Auteur Sujet: [G.K.] L'Entretien (version intégrale)  (Lu 19995 fois)

Hors ligne Gérard Klein

  • Ramasseur de Rosée
  • Messages: 13
Re : [G.K.] L'Entretien
« Réponse #30 le: juillet 13, 2011, 05:31:23 pm »
Je ne dispose pas de chiffres, et encore moins au niveau mondial, et du reste ils ne m'intéressent pas, sauf en ce qui concerne Laffont. Le cycle de Dune de Frank Herbert s'est vendu chez Laffont entre 130 000 exemplaires et environ 60 000 pour le dernier volume, La Maison des Mères.
Je n'ai pas de chiffres pour les éditions club et poche, du moins détaillés.
Les affirmations de Goimard publiées récemment dans Bifrost sur les ventes dans Pocket avant le film, 1 million d'exemplaires, et après le film, 1 autre million, me semblent grossièrement exagérées. Je pense que toutes éditions confondues, le cycle proprement Herbertien a probablement dépassé le million d'exemplaires. Le film m'aurait eu au total que peu d'influence. La minisérie, pratiquement inconnue ici, n'a eu aucune influence. Cela dit, ces livres continuent à se vendre régulièrement.
Si vous voulez des données, vous en trouverez sur Edistat. C'est payant mais abordable.

Les faux-Dune sont restés très en deçà de ces chiffres. Disons de l'ordre du dixième ou moins.
Les audiobooks et autres n'ont en France qu'un tout petit public, souvent féminin, semble-t-il, mais ce n'est pas mon rayon. Les companions books, etc, font en général de très beau soldes. Seule exception connue, et encore à vérifier, le Seigneur des anneaux.

Hors ligne Askaris

  • Animateurs/Modérateurs
  • Duc
  • Messages: 668
Re : [G.K.] L'Entretien
« Réponse #31 le: juillet 16, 2011, 09:46:17 pm »
Merci pour ces premiers éléments d'appréciation. La fourchette entre vos estimations et les chiffres grandioses avancés par Jacques Goimard laisse songeur.

? Edistat, malheureusement, n'est pas un outil pertinent pour notre problématique. Je ne parle même pas de sa méthodologie des panels. Mais sa focale est pour le moins limitée : 1 semaine, 1 mois, 1 an voire 5 tout au plus. Rien qui ne puisse servir un regard attaché au "temps long" des ventes sur près d'un demi-siècle. Les soi-disant "bilans et enquêtes" dont se gargarise la presse, sont tout aussi myopes voire se laissent aller à une promo à peine déguisée.


? Au niveau global, la question des chiffres n'est peut-être pas pertinente. Vous parliez en 2003 de ventes estimées "entre six et dix millions d'exemplaires", alors que le prix Locus du "all-time best science-fiction novel" montait dès 1975 à plus de 10 millions de copies. Chiffre qui varie désormais entre 12 et 15 ("SCI FI Channel Auction to Benefit Reading Is Fundamental") pour la seule Anglosphere... et sans qu'on puisse dire s'il s'agit du seul roman de 1965 ou de ses suites. Je vous épargne les autres estimations (une par auteur ou journaliste). Brian Herbert, pourtant à la tête de l'HPllc, reste quant à lui plutôt vague se contentant de minorer le phénomène d'attrition des ventes entre le premier et le dernier volume, histoire de dire qu'une série s'installe dans le temps long, y compris celui des légataires testamentaires ("Children of Dune ... God Emperor of Dune ... had all appeared on weekly bestseller lists. Dune and Dune Messiah were bestsellers as well, from a ground swell that built up over years. Each title in the Dune series sold millions of copies"). Il note aussi, au niveau américain, une synergie des ventes avec la sortie du Lynch, rejoignant ainsi l'analyse de Goimard ("Going along with the movie, book sales skyrocketed, and the paperback edition of Dune reached number one on The New York Times bestseller list. 'It's highly unusual for this to happen nearly twenty years after publication', Dad told me. ... For the week of January 6, 1985, it showed Dune number one, ahead of novels by Danielle Steel and Stephen King.").
Tous ces chiffres sont fantaisistes, y compris ceux que vous donniez en 2003. 10 millions de copies ? Tels étaient les chiffres donnés par Frank Herbert en 1983! ...30ans plus tard le problème reste entier.
Mais à dire vrai, et quels que puissent être ces chiffres, je ne vois pas à quoi on pourrait les comparer. Les chiffres démesurés d'une série comme Harry Potter témoignent surtout de ce vaste processus en cours de dysneylandisation et de nivellement culturel encore étudié récemment par Frédéric Martel (Mainstream, enquête sur cette culture qui plait à tout le monde). J'ai beau chercher, je ne trouve pas vraiment de point de comparaison à la hauteur de la quinzaine de millions de volumes de Dune. Certains font la comparaison avec LOTR, mais je ne comprends pas qu'on puisse comparer une trilogie à un volume. Tant qu'à comparer, autant le faire sur des chiffres complets.
Par contre, si on s'intéresse au nombre de pays concernés par la diffusion de Dune et à la géographie des traductions (une cinquantaine), je pense qu'on peut trouver un terrain de réflexion passionnant. Pour avoir lu les réflexions du traducteur vietnamien de Dune, ou celles de son traducteur en langue hébraïque, je pense que beaucoup de clichés sur la "SF littérature des sociétés industrielles d'Occident" ne tiennent pas la route à la lueur de ces expériences "transculturelles".


? Les chiffres au niveau américain et anglo-saxon répercutent un mouvement tant de fois relaté, et par tant d' "historiens" du genre, qu'il faudra un jour se décider à faire la part du mythe, de la téléologie et du psittacisme qui dans bien des analyses tient trop souvent lieu d'argument d'autorité. En quelques mots : épuisement des magazines, inflation quantitative des monographies, explosion des "mass-market paperbacks", développement de la littérature sérielle, synergies intermédiatiques. J'en reste là, mais il faudra bien, un jour, tenter d'y voir un peu plus clair et mettre des faits derrière les distinctions du Locus ...


? Quant au niveau hexagonal, j'ai compilé quelques chiffres epars, qui ne témoignent en vérité de pas grand chose, non seulement du fait de leur caractère lacunaire (mais j'ai souvenir que certains historiens économistes faisaient des merveilles avec rien, ou presque), mais aussi parce qu'ils ne s'inscrivent pas (encore) dans une pesée relative. Il faudrait construire au moins 2 courbes, les grands formats (A&D/Edito/France Loisirs) et les poches. Mais ces courbes ne nous instruiraient en rien si elles n'étaient pas mises en relation avec d'autres titres comparables en SF et hors du genre. Que me chaut de savoir que tel titre avait tel tirage à telle époque si je suis incapable de l'inscrire dans un paysage plus vaste. Le passage au poche nuit-il ou "booste"-t-il les ventes ? Peut-on discerner des phases de progression ou de stagnation ? Le profil de Dune est-il atypique au sein du genre ou au contraire sans aspérités particulières ? etc. On voit donc bien que la question des chiffres, par l'absence de mesure installée dans la durée en France, ne permet pas encore une quantification de la notion de "long seller". Dune et son cycle sont-ils un "phénomène" littéraire ? La réputation flatteuse de sommet inégalé des ventes en SF est-elle usurpée? Des parallèles européens (notamment avec l'Allemagne et l'Italie) apporteraient d'utiles contrepoints.

Dans l'attente d'y voir un jour un peu plus clair, nous sommes quand même bien heureux de pouvoir recueillir ces quelques témoignages, comme le vôtre, qui nous éclairent d'une lumière encore trop rare. Je vous en livre quelques uns en vrac :

QUELQUES ESTIMATIONS


? Il faut finalement remercier le Professeur Bozzetto pour s'être essayé à un survol chiffré (basé sur les titres répertoriés par la Bibliographie Nationale de la BNF) :

Citer
De 1945 à 1965, la S.-F. s'installe dans ses meubles, mais ne s'impose pas réellement, malgré les apparences. En revanche, la décennie suivante, pour de multiples raisons, la voit reconnue. (...) Entre 1965 et 1975 nous obtenons 1265 volumes (dont 707 proviennent de collections de la période précédente), soit une moyenne de 126 volumes annuels : une augmentation de 300 %. De plus, cette moyenne ne rend pas compte de l'accélération : on passe de 56 volumes en 1966 à 238 en 1975 : entre le début et la fin de la décennie, le nombre de volumes publiés dans les collections a quintuplé. (...) Le champ de l'édition S.-F. est en accroissement quasi exponentiel. (...) La nouvelle période voit dans la S.-F. un créneau rentable, porteur, en expansion : d'autres maisons ?sérieuses? se lancent sur le marché. Avec des atouts nouveaux. Les critiques, certains auteurs, des animateurs de revue et de collections éphémères de la période précédente ont fait leurs classes, ils sont devenus des spécialistes compétents : les maisons d'édition ?sérieuses? vont leur confier des collections. C'est le cas de Laffont pour la collection "Ailleurs et demain" (Gérard Klein) ; Albin Michel (G.H. Gallet) ; J'ai lu (Jacques Sadoul) ; Presses pocket (Jacques Goimard) ; "Présence du futur", Denoël, passe sous la direction d'Élisabeth Gille, qui succède à Robert Kanters (et que dirige aujourd'hui Gilles Dumay). (...) Ces différents directeurs, avec leurs goûts personnels, mais qui ont en commun une certaine exigence de qualité et de nouveauté vont promouvoir une nouvelle image de la S.-F., moins répétitive, mieux écrite et mieux traduite. La S.-F. devient ainsi plus ?attractive? sur le plan financier pour les auteurs, les traducteurs et, sur le plan du plaisir, pour les lecteurs. (...) Cette restructuration se fait aussi en modifiant la place et la portée des auteurs traduits. On aurait pu penser, extrapolant les données de la période antérieure, que les auteurs anglo-saxons, ayant stimulé la production française, allaient se voir écartés au profit des hybrides français. Il n'en a rien été. Si jusqu'en 1972, la production de titres français est supérieure aux titres traduits, dès 1973 la tendance s'inverse. Ce qui revient à dire que la percée de la S.-F. dans cette période, comme dans la première, mais selon des modalités différentes se fait grâce à l'apport d'auteurs et de modèles étrangers. (...) C'est le moment des grandes marées écologistes, du déferlement des différents rocks, de l'influence situationniste. Le féminisme, le désir politique, la sexualité sous ses divers aspects, le lyrisme : tout ce qui avait été un moment considéré comme en dehors du champ institutionnel de la S.-F. (avant 1968, en particulier), tente d'y faire son entrée. Dans les textes de fiction, les articles, les éditoriaux : la S.-F. est remise en cause comme lieu, instrument, mythologie. Elle tente, pour une part de son champ, de participer à une version française de la ?contre culture?.

Roger Bozzetto.
Notes pour un bilan portant sur la Science-Fiction et sa critique. Éléments d'enquête sur la Science-Fiction en France de 1945 à 1975. (s.d. 1990? mis en ligne 2000)  


? Cette manière de faire soulève des problèmes de méthodologie qui ne manquent pas d'intérêt : faut-il distinguer titres, tirages et ventes ? Peut-on les corréler ? Comment travailler à partir de "statistiques" lacunaires ?
Sur le newsgroup fr.rec.arts.sf, certains avancent que "un titre peut être tiré à 500, 1000, 4000, 100 000, 300 000 ex... et seulement vendu à 10 ex...", quand d'autres estiment qu'on se "trompe en refusant de prendre le nombre d'exemplaires comme étant linéaire au nombre de titres. On connait la moyenne des tirages (voir par exemple le site des Chiffres clés de la culture), la forte stabilité de celle-ci et la taille de l'échantillon concerné permet de valider le calcul."
On mettra ces hypothèses en regard des constats de Gérard Klein :

Citer
Ce qui protège encore le livre papier, c'est sa très haute technologie pour un coût faible. En vingt ans, tout a changé dans sa production, de la saisie à la colle.
En revanche, ce qui le plombe, c'est sa distribution et l'extrême difficulté de toucher les lecteurs intéressés malgré les efforts des diffuseurs et des bons libraires (il y en a, si, si).Il est aujourd'hui courant d'observer des taux de retour de 25% pour de bons livres d'auteurs déjà reconnus, et de 50 ou plus pour des auteurs nouveaux venus. Le taux actuel moyen sur l'ensemble du catalogue d'Ailleurs et demain tourne autour de 10%. Et quand on sait que le coût d'un retour équivaut à deux ou trois ventes certaines, il n'est pas nécessaire d'être un grand économiste pour évaluer la dimension du problème. (Pour la petite histoire, il m'arrive d'avoir des retours sur la première édition de Dune, vieille de plus de trente ans. Je m'efforce en vain de les faire mettre de côté mais ils sont impitoyablement détruits!!!)
Evidemment, les best-sellers échappent largement à ce fléau. D'où leur propension darwinienne à occuper tout le marché et à ruiner l'écosystème.

Gérard Klein. Forum du Cafard Cosmique. Ven FÈv 02, 2007

Citer
Même 40 000 pour Perry Rhodan, ça me semble gros. Il faudrait savoir si c'est un chiffre de tirage ou de ventes (quoique les retours se pratiquaient peu au FN) et quand exactement.: par exemple s'il s'agissait d'un lancement, les chiffres ont pu être gonflés.
Et puis au FN, on mentait énormément, comme la plupart des éditeurs, certes.

Gérard Klein. Forum ActuSF. Sam Nov 28, 2009


? Mais quelle que soit la méthode, toute pesée quantitative conduit inévitablement à se poser la question de la sociologie littéraire derrière les chiffres. C'est un sujet sur lequel vous aviez longuement disserté en préface de la thèse d'Anita Torres (1997). Un sujet déjà abordé, 30 ans plus tôt (3 ans avant la sortie de Dune), dans un article intitulé "la Science-Fiction est-elle une subculture ?" où vous tentiez d'esquisser un portrait collectif du lectorat de SF. Par la suite, vous n'avez d'ailleurs cessé d'y revenir dans plusieurs articles et introductions.

? Je m'en voudrais de vous caricaturer abusivement, et j'entends bien que vous ne tombez jamais dans le piège des fausses dichotomies (populaire/élite ; subculture/culture de masse ; littérature idéelle/iconique). Toutefois, vous me permettrez une critique d'ordre méthodologique, ou plutôt une interrogation sur le cheminement intellectuel qui vous conduit des chiffres de vente, dont on a vu le caractère lacunaire et incertain (même pour un seul titre ou une seule série), à une analyse aussi fine du lectorat. Ce passage du quantitatif au qualitatif pose beaucoup de questions. Il est fondamental de le comprendre car il est le sous-bassement de la plupart des analyses sur le lectorat, la réception et la définition qu'on donne du genre et de ses "frontières".

  • Au passage j'en profite pour signaler la sortie récente d'un recueil d'articles aux éditions du Somnium, intitulé Trames & Moirés, et qui enchantera ceux qui apprécient depuis longtemps vos analyses :



? Je ne suis pas sans ignorer que ces 4 dernières décennies vous auront donné l'occasion de rencontrer des milliers de gens, professionnels comme amateurs, ou de recevoir des montagnes de courrier qui vous ont aidé à affermir votre jugement.  J'imagine aussi que les enquêtes de marché et autres sondages qualitatifs, étant hors de prix, sont un luxe inutile dont vous vous êtes dispensé. J'en déduis donc que votre appréciation du marché fut à la fois idiographique/inductive et nomothétique :
_ inductive, dans la mesure où vous avez pu parler à une foule de lecteurs ("une certaine pratique de la sociologie de terrain") ;
_ nomothétique, dans ce qui semble être l'acclimatation à nos latitudes d'une grille d'analyse du public SF qu'on retrouve dès les 60s au sein des SF Studies américaines.
Je suppose donc que ce double regard, à la fois empirique et abstrait, a guidé vos analyses du marché et de son/ses lectorat(s). Je n'en conteste pas d'ailleurs les conclusions, bien conscient du caractère infernal de l'exercice, mais les écueils de ce modèle me paraissent si problématiques que je me sens un peu mal à l'aise à l'idée de  bâtir un quelconque discours général sur le genre à partir de telles prémisses. C'est sans doute une réserve d'historien pour la démarche sociologique. Encore une fois, je ne suis pas encore suffisamment outillé pour contester vos conclusions, d'autant que bien des auteurs vous rejoignent, mais mes réserves demeurent et se voient renforcées par les résultats de ma propre démarche empirique. Et bien que vous vous en défendiez avec intelligence et sens de la nuance (l'analyse devant se garder de "l'application mécaniste d'une théorie sociale générale, si bien fondée soit-elle, à un milieu très restreint où d'autres déterminations très locales sont à l'?uvre"), je note que votre analyse sous-tend in fine une lecture de la généalogie et de la sociologie des genres (SF/Fantasy) qui me semble mettre quelque peu à mal la prudence méthodologique dont vous vous réclamiez quelques lignes plus tôt.

? Je ne voudrais pas trop anticiper sur la suite, donc je ne développerai pas plus avant. Mais pour que la logique de cet échange reste lisible pour nos lecteurs, je dirais simplement que les caractères attachés à la "subculture de groupe" [SF] appliqués au lectorat dunien posent problème si j'en juge par ma fréquentation des fandoms duniens à travers le monde (qui existent depuis une quinzaine d'années voire plus pour certains d'entre eux). Bien sûr, un fandom, aussi large soit-il, n'est pas représentatif d'un lectorat. Il en constitue la part active (d'aucuns diront "le prisme déformé"). Mais les quelques centaines de fans et les milliers de membres des réseaux sociaux qui échangent quotidiennement sur le sujet (au travers de plus de 150 sites répertoriés) me semblent fournir une assise sociologique sans commune mesure avec l'ordinaire des études du "ghetto".


d'après Jean-Philippe Decka. Existe-t-il un marché de la science-fiction en France ? 2010[Mémoire HEC].

? Et que nous apprennent-ils? Ni la culture scientifique, ni les profils professionnels, ni les goûts culturels qui s'y manifestent ne correspondent pleinement à l'ideal-type que je (re)trouve dans la plupart des sociologies du "ghetto" et de son auditoire. La place de l'élément féminin, les liens avec la Fantasy, les orientations du fan labor comme l'absence de référents substantiels à la techno-science montrent un décalage notable avec ce que je puis connaître des autres fandoms de SF.  Ce qui est tout de même étonnant pour un univers aussi central au sein de la SF. De ce décalage, dont témoignent les fandoms duniens avec une stupéfiante uniformité, il y a, je crois, matière à revisiter les problèmes de réception et de frontière générique qui vous ont, Monsieur Klein, tant intéressé depuis 4 décennies. Dune, bien plus qu'un phénomène quantitatif, semble cristalliser à elle seule les interrogations suscitées par les évolutions récentes de la SF:
● l'ambivalence générique,
● la sérialité,
● l'intermédialité/le rôle des images,
● les caractères de la réception (pastiche/culture ludique)
● l'imaginaire cosmopolite et mondialisé.

Interrogations qu'on peut ramener à une seule: dérive du public ou plasticité originelle de l'imaginaire herbertien ?

EDIT : le chiffre de 10 millions de ventes donné par GK en 2003 était déjà présent sous la plume de FH en 1983 !!! Il faut donc croire que tout cela est depuis longtemps dépassé (30 ans plus tard...)
« Modifié: août 13, 2011, 11:22:30 pm par J-V.T. Askaris »

Hors ligne Askaris

  • Animateurs/Modérateurs
  • Duc
  • Messages: 668
Re : [G.K.] L'Entretien
« Réponse #32 le: août 08, 2011, 12:26:18 am »
Au terme de cet entretien qui nous aura occupé plusieurs semaines, je pense qu'il est temps pour nous de "fermer le ban".
Inutile de dire que bien des aspects mériteraient encore de longs développements. Nous aurions aimé que les réponses soient plus longues que les questions (ce qui est chose difficile mais non impossible). Mais nos quelques regrets ne pèsent que peu de chose en comparaison de la satisfaction et de la fierté que nous pouvons tirer de cet entretien de qualité. Il suffit de voir ce qui s'est fait ailleurs pour comprendre quelle fut la qualité de notre conversation virtuelle :

L'interview du cafard cosmique.
L'interview de la salle 101.
L'interview en ligne sur ActuSF.
L'interview de fantasy.fr.
L'interview de fantastinet.
L'interview de yozone.

Sans oublier la longue interview dans le Bifrost 46

Si j'excepte les deux derniers entretiens, je crois pouvoir dire qu'on ne trouvera rien de comparable sur le net. Me reste donc à remercier Gérard Klein pour sa patience et sa disponibilité. Je sais que mes questions ont pu lui sembler parfois inutilement recherchées, inféodées à l'écrit et déconnectées de cette relation humaine et orale qui fait le quotidien d'un éditeur :

Citation de: Gérard Klein

Au total, pour l'instant, j'ai quelque peu l'impression que vous sur-interprétez les documents disponibles, ce qui est au demeurant souvent le vice des universitaires.
Bien sûr que Herbert et quelques autres a travaillé avec ses agents et certains de ses éditeurs, c'était bien le moins. Mais de là à les considérer comme des co-auteurs, il y a une marge.
Agents anglo-saxons et éditeurs (de moins en moins) sont les premiers lecteurs. Donc l'auteur a tout intérêt à tenir compte de leurs avis et réflexions.
Par ailleurs, un auteur accumule des notes, a des repentirs, etc. C'est tout l'objet de la génétique du texte. Mais faut pas trop en faire.
Par force, vous ne tenez pas compte des échanges verbaux, tout aussi voire plus importants.



Cet entretien aura eu l'intérêt, à mes yeux, de nous rappeler qu'un chef d'oeuvre ne tombe pas du ciel, s'incrit dans un milieu, une histoire, un faisceau relativement complexe de causalités imbriquées. Cependant, vouloir démystifier le "mystère de la création" en le remplaçant par des "formules à succès" et autres "ficelles" (qu'on prête si généreusement à une certaine "paralittérature" servie à un lectorat "populaire" qu'on suppose quasi-conditionné d'avance) est une facilité dont il faut tout autant se garder....

Difficile, voire impossible, de poser des questions pertinentes quand le sujet en question échappe à la simple "rationalité" d'une histoire économique ...

Citer
Toujours les mêmes questions? A tous les écrivains qui ont la faiblesse d'ouvrir leur porte à un interviewer (oublions ceux qui les réclament, les Truman Capote, Gore Vidal et consorts), on a envie de crier : fermez-là ! Dès la première interview du recueil, celle de James Baldwin dans les années soixante, le questionnaire, implicite et inconscient, est déjà en place et ne bougera guère au cours du demi-siècle qui suivra. Le pire étant l?interviewer qui commence par : « Permettez-moi de vous poser une quarantaine de questions ». On entend ça et on a envie de fuir. Nabokov est resté. N?empêche : on lit ce florilège et on n?a plus envie de poser la moindre question à un écrivain. Non que les réponses ne nous intéressent pas, au contraire, et la lecture passionnée de ce double recueil publié chez Bourgois en témoigne. Sur la drogue et la technique du cut up, Burroughs est hallucinant ; de même, Ginsberg touche à l?essentiel lorsqu?il expose ce que sa poésie doit à Cézanne et à la reconstitution des petites sensations ; ou encore Borges lorsqu?il s?étend sur sa manière de nommer des personnages.

Mais lorsqu?on est du bâtiment, que l?on sait à peu près ce qui gouverne l?invention d?un roman, la somme de doutes, d?angoisses, de difficultés et de joies qui y préside, que l?on est déjà passé par là, qu'en art la question de la technique est si secondaire qu'elle peut se liquider en trois phrases, que l?on sait en vérité qu'on n?en sait rien car tout cette affaire n?est qu?instinct, incertitude et intranquillité, qu?on maudit le journaliste qui nous force à formuler l?informulable et qui doit le rester, on est confronté à ce paradoxe : malgré notre curiosité de savoir comment ils font, de quelle manière ils s?y sont pris, dans quelles circonstances et avec quels instruments, on a juste envie de leur poser une question qui d?ailleurs n?en est pas une, se réduit à deux mots empruntés à l?une des plus belles chansons de Billie Holiday, et devrait être de nature à clore aussitôt tout entretien avant même qu?il n?ait commencé : Don?t explain?




Merci à Gérard Klein d'avoir été notre hôte, merci à tous ceux qui ont bien voulu suivre cet échange. À très bientôt !

PS: Je vous annonce que notre prochain invité (à l'automne) sera W. Siudmak  ;)
« Modifié: août 08, 2011, 12:31:13 am par J-V.T. Askaris »

En ligne ionah

  • Monkey Ier
  • Staff
  • Naib
  • *
  • Messages: 2248
  • you love the monkey
    • Spice Must Flow !
Re : [G.K.] L'Entretien
« Réponse #33 le: août 13, 2011, 09:01:15 pm »
Bravo et merci pour l'organisation , Aska ! :) ce fut une belle occasion de pouvoir s'entretenir différemment autour de Dune sur ce forum !

Hors ligne Filo

  • veteran
  • Rakinou (5)
  • Lisan Al-Gaib
  • *****
  • Messages: 2572
  • ...Free Inner Look-Out ©...
    • Filosphere
Re : [G.K.] L'Entretien
« Réponse #34 le: août 14, 2011, 06:57:44 am »
Idem !
Et merci à Gérard Klein pour son passage sur DàR.
Ici maintenant
sitôt dit sitôt enfui
as-tu profité?

Hors ligne Askaris

  • Animateurs/Modérateurs
  • Duc
  • Messages: 668
Re : [G.K.] L'Entretien
« Réponse #35 le: août 18, 2011, 08:52:43 am »
Gérard Klein a beaucoup écrit, beaucoup publié et s'est longuement exprimé sur quantité de sujets dans les médias et sur le net. Le site XLII en offre un aperçu consistant.

Je pense qu'une manière intelligente de prolonger cet interview pourrait consister dans une forme d'Index raisonné des sujets du "verbatim" (de ses interventions sur les forums) que j'ai déposé dans Google Docs. Je n'ai pas de date en tête mais c'est une chose à laquelle je pense depuis un bout de temps...

Hors ligne Gérard Klein

  • Ramasseur de Rosée
  • Messages: 13
Re : [G.K.] L'Entretien
« Réponse #36 le: août 18, 2011, 01:52:41 pm »
Je trouve ce verbatim une très bonne idée. La plupart de mes interventions ont été insignifiantes mais quelques unes m'ont demandé de la réflexion et du travail et je regrettai un peu qu'elles soient perdues.
Merci d'y avoir songé et tenez-moi au courant.

GK