Auteur Sujet: We're losing the Smog War  (Lu 1114 fois)

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We're losing the Smog War
« le: novembre 06, 2011, 07:12:22 pm »



« Nos pères et nos mères ont commis l'ubris et ne sont plus,
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Re : We're losing the Smog War
« Réponse #1 le: mai 17, 2012, 12:13:35 am »

   "While researching this story I kept thinking about the two men who fall off the Emprire State Building. One screams all the way down; the other silently admires the changing view. At the fortieth floor, Silent looks at Screamer and asks: «Why 're you screaming? We're all right this far.»" (p169) - Emprunté par Tim O'Reilly pour compléter son fameux "the Maker of Dune", cet article* illustre comment Frank Herbert applique son paradigme non seulement à son ?uvre mais également à son interprétation du monde. Placé dans le bien-nommé chapitre "an Understanding of Consequences" l'article qui traite de l'état de la pollution dans la baie de San Francisco nous montre combien sa Weltanschauung s'applique à des cas bien concrets.

   Frank Herbert construit son argumentation en partant sur ses observations du fait que, dans la ville de San Francisco, toute personne respirant son air pollué est en possession de toutes les informations concernant cette intoxication, et de ses conséquences. Il nomme ce paradoxe «effet Warfarin» (warfarin: mort-aux-rats). Le poison est dilué en nous, dans notre société comme dans notre corps, mais nous ne pouvons, par notre impuissance conceptuelle, l'empêcher de continuer à se répandre et à tuer. L'auteur lance alors une lourde charge contre la pollution de l'air qui diminue et tue les humains sans qu'elle soit pour autant condamnée comme le peuvent être des accusés sur la base de preuves bien moins fondées.

   Nos modes de vie nous poussent, dans nos modes de consommation, à ingérer ou inhaler des éléments nocifs qui furent délivrés par nos modes de production, voire ces mêmes modes de consommation. À cette époque, l'un des problèmes de la pollution atmosphérique était la charge en plomb délivré lors de la combustion du carburant dans le moteur des véhicules, ce qui donne un air légèrement rétro à l'article: aujourd'hui on parlerait davantage de pollution à l'ozone, ou tout autre trace de polymères synthétiques présente dans l'eau dite potable.

   Frank Herbert s'emploie dans cet article d'un côté à souligner la faiblesse des arguments progressistes des industriels vantant la baisse de la pollution grâce à des innovations technologiques moins polluantes, et de l'autre côté à réaffirmer l'existence des signaux d'alarmes et des symptômes qui frappent non seulement les individus mais également la faune et flore environnante. Car pour résoudre ce paradoxe de «l'effet Warfarin», il faut briser cette myopie qui nous masque ou cette amnésie qui nous fait oublier la relation cause-effet en rehaussant le niveau de conscience des consommateurs/utilisateurs/individus sur non plus le danger (tous les rats observent bien que leurs congénères meurent) mais sur les causes directes (les industriels laxistes sur les normes) et indirectes de ce danger comme la contribution de chacun à la prolifération de ce danger (si tout le monde conduit une voiture, le problème ne sera pas résolu de si tôt). La non-prise en considération de ses dramatiques conséquences et cette incapacité à établir et exposer les liens cause à effet pour faire modifier les habitus sont la raison profonde de la pollution comme échec sociétal dans ses choix, dans son avenir.

   Aujourd'hui, les carburants ont changé, néanmoins la problématique demeure; de nombreux 'nouveaux' composants chimiques nocifs sont découverts et leurs effets sur la santé et l?environnent démontrés. Mais la lutte contre les modes de production et de diffusion est toujours aussi difficile. Dans l'air, dans l'eau,  dans le  sol, dans nos aliments, les poisons nous cernent et nous assaillent, nous diminuent et nous tuent lentement mais surement. Et nous contribuons chaque jours, par nos modes de vie, nos modes de pensée, à entretenir ce feu qui nous consume intérieurement par ce que nous ne nous armons pas suffisamment pour faire stopper le cercle vicieux. Cet emprisonnement, ce paradoxe, Frank Herbert nous le présentait théoriquement dans son précédent article "Listening to the Left Hand", ici il nous le démontre pratiquement. Comme cet article est antérieur au précédent,  cela nous montre aussi que les prémices de ses grandes intuitions ne sortent pas de sa tête comme une fantaisie d'auteur de SF, mais bien d'une observation critique et rationnelle de son environnent.


* "We're Losing the Smog War" in San Francisco Sunday Examiner & Chronicle, California Living, December 1st. 1968 .