Auteur Sujet: Uchronies Duniennes - Histoire & histoires  (Lu 12327 fois)

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Uchronies Duniennes - Histoire & histoires
« le: avril 14, 2010, 07:27:57 pm »
L'Encyclopedia à l'épreuve du temps -
Transcription d'un discours prononcé devant l'Academia Orthodoxiana (8, Muhârram 20.220 A.G.)




Que reste-t-il des exploits de Paul Muad'Dib ou de la vision de l'Empereur-Ver ? Que savons-nous de l'immense bibliothèque constituée des oeuvres de la princesse Irulan et de ses continuateurs ? Qu'avons-nous conservé des vestiges du Rakis Hoard à Dar-es-Balat ?

À la vérité, beaucoup et peu de choses à la fois... Bien sûr, chaque écolier connaît par coeur les aventures de l'enfant-duc, son irrésistible ascension et son tragique destin. Nos combattants récitent la Litanie contre la Peur avant de livrer bataille, nos académiciens n'ignorent rien des aphorismes désabusés et cyniques du neurasthénique Annélidé, nos pontifes psalmodient avec ferveur le Sirat du BG...

Pourtant, derrière ces histoires, si souvent chantées qu'elles sont devenues légendes, qu'en est-il de l'Histoire ?



Le laps de temps qui nous sépare de Paul Muad'Dib est aussi considérable que celui qui sépare l'âge des cavernes de l'ère spatiale... Le genre humain aura mis autant de temps à s'extraire de son antre originelle pour conquérir les étoiles qu'il aura fallu au Sentier d'Or pour advenir: un vaste oikoumène orthodoxe implanté aux quatre coins du cosmos et par là-même assuré de survivre à tous les déluges suscités par la folie meurtrière si souvent à l'oeuvre au sein de notre espèce...
Mais pour cela, il aura fallu au bas mot près de quatre cents générations !  Soit l'équivalent de celles qui séparent les villages néolithiques des stations spatiales, ou celles qui conduisent des atomiques primitifs à l'écrasement des technolâtres, ou celles qui vécurent entre le premier et le second Jihad, ou encore celles qui font lien entre l'avènement de l'Empereur-Ver et nos récentes victoires sur l'hérésie ...
À l'évocation de telles images, si démesurées qu'elles semblent abstraites, l'esprit humain est comme pris de vertige. L'échelle du temps se dérobe à notre compréhension immédiate et nous laisse impuissants devant de tels sommets. Et confrontées à de tels gouffres temporels, les techniques éprouvées de la science historique se voient insensiblement cernées par les brumes impénétrables du mythe...

C'est à ce sujet que l'honorable Gaus Andaud a récemment gratifié le Saint Synode de la Moulaya Chorfana Atreidiana d'un long et riche discours où il exposait les incertitudes nombreuses qui grèvent notre connaissance du passé :

Citer
Dix mille ans ont passé depuis que Leto II a entamé son extraordinaire mutation en ver géant de Rakis et les historiens se disputent encore sur ses véritables motivations. Désirait-il seulement jouir d'une longévité exceptionnelle ? Il vécut certes plus de dix fois les trois cents ans dévolus aux plus communs mortels ; mais voyez quel en fut le prix à payer ! Etait-ce alors l'attrait du pouvoir ? L'histoire ne l'a pas surnommé « le Tyran » sans raison ; mais quel humain aurait voulu de tout ce que lui a rapporté son pouvoir ? Cherchait-il plutôt à sauver l'humanité malgré elle ? Nous n'avons à répondre à cela que ses propres paroles sur ce qu'il dénommait « le Sentier d'Or » et il me paraît impossible de prendre en considération les documents trop orientés de Dar-es-Balat. Peut-on enfin envisager l'existence d'un autre type de compensation dont la nature ne serait compréhensible qu'à la lumière de sa propre expérience ? Faute de renseignements suffisants, la question demeure en suspens et nous en sommes réduits à admirer la prouesse physique accomplie, qui est la seule chose indéniable.

Je m'éloignerais du seigneur Andaud sur un seul point, mais un point significatif : loin de se cantonner au seul débat entre historiens, on ne peut raisonnablement ignorer la présence multiforme de ce lointain passé au sein de nos institutions sociales et politiques. La nature du "Sentier d'Or", bien au-delà des joutes académiques, continue à irriguer chaque moment de notre vie sociale présente. Connaissance historique, foi militante et lutte idéologique furent et restent inextricablement liées. Et, elles expliquent, mieux sans doute que les destructions et les injures du temps, la rareté de nos sources et leur caractère souvent contradictoire, lacunaire et partial.

Nos vénérables Anciens pouvaient encore accéder aux vestiges du mythique Rakis Hoard, lire les témoignages de première main de la princesse Irulan, dépouiller les rapports secrets du BG ou contempler les irremplaçables trésors que l'ire iconoclaste des Abominations n'avait pas réussi à profaner ...

Mais il n'en reste plus rien, exceptée la DE et quelques trops rares manuscrits.

La plupart des documents d'archives et des inestimables pièces archéologiques qui échappèrent aux troubles consécutifs à la disparition de l'Empereur-Ver ou au vandalisme des Matriarches furent malheureusement victimes des nombreuses destructions occasionnées par les ravages du Troisième Jihad et la furie incendiaire des Hérétiques .




50 siècles de tourments incessants, de conflits fratricides et de mythes grossiers n'auront cependant pas réussi à faire oublier "la lumière dans les ténèbres" incarnée par la parution de la Dune Encyclopedia.
Sortir des brumes de la légende dorée, faire la part de la science profane et  de l'histoire sacrée, réintroduire du doute critique et de la neutralité dans un domaine longtemps objet des fureurs théologiques et des manipulations partisanes, tel était le pari fou d'Hadi Benotto et de l'aréopage de savants qu'elle rassembla à ses côtés.

Je sais qu'il est aujourd'hui de bon ton dans certains cénacles de railler la "partialité" des sources utilisées par la DE ou la confidentialité relative de sa diffusion publique. Mais est-il encore besoin de rappeler l'importance historique de ce monument d'érudition ? Le seul -avec la Tradition- à avoir résisté aux outrages et autres vandalismes qui ont réduit notre connaissance de la geste Atreides à quelques ombres fugaces...

Comment oublier la figure solaire d'Hadi Benotto qui demeure, à travers le voile de tant de siècles, un symbole émouvant de la liberté intellectuelle et du caractère périlleux longtemps attaché à l'écriture de l'Histoire? Chaque membre de la Confrérie sait combien ses dernières années furent assombries par la montée de la Réaction. Menacée, dans son grand âge, d'être déclarée Hérésiarque, Hadi Benotto n'eut d'autres alternatives que de consentir à signer un Acte de contrition où elle reniait tout ce qu'elle avait si patiemment rassemblé avec son équipe. Brisée par tant d'infamie, lâchée de toutes parts, elle  en conçut un si vif dépit que la mort vint l'arracher à ses amis moins de 3 ans après son abjuration, laissant son oeuvre orpheline et condamnée à une semi-clandestinité.

C'est pourtant son oeuvre qui nous rassemble aujourd'hui. J'ai écrit, à l'occasion de son procès en réhabilitation, qu'elle avait sans aucun doute inspiré certains passages du Canon Sacré. C'est aujourd'hui une banalité que de l'affirmer, mais je me souviens des anathèmes meurtriers qui me furent adressés à l'époque où je fis paraître mon Traité. Que n'a-t-on pas dit à l'époque ! Sur mon impiété, mon hétérodoxie, voire mon "hérésie" dissimulée !



[rumeurs dans la salle]



Mon hypothèse était pourtant simple. Contrairement aux Histoires Officielles et autres monuments "impérissables", qui ne subsistent plus qu'à l'état de vagues souvenirs et de fragments démembrés, la mémoire orale connue sous le nom de "Tradition Canonique" n'a pu échapper aux injures du temps qu'à la faveur de l'engagement de ses "missionnaires" pour qui elle était porteuse de valeurs infiniment plus précieuses que la propagande d'en-haut.

Souvenons-nous qu'une "Histoire officielle" n'est jamais que le récit des crimes et des jalousies qui encombrent les hautes sphères du pouvoir. Ce genre d'histoire là est aussi fugace et précaire que le règne de ses commanditaires. Lesquels, comme le dit le Sirat sont "pareils à des tiques sur le dos d'un chien, qui à défaut de pouvoir le conduire, peuvent parfois l'affaiblir au point de le tuer." Mais qui se souvient encore des Corrino ? Ils sont aussi inconsistants et méconnaissables que les pathétiques statues de sel apocryphes du soi-disant "Néo-Canon"...

D'une toute autre dimension sont par contre les quelques 300 récits de la Tradition. Pluriels dans leur propos comme dans leur conception, ils sont le reflet des réseaux, des traditions et des mémoires militantes qui, génération après génération, ont gardé intacte cette "histoire au raz du sol". De là s'explique sans doute le succès jamais démenti de ce corpus de souvenirs qui mêle l'épopée à la réflexion, la profondeur des sentiments immédiats aux vertiges du temps long...
Longtemps apanages du BG et de ses successeurs, puis lentement transmis et diffusés au sein des nombreuses communautés de Chorfas Atreides, ces récits furent très tôt rassemblés dans des recueils connus sous le nom de "Chroniques", "Canon" ou "Trilogie".
Le Museum Atreidium abrite dans ses réserves un exemplaire miraculeusement conservé d'une "Quadrilogie" contemporaine de la rédaction de la Dune Encyclopedia. Les nombreuses concordances entre la DE et le Canon ont d'ailleurs depuis longtemps démontré l'étroite parenté entre ces deux sources, même si leurs visées diffèrent radicalement.

En effet, contrairement à la DE, qui est avant tout oeuvre scientifique, le Canon s'est toujours voulu le porteur fidèle de ces nombreux témoignages et  pieux souvenirs véhiculés par notre vénérable communauté orthodoxe. Plus qu'un livre d'histoire, le Canon est oeuvre de fidélité, de foi et d'espérance. Une oeuvre complexe riche de la diversité de ses sources, tout à la fois support de méditation et de résistance, marque de fidélité à nos pieux ancêtres et recueil de sagesses immémoriales propres à nourrir notre Jihad intérieur. À la fois traité historique, florilège de fragments poétiques, bréviaire théologique et sapience politique, le Canon et ses commentaires se sont imposés, par la qualité de leur rédaction, comme une des fondations de notre civilisation.

L'histoire de ces textes a longtemps fait polémique et le venin de l'hérésie n'a pas manqué d'embrouiller davantage les termes du débat. Que n'a-t-on entendu alors ! Les uns assurant qu'Irulan était l'auteur des premiers livres, les autres attribuant à l'Empereur-Ver la paternité de l'ensemble... Mais ces dernières années le consensus des Assises de Fullerton s'est imposé au sein du monde savant et dissipé bien des contre-vérités.
Ainsi, tout le monde s'accorde à reconnaître, qu'à de rares exceptions près, les commentaires du Canon s'organisent autour de fragments scripturaires appelés "épigraphes". L'origine de ces fragments semblant devoir être trouvée au sein des collections de l'antique bibliothèque de Dar-es-Balat. Il paraît donc aujourd'hui incontestable (comme l'a démontré l'étude des manuscrits de la Quadrilogie) que la Dune Encyclopedia et les premières versions du Canon ont puisé au même vivier documentaire. Cette proximité génétique des textes n'empêchant pas par ailleurs des rédactions aux optiques divergentes. Mais cette proximité ne s'arrête pas là. On pense, en effet, (second point d'accord entre les savants) qu'aussi confidentielle puisse avoir été sa diffusion, la DE a vraisemblablement influencé les ultimes commentaires du Canon (qu'on sait avoir été rédigés initialement entre 15250 et 15550, puis sans cesse repris et augmentés jusqu'au milieu du 18° millénaire - sans compter quelques amendements mineurs ajoutés encore très récemment -). Cette double interpénétration des textes et des témoignages (effaçant au passage les distinctions habituelles entre reconstitiution écrite et transmission orale) nous invite à conserver à l'esprit l'historicité constitutive de chaque source, aussi vénérable et sacrée soit-elle.

Ainsi, loin d'être naturelle et transcendante, la constitution en 6 Livres de l'"Hexalogie" du "Cycle canonique" fut donc le fruit d'une longue maturation et d'un combat autant religieux et politique qu'intellectuel. Combat d'autant plus ardu qu'il s'accompagna d'effroyables manifestations de haine et d'intolérance. Le satiriste Chigglon Bramis ne disait-il pas, avec son ton inimitable, que "nos moeurs politiques gardent encore les séquelles de certains apocryphes..." ?
Notre histoire récente, et les nombreux débats mémoriels autour de notre identité butlérienne trahissent encore à l'évidence le poids considérable du traumatisme de l'interminable guerre civile qui a si longtemps fracturé notre univers. Mais...cela excuse-t-il les manipulations rhétoriques de certains ? Le temps où l'hérésie des Abominations s'infiltrait jusqu'au coeur de nos cités a beau appartenir à un lointain passé, certains continuent à vouloir flétrir de cette macule ceux qui persistent à rester en "rupture de ban" avec le conformisme général... Oui Messeigneurs! l'accusation d'hérésie reste malheureusement instrumentalisée par certains groupuscules réactionnaires et crépusculaires, obstinés à confondre Orthodoxie et sectarisme...



[rumeurs dans la salle_rares applaudissements_des sifflets]



Je voudrais rappeler que l'hérésie est née dans les confins de notre univers, au sein de communautés depuis longtemps corrompues par les Matriarches et prêtes à croire les contes les plus absurdes. Nous savons que parallèlement aux traditions canoniques et aux écrits perdus dont la DE conserve le souvenir, il a toujours existé des traditions minoritaires, apocryphes, hétérodoxes. Certains les attribuent aux Mentats déviants, d'autres considèrent qu'il s'agit là de forgeries Tleilaxu ou de mythes internes à certains groupes de Truitesses égarées. À la vérité, nul ne le sait et les hypothèses les plus extravagantes courent à ce sujet (on ne s'attardera même pas sur cette fable inconsistante des "Notes perdues" du BG).

Une chose est sûre : si ces traditions hétérodoxes furent incontestablement à l'origine du développement de la mouvance sectaire et hérétique des Abominations, rien ne permet cependant de faire un quelconque rapprochement avec l'oeuvre de la DE. Soyons sérieux ! Qui peut, sans rougir de honte, ajouter foi à ce conte pour enfant d'un ultime Kwisatz Haderach semi-mécanique ? Nous savons bien aujourd'hui que cet imposteur et ses successeurs étaient et restent les pantins de cette mercantile coalition d'intérêts technophiles si longtemps en marge du monde civilisé. Maudits soient-ils ! À la vérité, la Dispersion s'est tant éloignée de notre héritage butlérien qu'elle en est venue à concevoir des abominations désormais bien éloignées de l'image que nous nous faisons de l'humanité.
Mais qui peut sérieusement croire que cette histoire insensée et blasphématoire, oeuvre d'hétérodoxes acharnés à briser les fondations de notre monde, soit d'une manière ou d'une autre liée à l'entreprise d'Hadi Benotto ? Suffit-il de souligner l'origine géographique et le télescopage de leur diffusion pour établir un quelconque lien de causalité ? En quoi le ton parfois désinvolte et irrespectueux de la DE à l'égard de la Tradition canonique pourrait-il en faire le support de la propagande de ces fabulateurs ? Cet amalgame malveillant fait ici et là ne repose sur rien. Et le précédent célèbre du "Manifeste des Atreides" devrait faire réfléchir les amateurs de rhétorique conspirationniste... La DE, quoi qu'on pense de ses audaces relativistes, n'a jamais remis en cause notre modèle de société. Tout au contraire. La DE, dans chacun de ses articles, s'attache à encourager la liberté d'esprit, la sobriété et le dépassement des illusions qui constituent le coeur de notre dogme Orthodoxe. Loin, très loin du message corrompu des Abominations qui ne fait que flatter les bas instincts technolâtres, harkonniens et consuméristes où se vautrent les hérétiques.

L'Encyclopédie fut une oeuvre de civilisation, tout à la fois libre et fidèle à nos racines butlériennes, alors que le venin des apocryphes n'a semé que division, confusion, intolérance et guerre civile !

[applaudissements]




Il y a 3 ans, la réhabilitation d'Hadi Benotto et son élévation au rand de Docteur de la Foi fut officiellement approuvée par le MMDCVIII° Plénum de la Moulaya. Il serait donc incompréhensible que son oeuvre continue à faire l'objet de cette stigmatisation aussi injuste qu'inepte.

Aussi, à l'occasion de la réédition de l'Hexalogie, augmentée de références discrètes et subtiles à notre récente victoire sur les confins hérétiques (l'avant-dernier volume contient un extrait de la péroraison de Gaus Andaud), il nous a semblé utile, 50 siècles après Hadi Benotto, de rassembler à nouveau tout ce que l'oikoumene orthodoxe compte de savants historiens, théologiens, archéologues et philologues pour livrer une édition nouvelle de la DE.

10.000 ans nous séparent de l'avènement de l'Empereur-Ver mais nul n'a oublié son rôle dans notre Sentier d'Or. Tyran et Guide, sa figure a traversé les siècles malgré les mythes mensongers et les forgeries manigancées par les Abominations et leurs séides.

Cette période de troubles étant révolue, il nous parait nécessaire de livrer aujourd'hui au public une oeuvre à la fois nourrie aux racines de l'orthodoxie et fidèle à l'impertinence de nos vénérés Encyclopédistes. La foi n'a rien à craindre de la vérité scientifique.

Nous savons combien l'hérésie se cache derrière les déclarations les plus anodines et n'ignorons pas que bien des mensonges trouvent leur racine dans les écrits les plus respectables.
Nous croyons toutefois pouvoir affirmer que la Censure d'État ne devrait pas s'appliquer à notre domaine avec la rigueur que chacun lui connait d'habitude. Nous sommes en effet convaincu qu'un excès de scepticisme est toujours préférable aux délices de la superstition.


Nous croyons fermement que les progrès de la vérité historique ne pourront que contribuer à faire triompher la Foi Orthodoxe et à dissiper les ténèbres de l'hérésie . Mort aux Machines !


Nova Jacurutu
RvP. Mir.V.Askaris Dunensis
« Modifié: juin 13, 2010, 07:15:05 am par Askaris de Dar »

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Re : Uchronies Duniennes
« Réponse #1 le: avril 14, 2010, 09:11:04 pm »
Ah ha ha ha ! Voilà qui est senti  ;D !

Mais... serait-ce un manifeste ? Un délire ? Ou bien faut-il y voir quelque fine indication d'un développement à venir ?



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Et nous portons maintenant le poids de leurs iniquités. »

Anonyme, Péan de l'Intégration.

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Re : Re : Uchronies Duniennes
« Réponse #2 le: avril 15, 2010, 06:08:00 am »
Ah ha ha ha ! Voilà qui est senti  ;D !

Mais... serait-ce un manifeste ? Un délire ? Ou bien faut-il y voir quelque fine indication d'un développement à venir ?


Un peu de tout à la fois  ;D . Il y a longtemps que je m'interroge sur la comparaison entre la DE, le Cycle, les fanfictions de KJA et nous. Et ton petit exercice uchronique dans la Grande Bibliothèque m'a tellement plu que je me suis lancé (un peu maladroitement) dans mes propres computations. Et je me suis dit qu'une forme un peu fictionnelle serait peut-être moins rébarbative qu'un long traité (là, je ne suis pas certain d'avoir réussi mon coup...). En fait, tout s'enchaîne, pour peu qu'on y prête attention :

1 . la Dune Encyclopedia se présente comme une oeuvre publiée en 15540, soit 1815 ans après l'attentat contre Léto II. Nous savons que les événements relatés dans l'Empereur-Dieu étaient connus de McNelly "Hadi Benotto" et de ses équipiers ;

2 . Frank Herbert, dans ses deux derniers opus, s'est amusé à pousser son récit jusqu'en 15240 AG, soit 3 siècles avant la date de parution de la DE ;

3 . je n'ai pas souvenir d'une étude approfondie recensant toutes les différences entre ces 2 récits parallèles et les divergences qu'ils présentent dans l'évocation des 1515 années qui ont suivi la disparition de l'Empereur-Ver (13725-15240).
L'un et l'autre sont-ils assez flous pour concorder, se prêter à des parallèles et livrer in fine une chronologie commune au prix de quelques explications du type "c'est un débat d'historien" ? Ou les différences sont-elles si fortes qu'on peut parler de réalités divergentes et parallèles, le monde décrit par la DE étant une sorte d'uchronie de la vision de FH dans ses 2 derniers opus du Cycle ? L'interprétation très normande, et à sommes nulles, du Golden Path par Andaud permet toutes les combinaisons ;

4 . j'ai ensuite remarqué que FH a truffé ses épigraphes et ses chapitres (HoD/Ch:D) d'allusions parfois sybillines, parfois explicites au Rakis Hoard de DesB et à la valeur qu'on pouvait lui accorder. Pardon de heurter quelques sensibilités DE-centriques (je le suis moi-même du reste), mais j'ai du mal à ne pas y voir des petits tacles malicieux pour son vieil ami (et ne l'avait-il pas prévenu d'avance dans sa courte préface ?) ;

5 . je note en particulier cet incroyable épigraphe daté de 20217 (dans les Hérétiques) où Andaud/Herbert s'amuse à nous enfûmer joyeusement, ajoutant quelques degrés supplémentaires de mise en abyme de ses propres textes, et, par ricochet, de la DE ;

Hors ligne Askaris

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Re : Uchronies Duniennes
« Réponse #3 le: avril 15, 2010, 06:09:02 am »
6 . je me suis alors posé la question : le "Cycle" (ou les "Chronicles" -toutes deux appelations commerciales, rappelons-le) est-il rédigé dans une perspective "in-universe" comme la DE, ou peut-il être qualifié d' "out-of-universe" ? J'avoue que le déstabilisant caméo de Marty et Daniel ne fait que complexifier la question et je ne suis pas certain d'avoir la réponse. Qui le pourra jamais d'ailleurs ? Mais la théorie de William Touponce (en 1988) me semble encore valide :

Citer
"Herbert gives us a segment narrated from their point of view only at the very end of the novel. They are offshoots of the Tleilaxu Face Dancers sent out in the Scattering and have become almost godlike because of their capacity to assume the persona of whoever they kill ? and they have been doing this for centuries, capturing Mentats and Tleilaxu Masters and whatever else they could assimilate, until now they play with whole planets and civilizations. They are weirdly benign when they first appear in the visions of Duncan Idaho as a calm elderly couple working in a flower garden, trying to capture him in their net..."

7 . pour tout un tas de raisons, je pense donc pouvoir affirmer que chaque livre du "Cycle" de Dune fut rédigé d'un point de vue "in-universe". Pour rappel, cela signifie très concrètement :

Citer
La définition classique de Wookieepedia :

In-universe (In-U)

If something is in-universe, or is described as such, it belongs to the Star Wars universe exclusively and not to the real world. Characters, for example, are in-universe, but the actors who play them are out-of-universe. Another example is that the correspondent in-universe term for the English language is Galactic Basic, which is the common language in Star Wars. Pseudohistory is an integral part of in-universe treatment of canon material.
All in-universe articles should be structured as follows:

   1. Title/Eras/Infobox
   2. Main article
   3. Stub
   4. Behind the scenes (notice the capitalization)
   5. Appearances
   6. Sources
   7. Succession box
   8. Notes and references
   9. See also
  10. External links
  11. Category
  12. Interwiki links

The only section where out-of-universe information is appropriate is the "Behind the scenes" section and its subsections of an in-universe article.

Out-of-universe (Oof-U)

Out-of-Universe refers to the perspective in which an article is written; it is the opposite of in-universe. Something written from an out-of-universe perspective is written from a real life point of view. It will refer, for example, to real life publications, actors, authors, events, and so on, acknowledging that its subject is fictional.
In contrast, an in-universe perspective will strive for verisimilitude; that is, it will be written as though the author existed within the Star Wars universe. Articles about any in-universe things, such as characters, vehicles, terminology, or species, should always be written from an in universe perspective. If a section in the article is not, such as the listing of a character's published appearances or behind the scenes details, it should be tagged as such.
In contrast, articles about books, movies, games, or other real-life Star Wars material should obviously be written from an out-of-universe perspective, but should still be noted as such.
Basically, in-universe articles should never refer to Star Wars by name, or any other real life things such as publications, actors, or the like.

Citer
Le point de vue critique du Manual of style de Wikipedia :


Le problème de la perspective interne à l'?uvre

Une perspective interne décrit le récit du point de vue des personnages internes à l'univers fictionnel, le traite comme s'il était réel et ignore ainsi le contexte du monde réel et les analyses sourcées. Délibérément recréer ou maintenir l'illusion de la fiction originale en occultant les information du monde réel revient à franchir la limite qui sépare les perspectives externes et internes à l'univers fictionnel.
De nombreux wikis externes à la fondation Wikimédia et des sites de fans adoptent cette perspective et la considèrent comme appropriée, mais elle ne doit en aucun cas être utilisée sur Wikipédia. Une perspective interne est inexacte et peut s'avérer trompeuse, car en ne se basant que sur l'?uvre primaire, elle entraîne inévitablement des spéculations difficilement sourçables.
Quelques exemples de problèmes liés à la perspective interne:

    * Ignorer l'?uvre de fiction en tant qu'effort créatif.
    * Assimiler un résumé de fiction à un récit historique.
    * Confondre un article ou une section dédiée à un personnage fictionnel avec une biographie.
    * Une description d'un lieu fictionnel présentée comme un récit géographique.
    * L'utilisation détournée d'infobox prévues initialement pour des sujets du monde réel.
    * S'attarder sur un élément fictionnel avec la même exactitude et sans faire de distinction, qu'il soit tiré d'une ?uvre majeure ou d'un obscur produit dérivé.
    * Se servir de commentaires informels ou d'anecdotes comme sources d'information.
    * Tenter d'effacer les contradictions ou de remplir les blancs d'une continuité fictionnelle, plutôt que d'en parler comme tels.
    * Inscrire les épigones d'une oeuvre dans une continuité arbitraire ("canon").
    * Légender des photos de plateau ou des captures d'écran comme des représentations de  personnages en éludant la performance scénique à l'origine de leur production.
    * Se référer aux événements fictionnels plutôt qu'à la chronologie de l'?uvre elle-même.
    * Classer les ?uvres selon leur chronologie fictionnelle au lieu de l'ordre de leur publication.



The problem with in-universe perspective (In-U)

An in-universe perspective describes the narrative from the perspective of characters within the fictional universe, treating it as if it were real and ignoring real-world context and sourced analysis. The threshold of what constitutes in-universe writing is making any effort to re-create or uphold the illusion of the original fiction by omitting real-world info.
Many fan wikis and fan websites take this approach, but it should not be used for Wikipedia articles. An in-universe perspective is inaccurate and misleading, inviting unverifiable original research by relying on primary source.
Problems associated with an in-universe perspective include:

    * Disregarding all or most aspects of a work of fiction as a creative endeavour.
    * A plot synopsis written like a historical account.
    * A fictional character article or section written like a biography.
    * Description of fictional places written like a geographical account.
    * Using infoboxes intended for real world topics.
    * Discussing a fictional topic's appearances in major works and obscure spin-off material in equal
       detail.
    * Using throwaway comments or jokes as a source of information.
    * Trying to reconcile contradictions or fill gaps in a fictional continuity, rather than reporting them
       as such.
    * Placing spiritual successors in the same continuity as the works that inspired them.
    * Using image captions for film stills and screenshots asserting that what is depicted is the
       character, rather than a film scene depicting the character.
    * Referring to the fictional events or dates which occur in the story, rather than the fictional works
       themselves.
    * Ordering works by their fictional chronology, rather than the actual order they were published.

Contrairement à sa réputation d'auteur peu disert, Frank Herbert n'a pas toujours limité son "paratexte" éditorial au strict minimum. Ainsi, à l'occasion de la réédition de Destination Void en 1978, il n'a pas craint de joindre à la fiction un texte où il en expliquait les écarts par rapport à ses précédentes moutures. De la même façon, plusieurs de ses recueils de nouvelles furent agrémentés d'introductions rétrospectives parfois très développées.

Il s'est par contre toujours refusé à parasiter ses textes duniens avec la moindre introduction ou appel de notes, ne laissant qu'une place confidentielle aux remerciements et exergues liminaires. Et la seule fois où il consentit à laisser la réalité cotoyer la fiction, ce ne fut point pour se livrer à une quelconque glose, mais pour nous laisser une évocation aussi touchante que pudique de sa défunte épouse, Beverly.

À cette exception près (et le possible caméo de Daniel & Marty), l'effacement du narrateur derrière son récit fut la règle de conduite de FH tout au long des 23 années de l'aventure dunienne.

Manifestation formelle de cet effacement, on peut noter le refus d'insérer son texte dans l'appareil périgraphique (notes, préface, numération du chapitrage, postface, quatrième de couverture), qui d'ordinaire assure la transition entre l'en-dehors éditorial et l'in-universe fictionnel.
L'histoire de la sérialisation de Dune dans Analog et son passage au format du roman est à cet égard pleine d'enseignements. On remarque ainsi que les numéros d'épigraphes qui scandaient les sérialisations ne furent pas repris par la suite, de même que toutes les transitions, chapeaux et encarts qui en assuraient la continuité. C'est comme si le roman effaçait toute trace trop visible d'auctorialité. C'est à peine si la division en 3 livres ("petite trilogie") subsiste, sans qu'on comprenne d'ailleurs vraiment sa pertinence dans l'économie générale du livre.

Le réseau épigraphique reste la véritable armature de la fiction qu'il scande et recouvre imperceptiblement d'un maillage indépendant de références. Les épigraphes ne sont pas des chapitres, dans la mesure où ils ne cherchent pas à articuler le plan d'ensemble d'un seul arc  fictionnel. Bien au contraire. Tout comme les annexes (qui sont loin d'être des appendices secondaires), ils brouillent à escient une architecture narrative qui se refuse à l'uniformité. Dune, d'un point de vue in-universe, n'est pas plus un roman qu'un cycle. C'est une collection d'écrits, une biblio-thèque anonyme ["Bible"] où rapports scientifiques, poèmes, lexiques administratifs et récits de bataille cotoyent des scènes du quotidien, des petits traités de philosophie ou des envolées dramatiques. Le style unifie tout et permet à cette crypto-encyclopédie de garder un plaisir de la lecture intact (contrairement à certains travers stylistiques des Seigneurs de l'Instrumentalité dont le caractère haché n'a pas toujours été compris). De l'aveu d'Herbert, ce caractère de "recueil documentaire" fortement poussé par Lanier (l'éditeur de Chilton), fut une des clefs de la réussite du roman.

C'est que le Cycle se veut clairement "discontinu". Impossible d'y trouver le point de vue d'un "auteur omniscient". Herbert s'amuse à multiplier les points de vue, les paradoxes, les nébulosités et moirés qui interdisent toute lecture d'ensemble.

Le récit est livré comme une succession de fragments historiographiques épars, les épigraphes, autour desquels s'organisent autant de "commentaires-chapitres".  Mais on n'y trouvera nulle "glose" officielle s'imposant d'elle-même au lecteur. Les points de vue abondent, les monologues intérieurs court-circuitent les dialogues tandis que la grammaire gestuelle trahit parfois des réalités que les personnages n'osent s'avouer à eux-mêmes. D'ailleurs les personnages semblent loin de maîtriser quoi que ce soit à leur destinée et aux déterminations invincibles qui submergent leurs volontés particulières. Parfois réservé ou plein d'empathie, distant ou obscur, Frank Herbert veille à ne jamais enfermer son récit dans une seule trame interprétative. Gérard Klein disait "insaisissable"...
Le narrateur d?un récit de fiction « à la troisième personne » jouit de ce fait d?une marge de man?uvre nettement supérieure quant au volume d?informations qui lui est loisible de porter à la connaissance des lecteurs. Les annexes, comme les exergues, ne font que souligner une polyphonie à l'oeuvre dans tout le texte, et pas uniquement dans ses marges ;
« Modifié: avril 15, 2010, 06:11:36 am par Askaris de Dar »

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Re : Uchronies Duniennes
« Réponse #4 le: avril 15, 2010, 08:39:35 am »
8 . j'ai tiré de cela la conclusion que le Cycle pouvait être considéré comme une succession de témoignages oraux et écrits lentements rassemblés, réécrits, amendés, corrigés tout au long des 10.000 ans qui séparent les écrits d'Irulan de la péroraison de Gaus Andaud. Mais, à la différence de la DE, les textes du Cycle nous introduisent dans des situations si intimes, si éloignées des sources dont se nourrit habituellement l'Histoire, qu'il m'a semblé judicieux de faire intervenir les fameuses "mémoires secondes" du BG. Elles seulent pouvaient conserver intacts certains souvenirs personnels, certaines impressions ou monologues intérieurs qui échappent à l'activité historienne. Ce vivier mémoriel me semble plus efficace qu'une simple collation d'écrits pour expliquer l'existence de nombreux passages. J'y reviendrais sans doute un jour, mais l'écriture du Cycle, même quand elle prend l'apparat extérieur de l'érudition, trahit toujours une faculté d'imagination qui est le propre de la fiction et non du seul recoupage de sources. En écrivant cela j'ai à l'esprit la science des Hadiths et les techniques de l'hagiographie médiévale. L'Histoire en ces domaines qui lient le sacré au profane penche souvent du côté de la "mémoire" et de l'imagination "créatrice"...C'est un débat en soi, je ne m'y attarde pas. Pour me résumer, une longue transmission mémorielle (BG) est le coeur d'une tradition orale qui s'est enrichie de traditions parallèles et a peu à peu intégré des sources écrites, elles-mêmes souvent déjà réduites à des abrégés ou des compendium de citations tirées de leur contexte et mises en exergue de gloses accumulées en strates... C'est un modèle historiographique classique. Voilà comment le "Cycle" (Oof-U) pourrait selon moi être "expliqué" fictionnellement ("In-U") ;

9 . tout cela reste hypothétique, mais assez solidement articulé je pense. Reste alors à faire sa place à KJA. Qu'on l'aime ou non, ses fanfictions dessinent une voie d'interprétation du Dunivers difficilement contournable. Cette vision possède un petit avantage sur la DE : elle s'inscrit dans la suite chronologique (15240 à 15267) des 2 derniers opus du Cycle (15222 à 15240). Par contre, elle propose une conclusion si radicale et étrangère à l'esprit luddiste du Cycle qu'on ne peut s'empêcher d'y voir une forme d'uchronie par rapport au futur développé par la DE (15540) ou ce qu'on peut entrevoir dans les épigraphes d'HoD. D'une certaine manière, on pourrait s'amuser à dessiner un graphe qui illustrerait les récouvrements et les divergences des 3 chronologies ou réalités parallèles (20217/15540/15267). On peut aussi imaginer un comput unifié où la péroraison de Gaus Andaud (20217) constituerait le point d'arrivée avec tous les jeux de miroirs qu'on peut imaginer entre cette ligne du temps et les autres... C'est là que mon parti-pris s'affiche le plus clairement: KJA ayant géographiquement déplacé ses héros-clones dans les confins de l'Univers connu pour y lier alliance avec le pandémonium robotique d'Omnius/Érasme, je me suis dit que son récit et toute la logique grosbilliste de "l'ultime KH" pouvait très bien être compris comme la propagande technodoule de ces fameux Dispersés, depuis si longtemps étrangers au coeur orthodoxe de la civilisation butlérienne et porteurs d'idées absolument insupportables pour le monde issu du Premier Jihad. Il m'a semblé, malicieux que je suis, que cette vision de l'Ennemi était plus convaincante que le cliché éculé de la guerre hommes/machines. Une guerre idéologique, une vision du monde contre une autre : un usage décomplexé de la machine et une confiance béate en son (illusoire) confort face à  une culture valorisant l'effort intérieur et de la sublimation des capacités humaines, voilà qui me semblait être un meilleur canevas ;

10 . dès lors, tout pouvait prendre sens, à condition de lire tout ça avec un peu de 3°degré (même si mon humour n'est pas toujours efficace). D'ailleurs, ce petit jeu uchronique ne concerne pas que les séquelles du Cycle. La DE a tellement souvent débordé de la réalité décrite par le Cycle, poussant son imagination très très loin de FH (... d'où ses nombreux recadrages allusifs) qu'il serait utile de faire le point et de voir également ce qu'a imaginé KJA en ses interquelles. Voilà qui fait un deuxième chantier de comparaisons ... Mais ce n'est pas tout, car les uns et les autres ont forgé autour du passé antérieur à l'arrivée des Atreides sur Arrakis (10191) toute une uchronie à rebours. Et là, c'est un vrai champ de bataille entre la vision de McNelly (qui, outre la DE, avait commencé à rédiger son Jihad Butlérien bien à lui) et les préquelles de KJA... Il va de soi que l'explication du passé pré-Atreides est aussi une manière de justifier la longue durée d'un futur ou d'un autre ... ;

11 . cela constitue-t-il une proposition pour un canevas d'écriture ? Il serait prématuré et un peu présomptueux de le dire à ce stade. Mais je n'ai jamais caché que la Concordance avait une double dimension : fictionnelle et encyclopédique. D'un côté expliquer qui est John Schoenherr, l'influence de la langue arabe ou l'histoire de l'ornithoptère des années 20 à l'Incal... Et de l'autre, fournir des petits textes, aussi agréables à lire que possible, où seraient synthétisées ET différenciées nos diverses sources. Un même article pourrait donc faire l'objet d'un traitement "in-universe", puis être repris dans une perspective encyclopédique attachée à l'envers du décor... Évidemment, cette idée n'a rien d'innovante et certains wikis font l'effort de bien différencier les niveaux de lecture. L'usage de l'hypertexte offre des possibilités de navigation qui méritent d'être explorées. Mais cela est une autre histoire ... ;)
« Modifié: avril 15, 2010, 08:54:30 pm par Askaris de Dar »

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Re : Uchronies Duniennes
« Réponse #5 le: avril 20, 2010, 01:14:35 pm »
Compliments, Askaris pour ce travail passionnant, autant pour le côté fictif que pour l'analyse.
Je dois dire que je suis assez d'accord avec toi sur les grandes lignes, et notamment sur le point de vue "in-universe" (compris et présenté par le film de Lynch, d'ailleurs, avec Irulan en narratrice). Avec toutefois une réserve sur le narrateur omnicient qui est pourtant bien présent à mon avis, même si on peut l'inclure à postériori dans l'univers.
Quant au crédit que tu accordes à l'?uvre de KJH, hum, je ne commenterai pas.

Au fait, j'ai appris ici que McNelly avait commencé son Jihad butlérien !?!
Ici maintenant
sitôt dit sitôt enfui
as-tu profité?

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Re : Re : Uchronies Duniennes
« Réponse #6 le: avril 21, 2010, 08:21:14 am »

1 Compliments, Askaris pour ce travail passionnant, autant pour le côté fictif que pour l'analyse.

2 Je dois dire que je suis assez d'accord avec toi sur les grandes lignes, et notamment sur le point de vue "in-universe" (compris et présenté par le film de Lynch, d'ailleurs, avec Irulan en narratrice). Avec toutefois une réserve sur le narrateur omnicient qui est pourtant bien présent à mon avis, même si on peut l'inclure à postériori dans l'univers.

3 Quant au crédit que tu accordes à l'?uvre de KJH, hum, je ne commenterai pas.

4 Au fait, j'ai appris ici que McNelly avait commencé son Jihad butlérien !?!



1


Venant de la part du plus illustre d'entre nous, saches, cher Filo, que ton satisfecit me va droit au coeur.


2


Tu sais combien je tiens en haute estime l'analyse de Gérard Klein sur le caractère "insaisissable" de Frank Herbert. C'est cette difficulté à apprécier le Cycle dans son ensemble et à lui conférer un quelconque "sens" global, qui me conduisent à ne pas le caractériser comme un récit de type omniscient, même si formellement il en emprunte des traits (focalisation dite "zéro").


Citer
La focalisation externe : c'est lorsque le narrateur ne rapporte que les apparences extérieures de l'histoire. Le récit est pris en charge par un narrateur extérieur aux évènements qui sont racontés. Il dit ce qu'il voit de l'extérieur, il est observateur de ce qui se passe, rien de plus, il en sait moins que les personnages il s'agit alors d'un récit objectif.  Le narrateur tient ainsi le lecteur en attente.  Mais il peut parfois faire des commentaires sur les personnages, les faits dont il parle. Ce narrateur est appelé " hétérodiégétique"  ( "hétéro = autre, diégésis = le récit).
Exemple : « Leto et Siona passèrent toute la journée à l'ombre des dunes, en se déplaçant chaque fois que le soleil changeait de place. »

La focalisation interne : l?histoire est racontée à travers le regard d?un personnage, il prend en charge la narration (narrateur-personnage). Tout est vu à travers lui, et il nous communique ses pensées, il s'agit alors d'un récit subjectif. Le narrateur raconte à la 1ère personne du singulier et dit ?je?: on trouve des traces de sa présence dans l?histoire qu?il raconte (je, me, mon, mes, notre...). Ce narrateur est appelé " homodiégétique" ( Homo = semblable, même). Cette focalisation peut être limitée à certaines parties du récit.
Exemple : les monologues intérieurs, les épigraphes, les dialogues.

La focalisation zéro : le récit est pris en charge par un narrateur omniscient ( appelé dans certains manuel " le point de vue de Dieu") qui sait tout ce qui se passe, partout, il connaît les pensées des personnages, il connaît leur passé et leur avenir. Il peut tout voir et raconter ce qui se passe en deux lieux différents en même temps.

Cette typologie traditionnelle de la focalisation peine néanmoins à définir un récit tel que Dune. Comme l'avait noté Jacques Goimard, le réseau épigraphique est un symptôme de ce goût qu'avait Frank Herbert pour les mises en abyme, les paradoxes, les raisonnements tortueux, les ellipses sybillines, les sinuosités et autres jeux spéculaires. D'où d'imperceptibles glissements de focalisation qui brouillent et parasitent la perspective "omnisciente" <http://www.unige.ch/lettres/framo/enseignements/methodes/pnarrative/pnintegr.html> . La perspective narrative dépasse alors la simple technique d'exposition (comme les scènes du théâtre ou les plans du cinéma) : elle est une manière d'installer le récit dans un rapport particulier au régime de causalité, c'est-à-dire à la définition même que l'auteur imprime à la notion de "vérité". Le récit est-il suffisant ? Est-il miroir ou reflet trouble ? Immersion profonde ou faux semblant ?

C'est une question difficile, et je ne prétends pas pouvoir la trancher. Mais le fameux "paradoxe de Klein", auquel personne n'a jamais pu apporter une solution satisfaisante, m'incite à penser que l'apparente "omniscience" formelle de FH est le paravent d'insondables spéculations  propres à ravir les esprits les plus échevelés...

Citation de: Gérard Klein
Sous sa forme apparemment traditionnelle, l'?uvre de Herbert bouscule bien des règles du roman, de science-fiction en particulier. Plus difficile à classer qu'il y paraît d'abord, elle inquiète ou fascine par sa compacité, sa complexité, le volume des digressions, les déséquilibres trop évidents pour être innocents de la construction, l'inintérêt parfois appuyé de l'auteur pour le déroulement de l'action : ainsi, celle de Dune ne débute vraiment que bien après la centième page.

Bien que je ne puisse pas développer ici ces propositions, elle m'a paru souvent présenter les ?défauts? que nos critiques cartésiens ont jugé bon d'opposer à Shakespeare et à Henry James, démesure et broderie. Comme William, Herbert paraît ne reculer devant aucune outrance ; comme James, c'est en disant à côté qu'il suggère le plus. C'est en entrecroisant et en superposant des trames relativement simples qu'il crée un ?effet de moiré? stylistique. Hors de son contexte, telle citation de Dune ou de l'Étoile et le fouet peut paraître subtile ou banale ; elle rejoint le commun de la littérature. Mais sise dans son environnement, elle se dérobe soudain à l'analyse ordinaire parce qu'elle apparaît reliée à toutes les autres propositions constituant l'?uvre et indissociable d'elles ; on découvre avec effroi qu'il faudrait pour l'interpréter avec quelque sûreté établir une ?concordance? comme on l'a fait pour les textes sacrés. Elle prend brusquement de l'opacité, voire de l'obscurité, indice peut-être d'une profondeur, grâce à l'accumulation ici nullement gratuite des références, des citations, des documents, des néologismes généralement dérivés de traditions existantes.

D'où les incertitudes qui confinent au paradoxe : ainsi, pour prendre un exemple simple, dans Dune, l'ordre occulte féminin du Bene Gesserit a implanté dans la population de Dune, comme sur bien d'autres planètes, des prophéties fabriquées pour assurer si besoin est la sécurité de ses envoyés. Sur Dune, la prophétie se réalise : or pour l'inventer et l'implanter dans ce détail, il faudrait disposer de la prescience. Mais si le Bene Gesserit avait prévu l'avenir, il se serait bien gardé d'implanter une prophétie qui protège contre sa volonté Jessica, renégate aux yeux de l'ordre, et Paul, prescient prématuré et monstrueux du point de vue Bene Gesserit. Où la boucle s'est-elle bouclée ? Quelle puissance a manipulé le Bene Gesserit ? Est-ce l'effet du hasard ? Mais le hasard précisément n'est que le masque de la nécessité. C'est par de tels tours que Herbert introduit l'inquiétante étrangeté et qu'il contourne l'incrédulité du lecteur en lui imposant le sentiment de la différence, d'une autre époque et d'autres cultures, bien en deçà ou au-delà de l'anecdote narrée.

On rejoint là certaines considérations d'Anudar sur les formes d'uchronies, leur structuration causale et leur crédibilité fictionnelle.
Quel est le primum movens de la saga Atreides ? La crise systémique d'une civilisation immobile ? L'insignifiant battement d'ailes de ses personnages et les conséquences cataclysmiques de leurs passions contingentes ? Ou une détermination obscure, une nécessité, un Fatum qui échappe à notre entendement ?
C'est en cela également que le paradoxe de Klein est une manière de reposer à nouveaux frais la vieille question de la frontière entre SF et Fantasy. Souvenons-nous de l'exemple du Tarot et l'implexe acausal de type jungien qui le dérobe à l'analyse SF classique . Le génie d'Herbert est peut-être d'avoir laissé son récit ouvert à toutes les lectures (loin de l'appauvrissement dogmatique de ses abominables apocryphes).



* * * * * *


3


C'est la conviction que Dune (comme son Cycle ou son Dunivers) échappe à toute tentative globale d'explicitation qui prétendrait en épuiser le sens qui m'a poussé à prendre du recul sur le concept fanique de "Canon". Il règne dans ces querelles de groupuscules tant de véhémence et d'absolue certitude d'être dans le "vrai" (platonicien) que je n'ai pas pu m'empêcher d'ironiser (gentillement) sur cette dimension involontairement comique de notre propre activité talifane.

Une anecdote t'expliquera mieux que de longs discours mon état d'esprit actuel sur ces querelles "canoniques".
J'ai récemment visionné en DVD le dernier Star Trek (sorti en 2009). N'étant pas particulièrement fan de la série et de ses dérivés (comics, novellisations, encyclopédies, xénolectes ...) j'avoue que le film fut pour moi un agréable  divertissement, ni plus, ni moins. J'étais néanmoins curieux de recueillir l'opinion "éclairée" de membres du fandom trekkien et je suis tombé sur ce document :
<http://www.unificationfrance.com/spip.php?article6658>
C'est époustouflant d'érudition. On sent que l'auteur baigne dans cet imaginaire depuis toujours. On sent le souci qui est le sien de construire un "savoir" rigoureux et documenté autour de son univers fictionnel de prédilection. Ce soin du détail ne me choque pas plus que les érudits catholiques s'escrimant à fixer la naissance d'Adam au 23 Octobre 4004 avant J.-C. ou certains Atlantologues reconstruire toute la chronologie de l'antique Hellade... Quand on aime un univers fictionnel dans lequel on puise des principes de vie, des images réconfortantes ou un appui à sa quête de "sens", je comprends qu'on puisse s'investir dans des "encyclopédies" imaginaires.
Mais, au fur et à mesure de ma lecture de cet article aussi érudit que passionné, un certain malaise s'est installé dans mon esprit. Je comprenais bien la logique, la rationalité et la finesse de ce fan, mais une petite voix ne cessait dans mon esprit de lui rétorquer : "à quoi bon ? oui et alors ? ce n'est qu'une fiction après tout, pas l'expression d'une vérité transcendante, chacun l'interprète à sa manière ..."

Je me suis alors efforcé d'imaginer la réaction d'un lecteur lambda (ne connaissant de Dune que les textes de KJA, quelques jeux vidéos et les miniséries) face à certains de nos brillants traités ou nos assassines phillippiques ... Pendant un bref instant je me suis dit qu'un tel lecteur serait sans doute perdu voire incrédule devant tant d'efforts exégétiques, de références obscures et d'allusions à des conflits dont il n'a même pas idée du commencement. J'ai compris à ce moment là qu'il me fallait faire la part des choses et renoncer à l'unilatéralisme un peu professoral de mes convictions.

Oui, j'exècre toujours autant les Abominations, mais je m'interdit dorénavant de qualifier de "morons" (comme se le permettent certains de mes "correligionnaires") ceux qui trouvent du plaisir à cette forme de "littérature". L'érotisme est souvent plus beau que la pornographie, mais faut-il envoyer au bûcher les 1001 Verges d'Apollinaire ou les mémoires de Fanny Hill au prétexte qu'elles font pâle figure face à Choderlos de Laclos, Maupassant ou Genet ?

Plutôt que d'instiller la honte et de railler de mes lazzis ceux qui s'adonnent à ces petites faiblesses solitaires, je préfère désormais adopter une stratégie fondée sur la pédagogie et l'entraînement d'une conviction sincère.

KJA est incontestablement détestable pour son entreprise de dévoiement littéraire, son usurpation d'autorité et sa politique hostile à toute forme d'opposition au sein du fandom. Mais il est là. Et il est lu. C'est hélas une réalité incontournable du point de vue de la sociologie littéraire (de même que le Lynch s'est rendu incontournable par son influence sur l'imagerie  des video games). À son encontre 2 attitudes possibles : la damnatio memoriae ou la réfutation point par point de ses thèses.

Je pense que la Concordance, le RakisWiki et d'autres projets similaires  peuvent être le champ de bataille de cette "kulturkampf". En séparant l'arrière-plan de la fiction et en distinguant au sein de cette dernière les différents degrés de crédibilité que l'on peut attribuer aux 3 grandes sources (Cycle/DE/KJA), je pense que nous ferons vraiment oeuvre utile.



* * * * * *


4


L'exemple du Jihad Butlérien est un exemple parmi des milliers d'autres de ce qu'un thème peut véhiculer, en bien comme en mal. Il y a plus de 11 ans, Willis McNelly évoquait, sur alt.fan.dune, son projet à peine entamé de Butlerian Jihad (projet avorté par la mort prématurée de FH) :

Citer
I am not sure that FH meant any particular "Butler."  But he was certainly referring to the Luddite anti-machine uprising in Britain at the beginning of the industrial revolution.

As to the story of the aborted female fetus in the DE which brought about the Butlerian Jihad, that creation was entirely my own, as I recall, and I named her "Jehanne" after Joan of Arc - the warrior saint.  

I had proposed to FH that he and I collaborate on a prequel to the Dune saga called "Prequel to Dune: the Butlerian Jehad" or some similar title. FH and I had discussed writing it together and he agreed with my general plot outline, completed first chapter, and so on but his untimely death prevented us from continuing. He had been living in the LA area at the time and we often discussed it by phone, but I have no written notes from him about it, unfortunately  The prequel would have followed in general terms the story as outlined in the DE - sketched in my notes - which I still have - and written in final published form by one of my colleagues at Cal State.

On voit là combien un motif initial, relativement simple et obscur, peut entraîner de spéculations, pour peu qu'on l'inserre dans une trame d'ensemble. Dieu disait :

Citer
.... comme James, c'est en disant à côté qu'il suggère le plus. C'est en entrecroisant et en superposant des trames relativement simples qu'il crée un ?effet de moiré? stylistique. Hors de son contexte, telle citation de Dune ou de l'Étoile et le fouet peut paraître subtile ou banale ; elle rejoint le commun de la littérature. Mais sise dans son environnement, elle se dérobe soudain à l'analyse ordinaire parce qu'elle apparaît reliée à toutes les autres propositions constituant l'?uvre et indissociable d'elles ....

Il en va ainsi de chaque article de la DE. Je pense que ce travail est tout sauf une modeste compilation d'anecdotes comme on en voit tant en SF. La DE a une véritable "identité" littéraire, avec ses plumes, son directeur, sa "vision" de Dune. Le débat sur sa "canonicité" n'est pas très instructif. Je milite pour qu'on cesse de la ramener sans cesse à l'oeuvre originale de FH. J'ai la même analyse pour Lynch ou Jodo... et KJA. Chacun développe son propre univers fictionnel autour d'une même trame "partagée" (shared universe). La distinction ne se fait pas tant en termes de fidélité à la source d'inspiration qu'en termes de qualité : le Sentier d'Or vu par FH, McNelly & consorts ou KJA offre 3 perspectives indépendantes les unes des autres. Et je ne doute pas dans l'affaire que chacun y retrouve ses oeufs. L'essentiel est de comprendre comment chaque brique s'inserre dans un mur plus vaste. Le travail de critique de mes frères OH est indispensable. Ils démolisent KJA point par point. Mais leur argument se résume au final à "c'est pas ce que FH a écrit...". Non, de toute évidence... Mais l'argument est un peu court. Il ne me satisfait plus. Je veux comprendre, au-delà des invraisemblances ponctuelles, ce qui distingue fondamentalement KJA de McNelly et de FH. Et pour cela je pense qu'il faut s'attacher aux deux extrémités de l'équation. Comment KJA détourne des situations ou des concepts isolés, puis comment il reconstruit un système général d'explication qui lui est propre. C'est là que sa forfaiture apparaîtra le mieux. C'est là que chacun pourra sentir l'appauvrissement de la matière littéraire, contrairement à la DE. Fidèle ou pas fidèle ? Fausse question qui détourne de la seule qui vaille : fidèle à l'esprit ou infidèle ?

Mettre la vacuité de certains imaginaires en face de la richesse de certains autres, est, à mon sens, un moyen très efficace de distinguer (par contraste) le bon grain de l'ivrée. Mais quel programme gargantuesque en perspective ... ;)

« Modifié: avril 21, 2010, 08:35:17 am par Askaris de Dar »

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Re : Uchronies Duniennes
« Réponse #7 le: avril 21, 2010, 01:33:01 pm »
Textes passionnants, comme d'habitude...comme le dit Filo pour le fictif et l'analyse.
Les commentaires qui suivent sont eux aussi de haut vol et mériteront une seconde lecture...
Merci Askaris !

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Re : Re : Uchronies Duniennes
« Réponse #8 le: avril 21, 2010, 09:07:15 pm »
Textes passionnants, comme d'habitude...comme le dit Filo pour le fictif et l'analyse.
Les commentaires qui suivent sont eux aussi de haut vol et mériteront une seconde lecture...
Merci Askaris !



Merci Messiah  ;)  N'hésites pas à les critiquer si tu as des désaccords sur le fond, il ne s'agit après tout que d'hypothèses de lecture parmi bien d'autres ...  :D

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Re : Uchronies Duniennes
« Réponse #9 le: avril 22, 2010, 12:09:05 pm »
Suite à relecture hier soir puis réflexion avant et après le sommeil, j'ai quelques observations à faire.

Tout d'abord, afin de m'assurer que j'ai bien compris : ton propos est de considérer l'avenir esquissé par la DE d'une part et KJA d'autre part comme des versions romancées du même fil historique. La version DE serait celle rapportée par l'histoire orale au sein du Vieil Empire, encore soumis aux règles du Jihad Butlérien, tandis que la version KJA serait celle rapportée par l'histoire orale de la Dispersion où les inhibitions du Jihad Butlérien auraient été levées par évolution.

Si c'est bien ton propos, je pense que l'on ne peut pas qualifier cela d'uchronie mais plutôt d'une réécriture de l'Histoire. On est en présence de faits qui sont compris d'une façon plus ou moins orientée de part et d'autre, et par conséquent retranscrits sous la forme d'une querelle d'historiens et de philosophes (version DE) ou d'une aventure d'heroic-fantasy (version KJA). Dans les deux cas, il s'agit d'une histoire écrite par le "vainqueur" - ou, à tout le moins, par un individu "orienté". On pourrait parler d'uchronie si les deux fils historiques s'excluaient l'un l'autre, par exemple si la réalisation d'un événement conditionnait l'un des deux fils, selon ce schéma :
Evénement réalisé -> fil historique DE.
Evénement non réalisé -> fil historique KJA.
A moins que tu aies une idée d'un événement dont la réalisation (ou la non-réalisation) déclencherait l'exclusion des deux fils historiques, on ne peut donc pas dire qu'il s'agit d'une uchronie.

Le travail que tu as entrepris me semble néanmoins fort intéressant. Il rentre en effet dans le cadre d'une intégration de versions historiques contradictoires (en apparence) au futur d'un univers plus vaste. J'aimerais dans ces conditions te voir réfléchir au fil historique alternatif, et contemporain à Dune, des jeux Dune 2 / Dune 2000 et Empereur, car il me semble que l'on pourrait parler là d'une uchronie interne au Duniverse... On pourrait aussi parler de cette hypothèse que Leto avait faite ici, dans un topic, où il se demandait "à quoi ressemblerait Dune si Jessica n'avait pas donné un fils au Duc, mais bel et bien une fille, suivant donc les ordres du Bene Gesserit ?". Ce à quoi nous avions été plusieurs à proposer nos réponses... Si quelqu'un peut exhumer ce topic ?

Je ne te rejoins pas, en revanche, sur ton appréciation du travail des OHs. KJA est critiquable en premier lieu parce qu'il ne comprend pas Dune. Ce qui ne fait pas pour autant de ses fans des imbéciles, ce sur quoi je te rejoins à nouveau
« Modifié: avril 22, 2010, 12:11:30 pm par Anudar »



« Nos pères et nos mères ont commis l'ubris et ne sont plus,
Et nous portons maintenant le poids de leurs iniquités. »

Anonyme, Péan de l'Intégration.

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Re : Re : Uchronies Duniennes
« Réponse #10 le: avril 22, 2010, 07:04:37 pm »
Suite à relecture hier soir puis réflexion avant et après le sommeil, j'ai quelques observations à faire.

Tout d'abord, afin de m'assurer que j'ai bien compris : ton propos est de considérer l'avenir esquissé par la DE d'une part et KJA d'autre part comme des versions romancées du même fil historique. La version DE serait celle rapportée par l'histoire orale au sein du Vieil Empire, encore soumis aux règles du Jihad Butlérien, tandis que la version KJA serait celle rapportée par l'histoire orale de la Dispersion où les inhibitions du Jihad Butlérien auraient été levées par évolution.

Si c'est bien ton propos, je pense que l'on ne peut pas qualifier cela d'uchronie mais plutôt d'une réécriture de l'Histoire. On est en présence de faits qui sont compris d'une façon plus ou moins orientée de part et d'autre, et par conséquent retranscrits sous la forme d'une querelle d'historiens et de philosophes (version DE) ou d'une aventure d'heroic-fantasy (version KJA). Dans les deux cas, il s'agit d'une histoire écrite par le "vainqueur" - ou, à tout le moins, par un individu "orienté". On pourrait parler d'uchronie si les deux fils historiques s'excluaient l'un l'autre, par exemple si la réalisation d'un événement conditionnait l'un des deux fils, selon ce schéma :
Evénement réalisé -> fil historique DE.
Evénement non réalisé -> fil historique KJA.
A moins que tu aies une idée d'un événement dont la réalisation (ou la non-réalisation) déclencherait l'exclusion des deux fils historiques, on ne peut donc pas dire qu'il s'agit d'une uchronie.

Le travail que tu as entrepris me semble néanmoins fort intéressant. Il rentre en effet dans le cadre d'une intégration de versions historiques contradictoires (en apparence) au futur d'un univers plus vaste. J'aimerais dans ces conditions te voir réfléchir au fil historique alternatif, et contemporain à Dune, des jeux Dune 2 / Dune 2000 et Empereur, car il me semble que l'on pourrait parler là d'une uchronie interne au Duniverse... On pourrait aussi parler de cette hypothèse que Leto avait faite ici, dans un topic, où il se demandait "à quoi ressemblerait Dune si Jessica n'avait pas donné un fils au Duc, mais bel et bien une fille, suivant donc les ordres du Bene Gesserit ?". Ce à quoi nous avions été plusieurs à proposer nos réponses... Si quelqu'un peut exhumer ce topic ?

Je ne te rejoins pas, en revanche, sur ton appréciation du travail des OHs. KJA est critiquable en premier lieu parce qu'il ne comprend pas Dune. Ce qui ne fait pas pour autant de ses fans des imbéciles, ce sur quoi je te rejoins à nouveau

Le point de départ de ma réflexion est relativement simple. J'ai voulu comparer les statuts respectifs de la DE et du Cycle d'un point de vue "in-universe". Frank Herbert et Willis McNelly n'existent donc pas dans cette réalité parallèle.

Pour ce qui est de la DE, les choses sont claires, elle aurait été rédigée par Hadi Benotto et un collectif de savants en 15540 AG, soit 3 siècles après les faits relatés dans la Maison des Mères. Mais ce qu'elle rapporte des événements postérieurs à la mort de Léto II (13725) est à mettre au conditionnel.
Les indices laissés dans la DE concernant la période post-Léto II (13725-15240 et 15240-15540) sont-ils de nature à s'inserrer dans la chronologie du Cycle ou développent-ils la vision d'un monde qui lui serait parallèle, donc uchronique ? (la divergence temporelle se situant à la mort de Léto II).

Cette première question laisse en suspens la question du statut "in-universe" du Cycle. J'ai développé un scénario dans lequel le Cycle serait le produit des mémoires secondes du BG, transmises oralement puis modifiées, altérées et amalgamées avec des fragments écrits (les épigraphes). 300 récits donc, très lentement mis par écrit sur une période qui s'étend jusqu'en 20217, date du discours de Gaus Andaud rapporté dans un épigraphe des Hérétiques (soit 10000 ans après l'accession de Léto II et près de 5000 après l'épisode des Matriarches ou l'écriture de la DE).

Malicieusement, j'ai posé comme hypothèse que la DE aurait inspiré indirectement les derniers récits du Cycle. Chose qui est d'ailleurs assurée puisqu'Hadi Benotto et le Rakis Hoard de Dar-es-Balat apparaissent à la fois dans l'Empereur-Dieu (3 fois) et dans les Hérétiques (2 fois). Mais j'y pense .... :o ???

Cela pose d'ailleurs un problème qui ne m'avait pas frappé jusque là (idiot que j'étais) : comment se fait-il qu'Hadi Benotto soit évoquée dans les Hérétiques comme contemporaine de Sheeana ? Soit 3 siècles avant la date indiquée (par 2 fois au moins) dans la DE ? Et la correspondance parfaite des dates ajoute au trouble : 15240/15540 ...

Donc, soyons clairs. Soit la DE est une uchronie du Cycle où intervient une Hadi Benotto homonyme de celle évoquée dans les Hérétiques (hypothèse peu plausible, à moins d'imaginer qu'un même patronyme soit porté à 3 siècles de distance par des personnes ayant le même métier et travaillant sur le même champ de fouille ... impossible !! ).
Soit il faut conclure que la date de 15540 serait le fruit d'une simple erreur typographique (le 2 étant pris pour un 5). Mais comment alors expliquer la date de 15525 (The finding of the Rakis Hoard) dans la chronologie ? Une double erreur ...Ça fait beaucoup ...

Évidemment, cette dernière solution, peu glorieuse mais logique (avec quels tiraillements !), rendrait caduque une partie du texte fictionnel que j'ai rédigé plus haut. L'idée qu'Hadi Benotto soit la contemporaine de Miles Teg, Dar & Tar, Murbella et Sheeana, et non une historienne postérieure, soulève d'ailleurs beaucoup de questions. Loin d'être une archéologue paisiblement attelée à briser quelques mythes historiques, elle serait donc témoin d'une époque troublée où le BG et la plupart des institutions décrites dans la DE sont encore en place !

Ça change tout à la perception qu'on peut se faire de la DE. Ce pauvre McNelly pensait sans doute mettre à l'abri son récit des séquelles herbertiennes en le situant dans un lointain futur, plus de 1815 ans après la mort de Léto II... Or, Frank Herbert s'est amusé à contrecarrer ce dessein :
_ d'une part en faisant de Hadi Benotto un témoin des événements qu'il relate dans ses derniers opus,
_ d'autre part, en se préservant le dernier mot de l'histoire/Histoire grâce à cet épigraphe daté de 20217,
_ enfin, en indiquant à 2 reprises au moins que les travaux d'Hadi Benotto avaient été censurés par le clergé de Rakis.

On imagine bien en effet que l'hypercriticisme irrévérencieux que l'on trouve à de multiples reprises dans la DE ne pouvait être diffusé librement alors que le BG restait une institution bien vivante.
Je veux bien croire qu'à une époque très ultérieure aux faits relatés dans le Cycle on puisse douter publiquement de l'existence de Muad'Dib et qu'on révèle certains des nombreux secrets du BG, mais cette thèse devient très douteuse dès lors qu'on fait de la publication de la DE un événement littéraire contemporain des faits relatés dans la Maison des Mères.

J'emet donc cette hypothèse : la DE serait bien sortie en 15240 mais n'aurait connu qu'une diffusion extrêmement confidentielle (vite censurée) et limitée à certains cénacles érudits. Ou, si l'on conserve la date de 15540, on peut imaginer qu'il s'agit là d'une réédition voire d'une première édition vraiment publique (le manuscrit de la De étant resté plus ou moins secret pendant 3 siècles).

Une chose est certaine. Le Cycle, envisagé d'un point de vue "in-universe" est incontestablement postérieur à la DE . Il est à la fois moins complet que la DE (sur des anecdotes historiques ou techniques) et plus riche (sur les situations intimes notamment). D'où mon hypothèse de la tradition orale enrichie par des ajouts écrits ultérieurs.

De ce point de vue, il n'y a plus d'uchronie possible puisque FH s'est chargé de réduire ce problème en intégrant de force Hadi Benotto à sa propre chronologie. Très étrange phénomène de spécularité littéraire : la DE est à la fois légitimée et rognée. Légitimée car son auteur est gratifié d'une existence dans le Cycle. Rognée, parce que le lit de Procuste de la chronologie établie par FH interdit de penser la DE comme le récit qui "ferme" le Cycle et projette son regard sur lui. Hadi Benotto, rajeunie de 3 siècles, devient un "acteur" de l'histoire porteur d'une vision de l'Histoire. Elle ne la fait plus.

Reste donc KJA et son récit des confins. Il n'y a pas d'uchronie ici. Très juste. Mais une vision des événements que la ligne du temps officielle (20217) n'approuve ni n'improuve. Quoi que ... On imagine bien que Gaus Andaud n'aurait pas pu tenir un tel discours dans un futur où la question robotique serait si centrale. De là mon hypothèse que KJA exprimerait dans une optique "in-universe" le point de vue d'une communauté historiquement et géographiquement excentrée par rapport à la tradition centrale. À partir de là, tous ses récits sur le Jihad Butlérien et la saga Atreides peuvent être regardés comme des traditions hétérodoxes et marginales au sein de l'historiographie de Dune.
« Modifié: avril 22, 2010, 08:38:00 pm par Askaris de Dar »

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Re : Uchronies Duniennes
« Réponse #11 le: avril 22, 2010, 08:37:34 pm »
De manière plus simpliste, j'aime beaucoup cette démarche consistant à considérer (pour le plaisir) que le Cycle raconte un Histoire, cela étant renforcé par l'intégration dans cette "réalité" de la DE et autres avatars post hexalogie par ailleurs ô combien critiquables.
Nous ne sommes plus de simples consommateurs de littérature SF, mais par une contorsion temporelle, de véritables dépositaires de textes, non pas sacrés pour nous, mais pour les acteurs de cette Histoire...

Je ne peux m'empêcher de penser aux "fans" de Sherlock Holmes qui partent du principe que les textes de Conan Doyle sont la réalité, rédigée par Watson. Cela entrainant les amateurs dans de passionnantes analyses, parfois quasi pataphysiciennes, mais menées avec la rigueur d'un historien.

Cela me renvoie aussi, peut être à tort, à la volonté d'Askaris, dans son projet de Concordance de décanoniser le seul Cycle pour élargir la matière à d'autres éléments "duniens".


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Re : Uchronies Duniennes
« Réponse #12 le: avril 22, 2010, 09:14:55 pm »
Une chose est certaine Messiah, je suis bien d'accord avec toi, tout cela m'a guéri des anathèmes et des "vérités" au son du canon !  ;D

Je sais que nos traducteurs sont très -légitimement- attachés à la "canonicité" de la DE qu'ils opposent à KJA. J'ai longtemps partagé cet avis du "quasi-canon" (deuterocanon) et mes premiers textes sur la Concordance peuvent en témoigner.

Mais à mesure que je m'attache à mettre toutes les sources en parallèle, je m'aperçois combien la "réserve" de FH dans sa préface à la DE était profonde. Quand Gérard Klein nous a écrit que FH était réservé quant à la DE je me souviens avoir été un peu incrédule voire un peu suspicieux. FH a donné bien des témoignages de son "delighted approval". Les archives de Fullerton témoignent de son implication réelle au processus d'écriture tel qu'il a été rapporté plus tard par McNelly...

Pourtant, tout était devant nous et je n'arrive pas à croire que personne n'ait tiqué avant moi sur ce gouffre chronologique. Je sentais bien que FH laissait ici et là des indices de sa réserve, c'est-à-dire in fine de sa volonté de conserver seul la maîtrise de ses personnages, mais le hiatus ne m'avait jamais véritablement marqué.

Tout cela doit nous conforter dans l'idée qu'il faut savoir être souple et renoncer à l'illusion de vouloir tout comprendre. Les constructions les plus érudites sont toujours à la merci de ces petits grains de sable, insignifiants mais suffisant pour enrayer les machineries les plus complexes ...

Finalement ça me rassure de savoir que notre (précieuse) DE n'a pas tout dit et que vue depuis l'an 20217 il  reste plein de choses à déterrer dans la saga dunienne ...
N'est-ce pas cela finalement la différence entre un savoir qui ouvre l'imagination et un savoir qui la brime ? La DE n'est pas une conclusion, elle s'y refuse (lire l'intro d'Hadi). Chaque porte refermée est contrebalancée par d'autres questionnements, d'autres nouveaux couloirs. On se garde bien de toute conclusion assurée.  Irène Langlet le disait avec son registre de vocabulaire bien à elle :
Citer
« Autant pour ceux qui penseraient qu'un tel prolongement non narratif [la DE] des oeuvres romanesques [le Cycle] pourrait vider l'activité de lecture science-fictionnelle de sa pulsion conjecturale, de son jeu de production xéno-encyclopédique : leurs auteurs [McNelly] en semblent si bien avertis qu'ils ménagent dans leur développement transfictionnel les failles et lacunes, non seulement nécessaires à la prolongation de l'exercice, mais qui en représentent sans doute la condition de possibilité inaugurale »

Dit en français  ;D  peu importe le "Canon", pourvu que l'esprit en soit respecté et que les portes à d'autres interprétations restent ouvertes. Si un reproche, un seul, devait être fait à KJA, c'est bien d'avoir tenté de refermer le cercle de l'imaginaire autour d'une seule vision unilatéralement proclamée "Néo-Canon". En cela KJA incarne toute l'outrance et le ridicule de certaines dérives faniques (Star Wars/Star Trek). Un comble pour celui qui est si fier de son statut d' "auteur" ...

PS : j'ajoute, pour abonder dans le sens d'Anudar et de Messiah, que nous avons un millefeuille de textes parfois méconnus qui s'intègrent pour une part à la chronologie de Gaus Andaud (Dune serial, archives de Fullerton etc.) et tous ceux qui la font diverger au point d'ouvrir une brèche dans l'espace-temps ...uchronique  ;)
« Modifié: avril 22, 2010, 09:27:21 pm par Askaris de Dar »

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Re : Uchronies Duniennes
« Réponse #13 le: avril 22, 2010, 10:31:14 pm »
 :o
1ère lecture ce soir de tous ces posts, plus captivants les uns que les autres. Je dois bien avouer que la céphalée n'est pas loin...
Je serai toujours étonné devant l'érudition, "dunienne" ou extrinsèque, de notre Askaris.
Il me faut assimiler tout ceci et certainement consacrer une seconde lecture avant d'oser affronter une telle dialectique.
Je suis également larguer sur certaines réflexions liées à la partie du cycle que je sous-estime, le terme.
Mais, en rapport avec le travail de KJA, il ne me parait pas injurieux d'extrapoler à partir de données a priori partielles. Effectivement, ce qui l'est c'est de vouloir exercer une "missionaria protectiva" au sein des lecteurs néophytes des émanations duniennes de KJA et Herbert Junior. Ce ne devrait être qu'une production et non une reproduction.
Je suis également d'accord avec l'idée que si un amateur des écrits de KJA tombe sur de tels quasi-opuscules (je parle des computations d'Askaris et autres), ils lui sembleront biens obscurs et insondables, limites obscurantistes...
Quel plaisir de te lire, Askaris !! Quel plaisir également de découvrir de nouvelles pistes de réflexions sur DAR !!

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Re : Re : Uchronies Duniennes
« Réponse #14 le: avril 23, 2010, 01:07:33 am »
:o
1ère lecture ce soir de tous ces posts, plus captivants les uns que les autres. Je dois bien avouer que la céphalée n'est pas loin...
Je serai toujours étonné devant l'érudition, "dunienne" ou extrinsèque, de notre Askaris.
Il me faut assimiler tout ceci et certainement consacrer une seconde lecture avant d'oser affronter une telle dialectique.
Je suis également larguer sur certaines réflexions liées à la partie du cycle que je sous-estime, le terme.
Mais, en rapport avec le travail de KJA, il ne me parait pas injurieux d'extrapoler à partir de données a priori partielles. Effectivement, ce qui l'est c'est de vouloir exercer une "missionaria protectiva" au sein des lecteurs néophytes des émanations duniennes de KJA et Herbert Junior. Ce ne devrait être qu'une production et non une reproduction.
Je suis également d'accord avec l'idée que si un amateur des écrits de KJA tombe sur de tels quasi-opuscules (je parle des computations d'Askaris et autres), ils lui sembleront biens obscurs et insondables, limites obscurantistes...
Quel plaisir de te lire, Askaris !! Quel plaisir également de découvrir de nouvelles pistes de réflexions sur DAR !!


Le plaisir est partagé cher Seti  ;)  ...J'avoue être troublé par ma propre amnésie. Comment ai-je pu oublier qu'Hadi Benotto apparaissait très clairement dans l'Empereur-Dieu ? Comment ?  :o

Moi qui milite tant pour qu'on prenne au sérieux le réseau des épigraphes (et le projet de Tentaal l'an dernier répondait à un véritable besoin). Comment ai-je pu négliger la double apparition du personnage d'Hadi Benotto dans le premier et le dernier chapitre-épigraphe ?

Comme beaucoup d'entre nous, j'imagine que je n'ai pas été suffisamment attentif à leur contenu. Pourtant, les 2 épigraphes où apparaît Hadi Benotto dans l'Empereur-Dieu sont particuliers. Ils sont très longs et se suffisent à eux-mêmes. Ils n'introduisent aucun texte. Et plus important que tout : ils encadrent le texte de l'Empereur-Dieu comme le feraient la présentation et la conclusion d'une édition scientifique d'un manuscrit. D'ailleurs, les autres chapitres sont pour la plupart organisés autour d'extraits des Mémoires Volés.

Et que nous apprennent ces deux textes dont l'importance a paru si importante à FH qu'il en a fait les 2 bornes de son récit ?
Le premier texte est un discours prononcé par Hadi Benotto annonçant la découverte du Rakis Hoard à Dar-es-Balat.
Le dernier est un rapport secret, une supplique visiblement, où Hadi Benotto plaide pour la divulgation publique des résultats de ses recherches.
Rien, dans l'Empereur-Dieu, ne nous permet de dire si la requête reçut ou non un accueil favorable des autorités. Le 3° épigraphe nous donne un aperçu de la traduction effectuée par Hadi Benotto. Mais rien ne permet de dire que la traduction fut suivie d'une publication.

Dans les Hérétiques, un prêtre fait une allusion discrète à la traduction d'Hadi Benotto. Duncan Idaho est quant à lui un privilégié, car il trouve dans la Bibliothèque du BG «les récits des équipes d'archéologues qui avaient découvert sur Rakis le non-espace primitif aménagé par le Tyran. Ce lieu portait le nom de Dar-es-Balat. Les rapports originaux de l'archéologue Hadi Benotto portaient la mention "Retiré par ordre du Clergé de Rakis"».

De toute évidence les résultats des fouilles d'Hadi Benotto et de ses collègues subirent un strict embargo de la part de la cléricature rakienne. Les quelques 33 autres occurences où Dar-es-Balat est encore évoqué dans les Hérétiques confirment cette confidentialité extrême des rapports de fouille. Par contre, Dar-es-Balat en tant que lieu de mémoire était visiblement connu du grand public puisque plusieurs épigraphes nous donnent des extraits des "Commentaire du guide, Musée de Dar-es-Balat". L'étiquette de DesB en devient même fourre-tout quand elle est associée à des recueils de citations comme l'épigraphe 46 où est cité un poème de l'américain Theodore Roethke (mort en 1963).

En conclusion, la parution contemporaine de la DE et des événements relatés dans les 2 derniers opus du Cycle s'avère hautement improbable. Comment Hadi Benotto aurait pu outrepasser la censure cléricale ou la surveillance universelle du BG ? Sans aller jusqu'à imaginer des sévices semblables à ceux que Léto II infligea aux 9 malheureux historiens exécutés en 12333, je ne pense par qu'Hadi Benotto aurait défié la censure en diffusant un texte pirate ou quoi que ce soit de ce genre. Le ton qu'elle employe dans l'Empereur-Dieu est assez clair :

Citer
"Ce qui suit est notre point de vue en tant que minorité. Nous nous inclinerons, bien sûr, devant la décision prise par la majorité de soumettre les mémoires de Dar-es-Balat à une révision et une censure rigoureuse avant d'autoriser leur publication ; mais nous voudrions au moins que nos arguments soient connus. Nous comprenons l'intérêt manifesté par la Sainte Église dans cette affaire, dont les dangers politiques n'ont pas échappé à notre attention. Tout autant que l'Autorité Ecclésiastique, nous souhaitons éviter que Rakis et le Saint Sanctuaire du dieu Fractionné ne devienne "une attraction pour touristes béats". (...)
Serons-nous obligés, nous, membres de la Minorité, de rejoindre nos compagnons de la Grande Dispersion avant de pouvoir faire entendre notre voix ? Nous faudra-t-il laisser le noyau originel de l'humanité dans l'ignorance et le manque d'information ? Si la Majorité nous force à partir, elle sait que plus jamais on ne pourra nous retrouver ! (...) En tant que Minorité, nous ne doutons pas qu'il soit du devoir des historiens d'écouter cette voix de nos origines. Même s'il ne s'agit que des mémoires, nous devons l'écouter. Mais nous devons tendre l'oreille vers l'avenir à travers au moins autant d'années que ces mémoires ont été oubliés dans notre passé. Nous n'essaierons pas de prédire les découvertes qui sont encore à faire dans leurs pages. Nous disons seulement qu'il faut qu'elles soient faites."

J'invite tout le monde à relire ce passage. C'est vertigineux. Tandis que McNelly rassemblait les matériaux pour sa DE, FH s'était d'ores et déjà conservé un espace de liberté dans la perspective d'une suite à l'Empereur-Dieu. McNelly nous apprend que pendant cette grosse année de préparation où s'établit le plan de la DE (1979-1981), FH n'avait pas encore achevé son Empereur-Dieu, de telle sorte qu'il acheva la rédaction de son manucrit (publié en 1981) avec le plan directeur de la DE en tête. on comprend mieux alors le dialogue instauré à distance par ces deux ouvrages (l'équipe de la DE finalisera le manuscrit en 1982, 1983 étant occupé aux ultimes corrections).

À ce stade que pouvons-nous tirer de cette accumulation de questions ?
_ d'un point de vue "in-u" la mise par écrit du Cycle s'achève en 20217
_ Hadi Benotto est contemporaine des faits relatés dans les derniers opus du Cycle (ca.15222-15240)
_ il est impossible qu'une version non expurgée des Mémoires Volés ait fait l'objet d'une diffusion publique à cette période
_ il est d'autant plus douteux que la DE ait pu sortir, autrement que confidentiellement, compte tenu de son ton volontiers voltairien, sceptique voire blasphématoire

3 hypothèses pourraient alors expliquer la parution de la DE :
_ une publication ultra confidentielle réservée à une élite (un peu à la manière des Mémoires Volés bien connus des seuls prêtres et du BG)
_ une publication ultérieure en 15540 (voir cette hypothèse plus haut)
_ ou une édition pirate venue des confins de la Dispersion comme semble menacer Hadi Benotto dans son playdoyer pro domo.


J'avoue que la 3° hypothèse serait assez marrante vu qu'elle rejoint le schéma que j'avais imaginé pour.... KJA ...  ;D


Mais le diable est souvent dans les détails ... Je m'aperçois que depuis plus de 10 ans nous faisons généralement usage de repères chronologiques que nous ne questionnons pas. Nous nous contentons de les recycler sans trop poser de questions ...
Il en va ainsi de la date de 15240 que tous les wikis du globe s'accordent à définir comme la date de disparition du non-vaisseau qui met un terme à la Maison des Mères.
Mais d'où vient cette date ? Pourquoi faudrait-il la préférer au 15540 de la DE ? Je n'ai pas souvenir d'avoir trouvé dans le Cycle des indices qui corroboreraient l'une ou l'autre hypothèse. Les choses sont assez floues. À 300 ans près ....

Par contre, je connais une source dont l'importance est inversement proportionnelle à la célébrité de son auteur : la chronologie du Dr Attila Torkos. Sa chronologie, diffusée et popularisée par l'intermédiaire des préquelles est devenue incontournable <http://sslx.orl.szote.u-szeged.hu/timelines/duchro.html>. Incontournable et d'autant plus utilisée que mêmes les plus enragés orthodoxes ne se posent plus la question des chronologies qu'ils véhiculent....

Il n'est donc pas impossible que ce hiatus chronologique soit le fait de la propagande kévinienne et que nous en soyons les vecteurs inconscients. Ce qui ne manquerait pas de sel comme conclusion ...

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Re : Re : Re : Uchronies Duniennes
« Réponse #15 le: avril 23, 2010, 08:50:50 am »
...J'avoue être troublé par ma propre amnésie. Comment ai-je pu oublier qu'Hadi Benotto apparaissait très clairement dans l'Empereur-Dieu ? Comment ? 

 :fouet:
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Uchronies Duniennes
« Réponse #16 le: avril 23, 2010, 11:06:07 am »
...J'avoue être troublé par ma propre amnésie. Comment ai-je pu oublier qu'Hadi Benotto apparaissait très clairement dans l'Empereur-Dieu ? Comment ?  

 :fouet:

À bien y réfléchir, je me dis que dans mon esprit je dois cloisonner les choses. La Hadi Benotto de la DE que j'identifie à Mcnelly ne me rappelle pas celle de Frank Herbert. Comme deux Hadi existant dans des dimensions parallèles. Je crois que c'est ce qui explique que je n'ai pas le réflexe de comparer systématiquement.
« Modifié: avril 23, 2010, 11:20:13 pm par Askaris de Dar »

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Re : Uchronies Duniennes
« Réponse #17 le: avril 24, 2010, 09:56:11 am »
Pour ceux qui ne craignent pas les maux de tête, je renvoye au long débat mené sur Jacurutu et la difficile définition d'une Orthodox Herbertarian Dune Timeline : <http://www.jacurutu.com./viewtopic.php?f=21&t=512&start=0&hilit=hadi+benotto>

Le moins qu'on puisse dire, c'est que c'est pas gagné. Quand à Hadi Benotto, personne ne semble avoir tiqué sur sa chronologie fluctuante. Comme je l'ai dit plus haut, Frank Herbert est si flou dans sa chronologie (au point de faire de grosses bourdes comme la mort de Shaddam) que tout est permis.

La base du comput OH reprend ce que le dr Torkos avait fait en 1999, et donc la fameuse date terminale de 15240. Les choses empirent même puisque Hadi Benotto se retrouve décalée dans les dernières décennies des années 14000. Elle serait donc morte juste un peu avant les événements des Hérétiques, ou serait dans un âge avancé (rappelons qu'en ce temps-là la moyenne de vie atteint les 300 ans).

Pour l'instant je ne trouve aucune remise en question du système Torkos, aucune interrogation sur la manière dont il a construit sa chronologie. Il s'est presque rendu "canonique" tout seul le bougre ...

Si vous avez le courage de parcourir les 7 pages du "débat" en entier, vous remarquerez que sur la fin les débatteurs perdent un peu pied et se mettent à faire des posts étranges, bizarres, baroques, en roue libre ... :P

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Re : Uchronies Duniennes
« Réponse #18 le: avril 24, 2010, 11:54:20 am »
Je vais tenter de lire ce débat.

Il serait amusant de relever les "bourdes" de FH comme tu dis, mais sont-elles nombreuses ?
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Re : Uchronies Duniennes
« Réponse #19 le: avril 24, 2010, 04:58:19 pm »
J'ai enfin trouvé 1h entière pour tout lire :)

Je ne reviendrai pas sur Kevin et Brian et le pourquoi de leur disgrâce à mes yeux (je renvoie aux différents fils de discussion présents sur le forum et je renvoie également à la dernière publication sur le blog d'Anudar concernant le travail de Kevin, qui jette le discrédit sur tout ce qu'il a pu écrire autour de Dune).
C'est peut-être dommage (quoique), mais la qualité du style empêche de prendre au sérieux le fond de cette histoire. Dit autrement, la médiocrité "out of universe" (le style, la qualité d'écriture et le comportement des auteurs... sans parler des notes) des pré/séquelles discrédite (c'est peu de le dire) toute la partie "in-universe".
Du coup, la question de savoir si KJA nous a écrit une uchronie ou autre chose passe de facto à la trappe. La violence de leur réaction a entraîné une contre-réaction également violente (c'est puérile/humain, mais c'est ainsi).

Je me suis senti (un peu :D) visé par Askaris lorsqu'il a mentionné l'esprit talifanique des lecteurs assidus de la DE. Oui, j'ai toujours considéré la DE comme "canonique" (ou au moins comme plus légitime que le travail de Brian qui n'a que la parenté de légitime... --> oui, cette dernière pique est facile, méchante et inutile mais elle fait du bien!!). Au vu de ma parenthèse, c'est j'utiliserai plutôt le terme "légitime" que "canonique". En tout cas, c'est un opus majeur de l'Histoire Dunienne.
Pourquoi ?

Évidemment, la présence du "delighted approval" de FH lui-même dans la préface de la DE n'y est pas étranger. La mise en garde finale (qui est plus un rappel pour dire que c'est bien lui le patron d'après moi, après tout Mc Nelly devient "gourmand" entre la DE, un préquel sur le Jihad, etc... FH voit peut-être d'un mauvais oeil les "initiatives" de son copain Mc Nelly) rappelant seulement que l'oeuvre n'est pas bouclé et que les choses peuvent évoluer. Ce n'est en tout cas pas un anathème, sinon il eût été plus simple pour FH d'empêcher la publication de la DE.

Le fait que la DE sorte du vivant d'Herbert, entre deux opus du Cycle et sans qu'il y ait de contradictions majeures (par rapport aux 4 premiers tomes du Cycle, on ne peut pas demander à Mc Nelly d'être en accord avec FH sur des livres qui n'avaient pas encore été écrits). Il suffit de voir le (non) travail des deux autres clowns qui ont eu toute une décennie pour tout relire, faire des "concordances", etc... et le résultat qu'ils ont pu livrer (c'est vrai, j'ai dit que je ne m'étendrais pas sur leur sujet...).

Mais également la présence de Hadi Benotto dès le début de l'Empereur-Dieu. Je n'ai pas la patience d'Askaris et je ne suis pas allé jusqu'à calculer l'âge d'Hadi ou vérifier que les dates concordaient bien (surtout que j'ai fait peu de cas - je l'avoue :?- de la présence ou de la mention de Hadi dans les Hérétiques et la Maison des Mères) mais ce simple détail : Hadi, pivot de la DE et présente à la fois avant et après dans le Cycle, même si ses apparitions ne sont que des clins d'oeil dans les deux derniers opus (je ne dit pas que ces apparitions sont effectivement des clins d'oeil, mais même si c'était le cas, ne serait-ce pas une reconnaissance implicite d'un statut -quelqu'il soit [canon ou autre]- de la DE).
Cette reconnaissance (et donc le statut qu'en prend la DE) est d'ailleurs encore plus flagrante quand Askaris nous présente les dates d'écriture/publication du duo Empereur-Dieu / DE. Herbert aurait-il ainsi intégrer Hadi (dans l'espèce de préambule de l'Empereur-Dieu) pour préparer le terrain ("officiel") à la DE ? Ca serait trop beau...

La légitimité de la DE, je l'ai déjà dit ailleurs, tient également à son originalité. La formule encyclopédique évite le délicat exercice du copycat, tout en permettant de partir dans tous les sens (ce que permet le Duniverse tel qu'imaginé par Frank Herbert --> cf. sa position sur l'imagination, etc...).

Donc non la DE n'est pas "canonique" au sens où ce n'est pas un opus à proprement parler du Cycle, mais les éléments listés ci-dessus en font selon moi une pièce majeure du mécano Dunien.

Pour en revenir aux hypothèses concernant la situation de la DE dans l'histoire dunienne, je renvoie à l'introduction de celle-ci (qui a pas mal de choses à nous apprendre) :
_ la DE est proposée au "grand public". S'il avait vraiment s'agit d'un ouvrage destiné à une élite, je pense que l'introduction aurait été tout autre;
_ le problème de la date : en ce qui concerne ce genre de cohérence, je fais confiance à Mc Nelly (FH n'étant pas très doué avec les dates... ). Par ailleurs, le Duncan de la fin de l'Empereur-Dieu est présenté par Hadi comme "Duncan le Dernier";
_ la DE a été publiée avec l'aval du Bene Gesserit (qui a notamment "supervisé" certaines recherches le concernant --> question de la censure posée dans ces articles) à une époque antérieure aux Hérétiques (en effet, même si Hadi n'est pas dans la ligne la plus orthodoxe, il n'en reste pas moins que le retour des Honorées n'est pas la meilleure période d'étude et de publication d'un tel travail) ;
_ la DE (et Hadi) n'est peut-être qu'une "machination" du Bene Gesserit, tout à la fois outil de propagande et/ou compilation de certains savoirs ? Après tout, Odrade a bien écrit le "Manuel des Atreides").

Bref, tout est ouvert, comme l'aime Irène...
« Modifié: avril 24, 2010, 05:49:00 pm par Leto »
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Re : Re : Uchronies Duniennes
« Réponse #20 le: avril 24, 2010, 07:07:52 pm »

Je ne reviendrai pas sur Kevin et Brian et le pourquoi de leur disgrâce à mes yeux ....
Dit autrement, la médiocrité "out of universe" (le style, la qualité d'écriture et le comportement des auteurs... sans parler des notes) des pré/séquelles discrédite (c'est peu de le dire) toute la partie "in-universe".

Je me pose justement la question de savoir si c'est là la bonne tactique à adopter. C'est bien parce que je n'ai plus rien à prouver en termes de "talifanerie" que je me sens légitime pour aller à contre-courant de mes propres convictions. Je ne crois plus à l'efficacité du silence et du mépris pour contrecarrer les Abominations. Je pense au contraire qu'il faut faire l'effort -comme l'excellent démontage d'Anudar l'a prouvé-, il faut faire l'effort de mettre les bras dans le .... et le confronter à d'autres textes infiniment meilleurs.  Car pour moi le phénomène KJA est plus intéressant par sa sociologie que par son contenu. Pourquoi son succès ? Comment arrive-t-il à pervertir des concepts profonds en les vidant de toute substance ? Comment parvient-il à "fermer" l'imaginaire ? KJA est un ancien encyclopédiste de l'univers de Star Wars où toute la littérature artéfactuelle (concordances, chronologies, encyclopédies) est très en vogue. Je suis convaincu qu'à moyenne échéance il publiera quelque chose. Il faudra répondre à sa propagande.

Je me suis senti (un peu :D) visé par Askaris lorsqu'il a mentionné l'esprit talifanique des lecteurs assidus de la DE. Oui, j'ai toujours considéré la DE comme "canonique" (ou au moins comme plus légitime que le travail de Brian qui n'a que la parenté de légitime... --> oui, cette dernière pique est facile, méchante et inutile mais elle fait du bien!!). Au vu de ma parenthèse, c'est j'utiliserai plutôt le terme "légitime" que "canonique". En tout cas, c'est un opus majeur de l'Histoire Dunienne.
Pourquoi ?

Évidemment, la présence du "delighted approval" de FH lui-même dans la préface de la DE n'y est pas étranger. La mise en garde finale (qui est plus un rappel pour dire que c'est bien lui le patron d'après moi, après tout Mc Nelly devient "gourmand" entre la DE, un préquel sur le Jihad, etc... FH voit peut-être d'un mauvais oeil les "initiatives" de son copain Mc Nelly) rappelant seulement que l'oeuvre n'est pas bouclé et que les choses peuvent évoluer. Ce n'est en tout cas pas un anathème, sinon il eût été plus simple pour FH d'empêcher la publication de la DE.

Le fait que la DE sorte du vivant d'Herbert, entre deux opus du Cycle et sans qu'il y ait de contradictions majeures (par rapport aux 4 premiers tomes du Cycle, on ne peut pas demander à Mc Nelly d'être en accord avec FH sur des livres qui n'avaient pas encore été écrits). Il suffit de voir le (non) travail des deux autres clowns qui ont eu toute une décennie pour tout relire, faire des "concordances", etc... et le résultat qu'ils ont pu livrer (c'est vrai, j'ai dit que je ne m'étendrais pas sur leur sujet...).
 

Tu sais que je revendique l'épithète de "talifan" et avec quelle foi dans l'orthodoxie. Mais c'est parce que je suis serein et à l'aise dans mon parti pris revendiqué que je m'autorise cette interrogation sur ce pourquoi nous combattons. Nul doute à avoir sur le statut de la DE, je la place immédiatement après les oeuvres de Frank Herbert. Contrairement à Chigg, je ne pense pas que la DE soit une simple fanfiction d'excellente qualité. Cette oeuvre a un statut particulier. Non pas tant à cause de l'imprimatur officielle accordée par FH qu'en raison de sa profonde proximité intellectuelle avec l'imaginaire herbertien. Les articles sur le jungisme de Jessica ou le Tarot de Dune reflètent à un tel point les propres travaux (parfois inédits) de FH, qu'il n'est pas permis de douter de la connection entre les deux. Mais comme tout auteur, naturellement "jaloux" de sa liberté d'invention, il s'est préservé un espace de manoeuvre pour Dune 5 et 6. Et, d'une manière un peu taquine, il s'est amusé à faire tanguer le bateau de la DE en multipliant les clins d'oeil . Nous n'avons jamais mené d'étude d'envergure sur le sujet. C'est un chantier qui mériterait pourtant d'être conduit. J'ai le sentiment que Dune 5/6 légitime la DE, mais en même temps en réduit la portée en en faisant un récit contemporain ou légèrement antérieur aux événements des années 15222-15240. Frank Herbert a voulu conserver le dernier mot, jusqu'en 20217 au moins...  8)


Mais également la présence de Hadi Benotto dès le début de l'Empereur-Dieu. Je n'ai pas la patience d'Askaris et je ne suis pas allé jusqu'à calculer l'âge d'Hadi ou vérifier que les dates concordaient bien (surtout que j'ai fait peu de cas - je l'avoue :?- de la présence ou de la mention de Hadi dans les Hérétiques et la Maison des Mères) mais ce simple détail : Hadi, pivot de la DE et présente à la fois avant et après dans le Cycle, même si ses apparitions ne sont que des clins d'oeil dans les deux derniers opus (je ne dit pas que ces apparitions sont effectivement des clins d'oeil, mais même si c'était le cas, ne serait-ce pas une reconnaissance implicite d'un statut -quelqu'il soit [canon ou autre]- de la DE).
Cette reconnaissance (et donc le statut qu'en prend la DE) est d'ailleurs encore plus flagrante quand Askaris nous présente les dates d'écriture/publication du duo Empereur-Dieu / DE. Herbert aurait-il ainsi intégrer Hadi (dans l'espèce de préambule de l'Empereur-Dieu) pour préparer le terrain ("officiel") à la DE ? Ca serait trop beau...

Hadi Benotto a une vie dans le Cycle et nous l'avions oublié ...  ;)  Et le fait que FH et McNelly lui donnent une telle importance dans la construction de leurs récits respectifs ne peut tenir du seul hasard. Qui a eu l'idée de ce personnage ? Je pencherais pour FH. Mais le ton du dernier épigraphe me semble si particulier qu'il m'apparaît presque comme une réponse à la DE. Nous n'aurons de certitude là-dessus que le jour où nous pourrons faire le voyage à Fullerton et décrypter les transcriptions des conversations entre FH et McNelly. Pour l'instant, nous n'avons que le témoignage de McNelly qui donne le cadre chronologique des rédactions parallèles ...et sans doute inter-connectées.

La légitimité de la DE, je l'ai déjà dit ailleurs, tient également à son originalité. La formule encyclopédique évite le délicat exercice du copycat, tout en permettant de partir dans tous les sens (ce que permet le Duniverse tel qu'imaginé par Frank Herbert --> cf. sa position sur l'imagination, etc...).

Donc non la DE n'est pas "canonique" au sens où ce n'est pas un opus à proprement parler du Cycle, mais les éléments listés ci-dessus en font selon moi une pièce majeure du mécano Dunien.

Pour en revenir aux hypothèses concernant la situation de la DE dans l'histoire dunienne, je renvoie à l'introduction de celle-ci (qui a pas mal de choses à nous apprendre) :
_ la DE est proposée au "grand public". S'il avait vraiment s'agit d'un ouvrage destiné à une élite, je pense que l'introduction aurait été tout autre;
_ le problème de la date : en ce qui concerne ce genre de cohérence, je fais confiance à Mc Nelly (FH n'étant pas très doué avec les dates... ). Par ailleurs, le Duncan de la fin de l'Empereur-Dieu est présenté par Hadi comme "Duncan le Dernier";
_ la DE a été publiée avec l'aval du Bene Gesserit (qui a notamment "supervisé" certaines recherches le concernant --> question de la censure posée dans ces articles) à une époque antérieure aux Hérétiques (en effet, même si Hadi n'est pas dans la ligne la plus orthodoxe, il n'en reste pas moins que le retour des Honorées n'est pas la meilleure période d'étude et de publication d'un tel travail) ;
_ la DE (et Hadi) n'est peut-être qu'une "machination" du Bene Gesserit, tout à la fois outil de propagande et/ou compilation de certains savoirs ? Après tout, Odrade a bien écrit le "Manuel des Atreides").

Bref, tout est ouvert, comme l'aime Irène...

Tu nous donne là du sacré grain à moudre  ;)  

1. l'hypothèse de l'édition "confidentielle" s'écroule : il s'agissait bien d'un ouvrage destiné à un large public d'honnêtes hommes cultivés

2. la DE s'inscrit avant les événements de Dune 5/6, très légèrement antérieure ou strictement contemporaine (de telle sorte que les dernières actualités soient inconnues des encyclopédistes) : Duncan "le Dernier" est celui de l'Empereur-Dieu, Hadi Benotto ne connaît pas (ou ne divulgue pas) l'amant de Murbella

3. je voudrais que tu te penches sur ce fameux dernier épigraphe de l'Empereur-Dieu et que tu me dises ce que tu penses de mon interprétation: j'ai l'impression qu'Hadi Benotto fait partie du BG ou du moins qu'elle y est affiliée. Je m'interroge sur le sens à donner à "minorité" et "majorité" dans ce texte. "Minorité" de quoi ? Est-ce que Hadi s'adresse uniquement aux pontifes de Rakis ? Franchement, leur pouvoir ne me semble pas tel qu'ils étendent leur Inquisition à l'ensemble de l'univers connu. Par contre le BG le peut. C'est dans les archives du BG qu'Idaho découvre les rapports censurés par le Clergé ainsi que divers autres documents dont la lecture l'enthousiasme

4. tout cela m'amène à réduire le champ des possibles à 2 solutions. Que la date soit 15540 ou 15240 (et là pour le coup je ne serais pas gêné qu'on décale les événements de 3 siècles vu que les sources de Torkos m'échappent), 2 configurations apparaissent plus crédibles que les autres :
_ Hadi Benotto a mis sa menace à exécution et fait publier son oeuvre dans un monde de la Dispersion
_ Hadi Benotto est censurée sur Rakis ...mais pas dans le reste de la galaxie où elle obtient de faire publier son ouvrage avec l'aval du BG ou d'une partie au moins

Un travail à faire serait de vérifier si les informations contenues dans la DE dérangeraient ou non les intérêts en place (des prêtres, du BG surtout). Voir si elles sont manipulées dans un sens ou un autre. Voire, imaginons, imaginons, par des factions internes au BG dont la discipline faiblissante aurait put autoriser certaines audaces (est-ce là le sens qu'il faut donner à la "minorité" ?). Il faudra faire un effort d'imagination critique. La DE va parfois tellement loin dans l'irrévérence que j'ai beaucoup de mal à imaginer sa rédaction, et a fortiori sa diffusion publique, à l'époque de Sheena. Aussi, il faudrait sérieusement réfléchir à la manière dont cela serait possible. Certaines institutions sociales sont décrites comme des antiquités au point que je n'imaginais vraiment pas la DE comme contemporaine de Dune 5/6 (d'où le fait que je n'ai pas interconnecté les "deux Hadi"). Mais si les "fanfreluches" appartiennent à un lointain passé, qu'en est-il alors du système social en vigueur au moment de Dune 5/6 ?  En d'autres termes, est-ce que la DE peut nous aider à dessiner par contraste, par jeu d'ombres chinoises, l'état de la société aux alentours des années 15222-15240 ? L'écriture de l'histoire ne parle pas que du passé, elle parle aussi du présent de l'historien (et de son regard). Je n'oublie pas enfin que la DE se présente comme un recueil dont certains textes sont plus anciens que d'autres. Là encore voilà un petit chantier à conduire.

McNelly, universitaire oh combien raffiné et subtil, était un éxégete méticuleux. Il faut lire ses articles et ses interviews pour sentir combien il goûtait parfaitement la prose herbertienne et ses infimes nuances. Lui seul était en mesure de construire un dialogue de haut niveau avec FH qui le lui rendait bien.
La biographie énigmatique d'Hadi Benotto est peut-être un des plus beaux champ de cet imaginaire "partagé"  ;)


Citer
.


"For the future depends upon the present, and the present (whose
existence is only one of those minor compromises of which human life is
full--for it lives only on sufferance of the past and future) depends
upon the past, and the past is unalterable.  The only reason why we
cannot see the future as plainly as the past, is because we know too
little of the actual past and actual present; these things are too great
for us, otherwise the future, in its minutest details, would lie spread
out before our eyes, and we should lose our sense of time present by
reason of the clearness with which we should see the past and future;
perhaps we should not be even able to distinguish time at all; but that
is foreign.  What we do know is, that the more the past and present are
known, the more the future can be predicted; and that no one dreams of
doubting the fixity of the future in cases where he is fully cognisant of
both past and present, and has had experience of the consequences that
followed from such a past and such a present on previous occasions.  He
perfectly well knows what will happen, and will stake his whole fortune
thereon.


.



Samuel BUTLER. Erewhon (1872, rev.1901) Chapter XXIV The Machines

.

.
« Modifié: avril 29, 2010, 07:37:04 pm par Askaris de Dar »

Hors ligne Seti

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Re : Re : Re : Uchronies Duniennes
« Réponse #21 le: avril 29, 2010, 10:46:55 pm »
Moi qui milite tant pour qu'on prenne au sérieux le réseau des épigraphes (et le projet de Tentaal l'an dernier répondait à un véritable besoin).
Effectivement, cette tentative de travail autour des épigraphes a fait un flop, mais peut-être était-ce dû à la conjoncture (au sein du forum) ? Un nouvel essai aurait-il plus de succès à l'heure actuelle ?

Il en va ainsi de la date de 15240 que tous les wikis du globe s'accordent à définir comme la date de disparition du non-vaisseau qui met un terme à la Maison des Mères.
Mais d'où vient cette date ? Pourquoi faudrait-il la préférer au 15540 de la DE ? Je n'ai pas souvenir d'avoir trouvé dans le Cycle des indices qui corroboreraient l'une ou l'autre hypothèse. Les choses sont assez floues. À 300 ans près ....
Le fait est que Hadi Benotto est citée dans les hérétiques
Citer
"Let us not forget the Hadi Benotto translation of God's own holy words,"
En dehors du fait que l'espérance de vie est à cette époque considérable (300ans), raisonnablement, elle ne peut-être citée en 152xx sur des découvertes datant de 15540 !?
Il est indéniable que la DE semble détenir la vérité. Mais, effectivement Askaris, d'où vient cette date de 15240 ? Un début de piste : dans l'introduction de la DE, H. Benotto se réfère à Leto II de son vivant en disant : "il y a presque 1800 ans". A la date d'édition de la DE, 15540, la soustraction de ces "presque" 18 siècles (le cas le plus favorable) nous donne 13740, soit 26 ans après la mort de Leto II !! Il est clair qu'il existe ici une incohérence qui ne peut-être résolue qu'avec une date butoir antérieure à 15540.

Citer
We of the Minority must remind the political censors
Citer
The persistent Cult of Sister Chenoeh assumes new
significance because of the journals' disclosures. Certainly, the Church's
characterization of Judas/Nayla deserves careful reevaluation.
L'empereur
Citer
The reports by Archeologist Hadi Benotto were marked "Suppressed by orders of
the Rakian Priesthood."
les hérétiques
H. Benotto a été censuré par le "clergé Rakien", c'est une certitude. Il lui a fallu 25 ans pour éditer la DE, outre le volume colossal de données à synthétiser, ce délai amène à penser à une réelle difficulté de diffusion, d'où la parution "sous le manteau" me parait une hypothèse soutenable.

Citer
The persistent Cult of Sister Chenoeh assumes new significance because of the journals' disclosures. Certainly, the Church's
characterization of Judas/Nayla deserves careful reevaluation. We of the Minority must remind the political censors that the poor sandworms in
their Rakian Reservation cannot provide us with an alternative to Ixian Navigation Machines, nor are the tiny amounts of Church-controlled melange any real commercial threat to the products of the Tleilaxu vats. No! We argue that the myths, the Oral History, the Guard Bible, and even the Holy Books of the Divided God must be compared with the journals from Dar-es-Balat. Every historical reference
to the Scattering and the Famine Times has to be taken out and reexamined! What have we to fear? No Ixian machine can do what we, the descendants of Duncan Idaho and Siona, have done. How many universes have we populated? None can
guess. No one person will ever know. Does the Church fear the occasional prophet? We know that the visionaries cannot see us nor predict our decisions.
La censure semble provenir du danger potentiel émanant du trésor de Rakis. Une religion basée sur des croyances erronées, imaginons la révélation d'archives mettant en cause la véracité des origines du catholicisme (quelques livres à grands succès l'ont déjà envisagés...).
Pourtant, le niveau de développement de cette civilisation et le niveau de connaissance semblent tellement élevés qu'ils ne craignent aucune remise en cause des fondamentaux culturels.
La dernière phrase me laisse par contre perplexe : "We know that the visionaries cannot see us nor predict our decisions", ça me rappelle fortement Edric, un naviguateur de la guilde, cité par Irulan dans le messie : « Nous ne comprenons pas ce Pouvoir de seconde vue, dit Irulan. Un point reste acquis : Edric déclare que mon époux ne peut voir, entendre ou prédire les événements qui dépendent de la sphère d?influence des Navigateurs. Mais jusqu?où s?étend cette sphère ? ». Rapport ou non ?

Le lien de Benotto avec le Bene gesserit est indéniable, le déclarant elle-même : "As a woman trained by the Bene Gesserit". Par contre celui ne semble plus d'actualité quand elle déclare : "Since authenticated recordings of the God Emperor are lodged in the Bene Gesserit Archives, we have sent a sampling of our recordings, all of which were made on an ancient microbubble system, to the Sisterhood with a formal request that they
conduct a comparison test". Le ton et la tournure ne laissent aucune ambiguïté quant à son indépendance. En sachant tout de même que la première déclaration est à l'occasion d'une rapport confidentiel, et que le seconde est faite en "public".
« Modifié: avril 30, 2010, 11:30:12 pm par Seti »

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Re : Re : Re : Re : Uchronies Duniennes
« Réponse #22 le: mai 01, 2010, 11:16:47 pm »
Moi qui milite tant pour qu'on prenne au sérieux le réseau des épigraphes (et le projet de Tentaal l'an dernier répondait à un véritable besoin).
Effectivement, cette tentative de travail autour des épigraphes a fait un flop, mais peut-être était-ce dû à la conjoncture (au sein du forum) ? Un nouvel essai aurait-il plus de succès à l'heure actuelle ?

Shai Hulud t'entende  :)

Il en va ainsi de la date de 15240 que tous les wikis du globe s'accordent à définir comme la date de disparition du non-vaisseau qui met un terme à la Maison des Mères.
Mais d'où vient cette date ? Pourquoi faudrait-il la préférer au 15540 de la DE ? Je n'ai pas souvenir d'avoir trouvé dans le Cycle des indices qui corroboreraient l'une ou l'autre hypothèse. Les choses sont assez floues. À 300 ans près ....
Citer
"Let us not forget the Hadi Benotto translation of God's own holy words,"

En dehors du fait que l'espérance de vie est à cette époque considérable (300ans), raisonnablement, elle ne peut-être citée en 152xx sur des découvertes datant de 15540 !?
Il est indéniable que la DE semble détenir la vérité. Mais, effectivement Askaris, d'où vient cette date de 15240 ? Un début de piste : dans l'introduction de la DE, H. Benotto se réfère à Leto II de son vivant en disant : "il y a presque 1800 ans". A la date d'édition de la DE, 15540, la soustraction de ces "presque" 18 siècles (le cas le plus favorable) nous donne 13740, soit 26 ans après la mort de Leto II !! Il est clair qu'il existe ici une incohérence qui ne peut-être résolue qu'avec une date butoir antérieure à 15540.

Je pense désormais pouvoir retracer les étapes suivies par le Docteur Torkos pour établir sa chronologie et analyser ce qui le différencie de McNelly. Et, à ma grande surprise, il semble que dans ce domaine l'oto-rhyno de Szeged soit plus proche de Frank Herbert que ne l'était le mandarin de Fullerton ...

1 . La base fixe de notre chronologie est l'an 10190/10191 de la Guilde. Toutes les autres dates sont calculées à partir de ce point fixe :
     _ 10193 : avènement de l'Empire Atreides
     _ 10206/10208 : fin du Jihad de Muad'Dib
     _ 10207/10209 : naissance de Leto II
     _ 10217/10219 : avènement de Leto II
     _ 13724/13725 : mort de Leto II
On remarquera le petit flottement entre Torkos et McNelly auquel je n'ai pas -encore- trouvé d'explication. Quoi qu'il en soit, ça nous donne un discours de Gaus Andaud en 20217/20219 de la Guilde.

2 . La DE, dans l'introduction d'Hadi Benotto, nous apprend que le Rakis Hoard serait resté secret pendant près de 1800 ans. Sa découverte peut donc dans cette hypothèse être datée (au plus tard) en l'an 15525. Datation qu'on retrouve dans la chronologie interne de la DE. La publication des résultats des fouilles (censurés ou non) intervenant quelques 15 ans plus tard en 15540.

3 . Sans autre indice contredisant McNelly, j'étais plutôt enclin à suivre cette chronologie plutôt que celle de Torkos qui fixe la découverte du Rakis Hoard quelque part dans les dernières décennies du 15° millénaire (149...??)

4 . Mais Frank Herbert nous donne LA solution (qui sonne encore une fois comme un pied de nez à la DE) :

Citer
Lucilla, who had come to depend on her experiences of the Jessica persona buried some five thousand years back in the Sisterhood's genetic manipulations, felt a deep sense of dread from that source now.

Lucille, qui avait pris l?habitude de tenir compte de la persona Jessica implantée quelque cinq mille ans auparavant dans les manipulations génétiques de l?Ordre, sentait monter actuellement de cette source une sourde impression de danger.

Her. 2,65

Cela nous donne une première fourchette approximative de la chronologie des événements dans Dune 5/6 qui conforte l'hypothèse Torkos, c'est-à-dire dans les premières décennies des années 15200 ... mais on trouve mieux encore :

Citer
And fifteen hundred years since the Tyrant's death, the Sisterhood remained powerless to unlock the central knot of that fearsome accomplishment.

Et quinze cents ans après la mort de l?Empereur-Dieu, la Communauté des S?urs était toujours impuissante à désamorcer le redoutable dispositif.

Her. 2,86

Ces éléments correspondent parfaitement à la chronologie de Torkos qui déroule les faits relatés dans Dune 5/6 entre 15222 et 15240.

5 . Or, nous savons par ailleurs que la découverte du Rakis Hoard est antérieure aux faits relatés dans Dune 5/6 puisque Hadi Benotto qui y est à plusieurs reprises évoquée, l'est toujours au temps du passé. Au mieux est elle immédiatement antérieure à cette époque sans qu'on puisse être plus précis.
Tout cela condamne sans équivoque le comput de la DE. Mais avant de s'interroger sur les conséquences de ce constat, continuons à interroger le Cycle.

6 . De combien d'années la découverte du Rakis Hoard était-elle antérieure à l'an 15222 ? Je n'ai trouvé aucun indice probant dans le Cycle, mais tout porte à croire que l'événement serait "de peu" antérieur à Dune 5/6. Le problème étant que "peu" en comput dunien peut parfois recouvrir de 1 à plusieurs décennies ... Quand vous vivez 3 siècles, où est la jeunesse, la maturité ou la sénilité ? Que veut dire une "génération" ? 25, 50, 75 ans ? Taraza pourrait parfaitement être une contemporaine d'Hadi Benotto, que celle-ci vive dans les premières années du 16°millénaire ou dans les années 15200 ... quelque part entre 14900 et 15200...

7 . La DE, qui se présente comme un produit indirect des fouilles à Dar-es-Balat, peut elle nous aider à lui fixer une datation relative plus précise ? Une chose est certaine, elle ne connaît rien ou ne dévoile rien (la nuance mérite d'être remarquée) des événements de Dune 5/6. Le "Manifeste des Atreides", qui est le grand évènement intellectuel des premiers chapitres d'Heretics n'est pas évoqué. Cela rejoint les impressions laissées par le Cycle.

8 . Peut-on alors être plus précis que la fourchette 14900-15200 ? Leto nous a indiqué avoir lu dans la DE une mention d'un Manuel des Atreides rédigé par Odrade. Pour ma part je n'ai pas pu recouper cette information, mais je fais confiance à notre duc (qui nous donnera ses ref. s'il les retrouve).
Dans cette hypothèse, et sachant qu'elle est la fille de Miles Teg (crédité de 296 ans en 15225), elle aurait pu contribuer à la DE quelque part entre 15000 et 15200. Ça reste encore très vague mais ça concorde mieux en termes de succession des générations. Sans autre élément nouveau c'est le mieux qu'on puisse proposer pour l'heure.

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The persistent Cult of Sister Chenoeh assumes new significance because of the journals' disclosures. Certainly, the Church's characterization of Judas/Nayla deserves careful reevaluation.
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The reports by Archeologist Hadi Benotto were marked "Suppressed by orders of the Rakian Priesthood."


H. Benotto a été censurée par le "clergé Rakien", c'est une certitude. Il lui a fallu 25 ans pour éditer la DE, outre le volume colossal de données à synthétiser, ce délai amène à penser à une réelle difficulté de diffusion, d'où la parution "sous le manteau" me parait une hypothèse soutenable.

La censure semble provenir du danger potentiel émanant du trésor de Rakis. Une religion basée sur des croyances erronées, imaginons la révélation d'archives mettant en cause la véracité des origines du catholicisme (quelques livres à grands succès l'ont déjà envisagés...).
Pourtant, le niveau de développement de cette civilisation et le niveau de connaissance semblent tellement élevés qu'ils ne craignent aucune remise en cause des fondamentaux culturels.

Le lien de Benotto avec le Bene gesserit est indéniable, le déclarant elle-même : "As a woman trained by the Bene Gesserit". Par contre celui ne semble plus d'actualité quand elle déclare : "Since authenticated recordings of the God Emperor are lodged in the Bene Gesserit Archives, we have sent a sampling of our recordings, all of which were made on an ancient microbubble system, to the Sisterhood with a formal request that they conduct a comparison test". Le ton et la tournure ne laissent aucune ambiguïté quant à son indépendance. En sachant tout de même que la première déclaration est à l'occasion d'une rapport confidentiel, et que le seconde est faite en "public".

9 . La conclusion - provisoire - des précédentes computations est que la découverte du Rakis hoard de Dar-es-Balat peut être datée des dernières décennies du 15°millénaire ou des premières du 16°, c'est-à-dire entre 14900/15000 et 15200 AG (avec une fourchette d'incertitude de l'ordre de 2 siècles).

La publication de la DE se présente comme de 15 ans postérieure à cette découverte. Ce qui ne change rien à l'affaire, sauf si on décide de considérer que la date de 15540 n'est pas erronée mais correspond à une réédition ou une première édition publique.


10 . C'est là qu'on retrouve l'hypothèse de l'édition plus ou moins confidentielle, plus ou moins censurée, diffusée dans certaines parties du vaste univers et interdite dans d'autres.

Leto m'avait presque convaincu, mais l'argument de Seti, je dois l'avouer, fait mouche. Les quelques allusions dans Dune 4 & 5 penchent unanimement vers une forme de censure appliquée aux travaux d'Hadi Benotto. Je ne vois pas pourquoi on interdirait la vision cynique des Mémoires Volés tout en laissant libre l'esprit voltairien et iconoclaste de la DE ...
Cependant, dans un univers qui n'est pas soumis à une seule loi, je ne vois pas pourquoi des factions rivales ne se livreraient pas des guerres de propagande par "encyclopédie" interposée. Le BG n'aimait pas trop "le Tyran", ni les Abominations et autres imprévisibles KH qui fleurissaient dans les maudits gènes Atreides ... Briser ce mythe là, pourquoi pas ? Dans le même temps, une telle remise en question des croyances collectives peut aussi se lire comme une contestation profonde de l'oeuvre millénaire des "révolutionnaires" du BG. Pouvait-on démystifier la saga Atreides sans porter atteinte au BG ? Ce travail de sape et la mise en lumière des activités du BG n'allaient-ils pas à l'encontre des traditions de secret si longtemps cultivées au sein de l'Ordre ? Le rapport du BG à la diffusion d'une DE dans les premières années du 16° millénaire reste donc pour le moins complexe et ambivalent.

11 . Mais, sans plus de détails pour cadrer les choses, tout est permis à l'imagination. On peut ainsi supposer que la parution de la DE a été rendue possible par une moindre discipline au sein du BG, déjà tiraillé par des dissensions internes qui éclateront dans les années 15230.
On peut aussi prendre l'option de la Dispersion évoquée par Hadi Benotto dans l'EDdD. La DE serait ainsi une sorte d'image décalée de ce que furent certaines éditions de l'Encyclopédie de Diderot publiées sous pseudo dans les terres du vieux "Refuge huguenot" qu'étaient alors la Hollande et Genève.
On peut également s'accrocher mordicus à la date de 15540 et expliquer ça par une réédition, une édition inédite d'un manuscrit confidentiel ou une coquille (enfin, plusieurs... mais peut-on faire des coquilles avec des cristaux riduléens ou tout autre procédé futuriste ?)

12 . Quelle que soit l'option envisagée, je voudrais faire remarquer la concomitance relative d'une parution de la DE avec celle du "Manifeste Atreides". Ce document mystérieux qui apparaît plusieurs fois dans les Hérétiques est la manifestation du délitement religieux et de la contestation grandissante à l'égard des mythes fondateurs de la civilisation butlérienne. L'interdit technologique depuis longtemps bafoué, les structures politiques ébranlées par l'implosion de l'Imperium universel, des structures sociales qu'on devine déjà étrangères à l'immobilisme des fanfreluches, des religions en perte de vitesse que la censure inquisitoriale ne protège plus de la contestation, le BG lui-même contraint de s'exposer et de prendre les rênes en révolutionnant ses dogmes les plus profonds (l'amour, le sexe, l'instinct) : voilà sans doute, mieux que des chiffres abstraits, le contexte probable qui entoure l'édition de la DE. Celui d'une époque de transition en quête de nouveaux repères.


« Modifié: mai 02, 2010, 07:23:43 am par Askaris de Dar »

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Re : Uchronies Duniennes
« Réponse #23 le: mai 02, 2010, 07:24:26 am »
Je ne résiste pas enfin à la tentation de titiller tous ceux qui ont pensé, un jour ou l'autre, à rattacher Dune à notre monde.

En effet, Dune n'est pas Star Wars. Éloignée dans le temps et l'espace, la saga Atreides reste néanmoins solidement arrimée à notre univers. Comment ? Frank Herbert nous livre lui-même la solution dans son 2° Appendice consacré à la Religion de Dune :

Citer
SPACE TRAVEL !
Mankind's movement through deep space placed a unique stamp on religion during the one hundred and ten centuries that preceded the Butlerian Jihad.

LE VOYAGE SPATIAL !
Durant les cent dix siècles qui précédèrent le Jihad Butlérien, l?essor de l?humanité dans l?espace marqua la religion d?une empreinte profonde.

Du~App. 2, 11

Cela nous donne donc 10191+11000+201 = 21392. Reste à déterminer la date de début de "l'ère spatiale" ("space age"), généralement fixée en 1957 (mais j'ai aussi trouvé 1945 ou 1950).
Le départ pour Arrakis (10190/10191 A.G.) correspondrait donc à l'an 23349 du calendrier chrétien. Torkos fixe le début de l'ère spatiale à l'an 2000 (sans autre raison apparente que son imaginaire d'ORL...). McNelly est encore moins sérieux puisqu'il fixe la bataille de Lépante (1588) près de 14512 années avant la Guilde, ce qui nous donne pour l'année 10191 A.G., la date de 26660 en comput chrétien. Soit 3311 ans de différence !!! De toute évidence, il n'avait pas lu assez attentivement les annexes de Dune ...

Bon, nous voila contentés en matière de chiffres extravagants : Paul esquissera son moonwalk arrakéen dans plus de 20000 ans et Gaus Andaud se souviendra de Leto II dans exactement .... (je vous laisse compter)  ;D

Mais si vous pensiez que Frankie allait laisser ses fans faire tranquillement leurs computations... c'était mal le connaître :

Citer
Teg was still a regal figure tall and with that large head topped by gray hair. He was, she knew, four SY short of three hundred. Granting that the Standard Year was some twenty hours less than the so-called primitive year, it was still an impressive age with experiences in Bene Gesserit service that demanded that she respect him.

Miles Teg avait encore une prestance royale. Haut de taille, avec son large front couronné d?épais cheveux gris, il n?était plus qu?à quatre A.S., elle le savait avec précision, de ses trois cents ans. L?année standard avait beau être plus courte d?une vingtaine d?heures que l?année dite « primitive », cela faisait tout de même un âge considérable et une expérience acquise au service du Bene Gesserit qui commandaient le respect.

Her. 5, 25

Cet anodin passage signifie très concrètement que le Calendrier Universel Standard ou Calendrier Impérial peut connaître par rapport à notre calendrier chrétien des écarts infinitésimaux à l'échelle d'un millénaire, mais non négligeables à l'échelle du Dunivers (et tout dépend si l'année standard précéda ou non le calendrier impérial et si l'expression "cent dix siècles qui précédèrent le Jihad Butlérien" prend en compte tel ou tel système  :P  ).

À ce niveau de délire, certains s'inquièteront peut-être pour ma santé mentale ? Rassurez vous. Certains historiens, appelés "computistes", dédient leurs existences à prouver que le 1515 de Marignan est bien daté de 1515 et que les dates que nous employons ici et là s'appuyent sur des marqueurs (astronomiques notamment) incontestés. Vous imaginez-vous les questions nombreuses qui assailleraient les égyptologues s'il était prouvé que Moïse était un strict contemporain du monothéisme d'Akhénaton ? Ou si toute la Bible n'était qu'un manifeste théologico-politique inventé par de modestes roitelets proche-orientaux sur le point de se faire avaler par leurs agressifs voisins ? Ou que les dinosaures puissent être les contemporains d'Adam en son jardin d'Eden ? Le 23 Octobre de l'an 4004 avant JC.  ;D Ah ! les chiffres ...
« Modifié: avril 17, 2011, 09:01:43 am par J-V.T. Askaris »

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Re : Re : Uchronies Duniennes
« Réponse #24 le: mai 03, 2010, 11:16:15 am »
À ce niveau de délire, certains s'inquièteront peut-être pour ma santé mentale ? Rassurez vous.

 ;D
"Je t'ai longtemps attendue. Voici ma vie..."

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Re : Re : Re : Uchronies Duniennes
« Réponse #25 le: mai 03, 2010, 04:14:40 pm »
À ce niveau de délire, certains s'inquièteront peut-être pour ma santé mentale ? Rassurez vous.

 ;D

 ;D Voilà ce qu'on appelle une citation méchamment tronquée et malicieusement tirée de son contexte au mépris de toute éthique   :P

Je reconnais bien là les méthodes pernicieuses du clergé de Rakis et de sa police inquisitoriale, révérend père Messiah  ;D

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Re : Uchronies Duniennes
« Réponse #26 le: mai 04, 2010, 10:43:41 am »
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Re : Uchronies Duniennes
« Réponse #27 le: mai 05, 2010, 10:49:10 pm »
Un troublant jeu de miroirs entre les processus historiques de cristallisation mémorielle et la vision de l'Histoire chez Frank Herbert (je renvoye également au petit article de la revue Cygnos sur "les historiens et Dune") :

Citer
...toute société est cimentée par une "structure connective", qui comme son nom l?indique a pour but de maintenir le lien existant entre ses différents membres, dans une dimension à la fois synchronique et diachronique. Le terme de "tradition" est souvent employé pour désigner ce processus de transmission qui permet à la communauté de se perpétuer.
Mais, à partir du moment où cette transmission est assurée par l?écriture et non plus par des rites, où l?on peut donc parler de continuité "textuelle" et non plus "rituelle", le processus se complexifie, car il y a alors possibilité d?opérer une sélection parmi les éléments à préserver, étant donné qu?il est impossible de tout noter et mettre par écrit : [on] privilégie donc le terme de "mémoire culturelle" pour désigner ce processus, afin d?insister sur le fait que dans la formation de cette mémoire identitaire, l?oubli et la sélection jouent un rôle presque aussi essentiel que la préservation.
Il y a alors formation d?un "canon", c?est-à-dire d?un ensemble codifié de règles et de normes qui devient la référence de la communauté ; l?écriture joue par conséquent un rôle déterminant dans la formation de l?identité collective.

Il serait passionnant de relever tous les passages où les personnages de Dune accèdent à une connaissance plus ou moins étendue de leur passé: mémoire seconde, témoignage indirect, transmission orale, secrets de famille, secrets d'État, lectures d'oeuvres historiques, archives secrètes, rapports, objets de mémoire, traditions familiales, héritage génétique, atavisme, psychogénéalogie, transes, mémoires artificielles ...

Cette liste non exhaustive de situations n'empêchant pas souvent que les personnages sont parfois les jouets inconscients de déterminations passées dont ils n'ont pas idée. Dans cette tension entre savoir (et illusion de maîtriser tous les paramètres) et chaos paralysant (tant l'implexe fractal des causalités empêche toute computation), je crois pouvoir dire que l'on trouve là l'un des plus puissants ressorts de l'intrigue.

Quant au passage cité, il s'agissait d'une critique du livre de Jan Assman paru en 1992 et récemment traduit (La mémoire culturelle. Ecriture, souvenir et imaginaire politique dans les civilisations antiques/Das kulturelle Gedächtnis. Schrift, Erinnerung und politische Identität in frühen Hochkulturen)
<http://www.nonfiction.fr/article-3373-plongee_dans_les_memoires_de_lantiquite.htm>
« Modifié: mai 05, 2010, 11:01:26 pm par Askaris de Dar »

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Re : Uchronies Duniennes
« Réponse #28 le: mai 07, 2010, 12:15:26 am »
dans l'EDdD, Duncan s'emporte contre le pseudo-naib de Tuono, Garun, alors qu'il constate que tout est toc chez les Fremen de Musée

Citer
Disgust propelling him, Idaho strode forward abruptly and parted Garun's robe to look at the stillsuit. Just as he suspected! The suit was another sham-no arms to it, no boot-pumps!
Garun pulled back, putting a hand to the knife hilt Idaho had exposed at the man's belt. "Here! What're you doing?" Garun demanded, his voice querulous. "You don't touch a Fremen thus!"
You, a Fremen? Idaho demanded. "I lived with Fremen! I fought by their sides against Harkonnens! I died with Fremen! You? You're a sham!"
Emp. 46, 79-81

Il tente alors de restituer du sens dans leurs actes.

Citer
[Leto]But what does he do with my puppet Naib, Garun, and the other Museum Fremen? [Moneo]"He speaks to them of the old ways, of the wars against the Harkonnens, of the first Atreides here on Arrakis."
On Dune!
Dune, yes.
It's because there's no more Dune that there are no more Fremen, Leto said.
Emp. 47, 53-56

Le mot tradition renvoi au préfixe trans- (à travers, par) et au suffixe -do (proche de duco, conduire) et signifie faire passer à quelqu'un, transmettre, remettre. la tradition se distingue en effet du folklore par le contenu, le sens que le rite porte en lui à travers le temps. par cet acte, Duncan cherche p-e à panser les plaies du temps et de l'acculturation forcée opérée par le Ver.

Dans le même Opus, il est à certaines reprises fait mention de cette opposition entre l'Histoire Orale et l'Histoire Officielle. comme une illustration de ce que Assman évoque ici : le travail de sélection mémorielle se fait sur 2 plans, l'un écrit, l'autre parlé. on se réfère aux plans selon la nécessité. l'Histoire Orale est de nouveau mentionnée dans les Hérétiques comme la base des restes de la tradition des anciens temps, remontant à avant la venue des Atréides. Cette distinction Oral/Écrit, est aussi noté par Hadi Benotto lorsque dans e texte de clôture, elle prétend à vouloir confronter l'Histoire Orale aux découvertes de Dar-es-Balat, comme une tentative de vouloir colmater cette sélection mémorielle. Ce qui à mon sens sert de fil traceur à la DE, tentative de retranscription de l'Histoire Orale que représente l'Héxalogie, tentative qui s'accompagne de ses imprécisions et/ou contradictions, en somme toute logiques : une tentative in-universe de considérer la Tetralogie comme ex-univers . à mon sens éligible à une canonisation, l'argument de la nature de l'écrivain n'étant pas selon moi pertinent (considérons la Bible ou une collection de Véda) car il tend à valider davantage un texte par l'aura de son auteur que pour son contenu.

revenant au livre de Assman "Das kulturelle Gedächtnis. [...] in frühen Hochkulturen", on remarque qu'il emploie 2x le terme "culture" qui, dans l'esprit allemand, implique les valeurs et caractéristiques morales d'une société et se distingue du terme "civilisation" qui inclut la technique et autres facteurs matériels. les penseurs français originaires du concept de "civilisation", tel qu'on l'envisage habituellement, font de la civilisation une culture au sens large. Thomas Mann de s'y opposer :
Citer
Civilisation et culture sont des contraires, ils constituent l'une des diverses manifestations de l'éternelle contrariété cosmique et du jeu opposé de l'Esprit et de la nature. Personne ne contestera que le Mexique au temps de sa découverte possédait une culture, mais personne ne prétendra qu'il était alors civilisé. La culture n'est assurément pas l'opposé de la barbarie. Bien souvent, elle n'est au contraire qu'une sauvagerie d'un grand style ? et parmi les peuples de l'Antiquité, les seuls, peut-être, qui fussent civilisés étaient les Chinois.
« Modifié: décembre 23, 2011, 11:13:08 am par ionah »

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Re : Uchronies Duniennes
« Réponse #29 le: mai 07, 2010, 06:24:49 pm »
Admirable réflexion qui condense en peu de mots d'immenses perspectives  ;)

D'une certaine manière, FH interroge en nous ce qui fait notre "humanité", la dialectique entre nature et culture, entre atavisme et acculturation, entre héritage et invention. N'est-il pas sidérant de constater que les millénaires de manipulation, de règles internes, de contrôle et de machiavélisme en jupons des Soeurs aboutissent finalement à une complète remise en question de leurs valeurs et de leurs si précieuses mémoires secondes au profit de la libido assumée de Matriarches hystériques incapables et peu soucieuses de se souvenir d'où elles viennent et pourquoi elles agissent comme elles le font ?
Des millénaires de domestication des affects et de contrôle sur soi bousculés en une génération par l'instinct sauvage de femmes comme échappées de la nuit préhistorique...
Je ne me souviens plus où j'ai lu l'idée suivante, mais elle m'a frappé : "Dune, c'est l'histoire de systèmes qui s'effondrent". Équilibres politiques, cultures religieuses, consciences et savoirs écologiques... rien ne résiste au temps et surtout aux hommes. Au coeur des hommes.
Une articulation entre le temps long des systèmes qui nous encadrent, et le temps court de l'action, de la vie. L'un semble infiniment plus important que l'autre, mais si Dune n'était que du temps long ce ne serait plus un récit... mais une Dune Encyclopedia. Il faut ces vies si éphémères et insignifiantes pour donner du sens au reste. Par contre, si vous retirez l'arrière-plan historique et  ne gardez plus que les personnages (hors de toute considération sur les systèmes qui les encadrent), le récit sera immanquablement dévitalisé et réduit à une vulgaire pantomime de marionettes désarticulées.

Dernier mot pour la question de la "canonisation". Je reste attaché à la DE. C'est un impressionnant moyen d'entrer dans le Cycle par des chemins inattendus.
Quand j'exprime des réserves à l'égard du concept de "canon", ce n'est pas particulièrement en référence à la DE, mais sur un plan plus général. À cet égard, Wikipedia (US) peut être d'une grande utilité pour comparer les pratiques d'un fandom à l'autre, l'article "canon" est très utile. Et qu'y apprenons-nous ? ...Que le "canon" est toujours la création d'une communauté interprétative qui se construit des repères collectifs. Au sein du fandom herbertien il s'est ainsi formé une communauté OH, avec son canon, sa chronologie, sa "vulgate" interprétative... et on trouvera la même chose de l'autre côté avec les chronologies de Torkos et le "néo-glossaire" qui envahit chaque jour un peu plus certains sites comme Wikipedia (US).

Je veux donc bien souscrire à l'étiquette "canon" en faveur de la DE, même si cela n'a pas vraiment de sens pour moi. En cela je suis d'accord avec l'argument de Ionah sur "la nature de l'écrivain". Bien sûr, nous accorderons toujours plus d'importance à Frank Herbert qu'à aucun autre. Mais d'un point de vue in-universe, le Cycle est une source parmi d'autres, dont la DE. Je crois que mon petit texte fictionnel initial était utile en cela. Montrer une manière (parmi d'autres) d'articuler logiquement des sources indépendantes en essayant d'en comprendre le statut fictionnel. Le Cycle et la DE jouent sur des ressorts narratifs distincts mais complémentaires : oral et écrit, transmission et reconstitution, témoignage et analyse, subjectivité et (tentative d') objectivité. La frontière n'est pas aisée à tracer entre les deux, l'un empruntant à l'autre, et les deux se revendiquant de la même bibliothèque de "hadiths", même si l'usage en est radicalement différent. Car l'écrit est souvent aussi porteur de tradition que l'oral peut se montrer d'une troublante acuité ...Merveilleux jeu de miroirs  ;)
« Modifié: mai 07, 2010, 06:43:28 pm par Askaris de Dar »