pensante et consciente qui va coordonner leurs actions, définir stratégie et plans d'attaques, tout en étudiant les humains. Point intéressant, on voit la tentative d'une entité purement rationnelle (rejetant toute émotion) de comprendre les émotions humaines. On nous décrit donc la Nature tranchante, une, contre l'individualité humaine et la répugnance qui semble guider les humains à tuer l'un d'entre eux pour sauver la communauté. On retrouve bien là le caractère sacré de la vie chez l'homme (du moins tel que véhiculé par la religion) : le sacrifice est prohibé.
Bref, les insectes (et leur cerveau) vont s'adapter aux poisons des hommes et contre-attaquer, à base d'acide ou de constitutions de monstres verts géants, sortes d'assemblages d'insectes. Et ça fait plutôt mal.

(les) Herbert est les fins
En lisant la fin du livre, je me suis dit que le Maître aurait pu écrire une suite au cerveau. Puis, je me suis remémoré certains de nos échanges sur ce forum à propos de l'épisode du cyborg dans les les Hérétiques de Dune ou encore de la fin du Triomphe de Dune (oui, c'est des 2 autres mais bon...). Là encore, plutôt que la guerre totale entre l'homme et une autre forme de vie, Herbert choisit l'assimilation, la fusion. La notion de bénéfice mutuel, chère aux américains, est parfaitement exploitée ici. Cependant, mais peut-être est-ce la rapidité de la conclusion du livre qui me fait dire ça, on reste sur notre faim. Comme le Bene Gesserit et les Honorée Matriarche, on attend tout au long du livre l'affrontement final. Mais non, tout se finit dans le compromis. C'est vrai que c'est facile, mais parfois frustrant (surtout quand ça se répète d'une oeuvre à l'autre). Bref, Herbert et les fins, c'est pas forcément ça... (et Brian, pour le coup, n'a pas récupérer le bon gène...).
« Modifié: septembre 30, 2012, 06:15:14 pm par Leto »
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Re : Le Cerveau vert
« Réponse #2 le: septembre 30, 2012, 09:01:07 pm »
hum...

Concernant la fin je pense qu'encore une fois Frank Herbert laisse au lecteur le soin de relier les indices parsemés dans le livre pour profiter d'une fin bien plus excitante.

Sans vouloir tout dévoiler, Le Cerveau vert est une expérience qui éclate à la figure de ses créateurs. Cherchez dans le livre, les pistes qui vous indiquent que cette vengeance de la nature n'est pas aussi "naturelle" que cela. Même si cela ne change rien au final à la moralité de cette histoire. 


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