Auteur Sujet: Re : Et si nous relisions KJA ?  (Lu 1944 fois)

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Re : Et si nous relisions KJA ?
« le: juin 12, 2008, 10:24:42 am »
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Tu ne feras pas de machine à l?esprit de l?homme semblable

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Re : Et si nous relisions KJA ?
« Réponse #1 le: juin 12, 2008, 12:00:31 pm »
La série des Maisons (considérée comme la meilleure du lot) est-elle réellement si fidèle que ça au Cycle comme l'affirment très péremptoirement ses auteurs ? Peut-on y déceler la trace de cette mythique "concordance" élaborée par Brian pour rester fidèle au Cycle ? La patte de KJA n'est-elle pas en définitive omniprésente ?

Selon moi, le succès de la série des Maisons (réelles grosses ventes?) tient à l'attente que l'annonce avait fait naître chez tous les fans. Chacun souhaitaient/penser retrouver retrouver Arrakis, ses fremens, savoir comment Paul avait été éduqué, comment Duncan et Gurney avaient été recrutés, etc.. oui comme une fan-fic, mais en mieux puisque nos deux comparses avaient les notes, avaient réalisés une "Concordance", etc... Bref, parce qu'en tant qu'héritiers auto-proclamés de FH, ils allaient relever le défi du niveau, etc...

L'intrigue de la série (intrigues de Cour principalement + projet tleilaxu, véritable bonne idée de cette série) était propice au découpage nerveux que tu évoques. De même le sujet, était déjà bien fixé (comme le dit néo).
Ce qui ne fut pas le cas pour la série du Jihad : trop sujet à polémique (hommes vs hommes ou hommes vs machines), trop descriptif (pas assez réflexif)... Bref, le sentier des Maisons était déjà bien balisé car on savait qui allait où?

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Il n'est pas interdit, en effet, de se demander quelle fut l'influence des fans dans cette oeuvre de commande : autant FH était obscur, autant l'écriture de KJA se montre limpide et d'accès facile; autant FH multipliait les références et les digressions philosophiques, autant les personnages de KJA se montrent avares de détails psychologiques, très univoques, assez peu concernés par la complexité d'une histoire personnelle, familiale voire psycho-génétique...

Je pense que tu fais une erreur en estimant que les fans ont eu une influence sur cette oeuvre de commande. En effet, pour être fan de Dune avant la sortie de La Maison Atreides, il fallait avoir lu, vu ou joué à Dune. C'est-à-dire avoir un certain bagage dunien relativement étoffé.

L'idée de base des préquelles est double :
1° Permettre d'étendre la base des fans en proposant une oeuvre plus accessible
2° Préparer le terrain pour Dune 7, consécration de notre duo (il faut bien dire que la multiplication -peut-être non prévue à la base- des oeuvres programmées à la publication émousse ce dernier point).
Il ne s'agit pas tant de satisfaire l'exigence de fans qui ont largement eu le temps de lire, relire re-relire, etc... le Cycle et donc de le connaître sur le bout des doigts, de partager entre eux des réflexions montrant la qualité de leur lecture et vouant un culte au génie de FH (mettant ainsi une grosse pression d'entrée de jeu sur tout auteur qui aurait voulu s'attaquer à cet imposant chantier)... il ne s'agissait donc pas de satisfaire ce public, mais d'en conquérir un nouveau, en utilisant un nom (Dune) et une méthode qui avait fait ses preuves sur d'autres oeuvres (Star War, avec un certain Kevin...); et là, la boucle est bouclée...


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1. la structure générale de l'oeuvre apocryphe de KJA et ses connexions au Cycle
On pourra s'étonner des incohérences entre cette apocryphe et le canon.
Certes, le Cycle lui-même n'est pas dépourvu de telle ou telle erreur, incohérence, etc... mais un travail dynamique, sur 20 ans, peut se permettre de tels réajustements (car il s'agit bien ici de récupérer tel ou tel aspect important pour la suite).

A côté le cas des préquelles est bien plus grave. Pourquoi? On a, soit-disant, un travail de premiers fans. Nos deux auteurs, nous disent avoir lu les fameuses notes de FH, d'avoir établi une "Concordance". Bref, d'avoir travaillé sur le Cycle lui-même, avant d'écrire leur livre! Pire, dans cette série des Maisons, le travail est déjà pré-mâché : tous les personnages sont en place (ou presque), et on sait comment cela doit finir. Mais non, ils réussissent quand même à nous proposer de larges incohérences. (ex le plus flagrant : dès la première page de Dune[/b] (premier épitexte), Irulan nous dit que Paul est né sur Caladan et que malgré sa naissance et son enfance sur la planète océan, il restera à jamais rakien... quelle est donc cette lubie de vouloir l'envoyer à la Cour Impériale, alors qu'il n'a rien à y faire... de sacrifier la femme de l'Empereur elle-même, BG de rang caché, si c'est pour savoir dans tout le premier Tome que le BG ne voyait pas le potentiel de Paul, aussi bien dans le texte lui-même que dans les appendies).
Bref, on se sent floué.
La seule connexion (valable) avec le Cycle étant le cadre (comme je l'avais dit à l'époque : on est bien sur Dune, on retrouve bien les personnages de Dune, mais ce n'est pas l'esprit de Dune[/b]

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2. le rôle de l'action : effet de scénarisation, écriture cinématographique, valorisation des changements de temps, de décor et de personnages (il y aurait un rapport numérique à établir)

Concernant l'environnement Dunien, voir la remarque ci-dessus (c'est comme Dune, mais ce n'est pas Dune). Les effets de scénarisation, le parallèle cinématographique sont liés pour moi d'une part au style de KJA (il fait ce qu'il sait faire), mais aussi (et toujours) à cet aspect mercantilisation de Dune par HLP (tout doit pouvoir se décliner en film, à l'expemple d'Harry Potter).

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3. l'abandon de toute volonté réflexive, le refus du "style",l'usage parodique et inutile des épitextes, le complet basculement des techniques d'écriture : FH avançait par touches et allusions, la cohérence venait par accumulation / KJA pose un cadre et décrit très scolairement en respectant les unités de lieu et de temps qu'il multiplie, chose aisée puisqu'il a renoncé à toute conceptualisation

Toujours cette idée de comme Dune... Pourquoi ne pas avoir cherché la réflexion? Peur des réactions des fans qui ont déjà travaillé et retourné dans tous les sens les réflexions proposées dans le Cycle ("mieux vaut se taire et passer pour un con que l'ouvrir et ne laisser aucun doute à ce sujet")? Est-ce en adéquation avec la commande reçue? Avons-nous le talent pour le faire? Autant de questions qui resteront sans réponse... Peut-être que les pistes de réflexion n'existaient tout simplement pas? (regardons rapidement... ah non! il ne s'agit que d'un roman d'aventure qui se passe dans le futur)

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4. en quoi la culture des gamers prédisposait une partie du lectorat dunien à recevoir avec faveur les écrits de KJA ? De la DE aux jeux de Cryo n'y a-t-il pas une pente naturelle à l'accumulation de détails (voir les listes chrono de la DE), à l'imagerie foisonnante (les jeux, les fan-arts, le mechandising lucasien), à l'invention de scenarii très creux et manichéens opposants des factions féodales (influence de l'imaginaire bipolaire de la fantasy) ?

Le point 5 répond pour moi à ta question.

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6. en conclusion, il est saisissant de voir à quel point l'oeuvre de KJA participe d'une séparation profonde entre deux lectorats pourtant caractérisés par un même moule culturel dunien (film et/ou game).Deux lectorats qui coexistent, avec plus ou moins de bonheur, dans les forums de fans. La question ne se pose donc plus en terme générationnel comme je l'ai longtemps pensé (les avant-Lynch, les Lynch-Cryo, les KJA/Sci-Fi/Emperor).C'est un divorce plus silencieux et qui interroge les parcours culturels des "hyper-individus". Bourdieu aurait cherché les habitus, caractérisé les interactions entre l'appartenance de classe et les pratiques culturelles...Nous sommes, comme le rappelle B.Lahire, bien moins armés face à des procès culturels qui échappent à l'analyse collective.

Je pense que le lectorat n'est pas scindé ainsi (d'un côté les "littéraires", de l'autre les "ludiques") mais plutôt selon un cadre temporel (par qels livres a-t-on commencé? Cycle ou BH/KJA?) dans un premier temps. Puis en fonction des intérêts de chacun, on verra naître les talifans de l'HOJ (Herbert Ortodoxian Jihad) et les personnes pour qui les préquelles ne méritent pas cette opprobe.

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Repenser la place de l'univers fanfictionnel de KJA dans le réseau (déjà vieux de 45 ans) des cultures duniennes peut être l'occasion de revisiter les rapports complexes qui lient un univers littéraire à ses excroissances populaires et mythologiques.

Le problème, c'est qu'il n'est pas vendu comme ça. C'est tout le problème de cette "escrocquerie"...
« Modifié: juin 12, 2008, 04:12:30 pm par Leto »
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Re : Et si nous relisions KJA ?
« Réponse #2 le: juin 12, 2008, 12:46:12 pm »
Ce revirement, du moins cette eau dans ton vin, m'
Ici maintenant
sitôt dit sitôt enfui
as-tu profité?

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Re : Et si nous relisions KJA ?
« Réponse #3 le: juin 12, 2008, 04:21:48 pm »
Pour en revenir à mes 2-3 idées essentielles (même si je sens qu'une 4ème poindra sous peu) :

1° Je persiste et signe : ceux qui n'ont pas découvert le Dunivers avec BH et KJA, avaient un bagage. Peut-être enrichi à des oeuvres extérieures au Cycle lui-même (DE, jeux vidéos, jeux plateau, etc...), mais ils connaissaient le Dunivers, voire le maîtrisaient. Et cela sans pour autant être des talifans.
Je livre une définition plus personnelle de Talifan (et qui précise ma pensée Dunienne) : est Talifan celui qui défendrait l'absence officielle de Dune 7. Tel un Hergé de la SF, le Talifan pur et dur, aurait aimé que Frank Herbert interdise qu'une suite officielle soit donnée à Dune. Que cela se traduise par des fanfictions telles qu'il en existe pour toute oeuvre (aussi bien Star Wars que Saint Seyia, etc...) oui, bien sûr afin de débrider (encore et toujours) l'imagination du lecteur, mais rien de canonique comme ont pu le faire BH et KJA.

2° Idem, lorsque tu dis :
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1. l'extrême focalisation sur le factuel : les personnages, les lieux, les dates, les institutions, les objets
2. corrollaire du point précédent, une (très impressionnante) créativité iconographique, un soin récurrent à vouloir "illustrer"
3. le réflexif y est souvent réduit à la portion congrue (et généralement n'intéresse qu'une partie des forumers)

Cela est tout à fait normal et se comprend pour des plateformes (qu'il s'agisse de jeux de rôles, de jeu vidéo, etc...) qui ont besoin, pour avoir un intérêt d'immerger le joueur, et même le spectateur : il faut rendre une atmosphère, retranscrire l'environnement. Or, pour que cette réalité soit mieux reprodutie, constatée, il faut un souci du détail. Mais cela n'empêche pas la réflexion, la recherche de signification.
Si on reprend le principe du jeu de rôle (on en a un exemple avec ce que MJ Leto avait proposé ici) : c'est à chaque personnage de créer son propre RP (role playing), son background et d'avancer comme il l'entend, de le comprendre et d'agir en conséquence. C'est l'idée majeure : fournir le cadre le plus fidèle possible pour que le joueur/spectateur s'épanouisse le plus possible. (et le Cycle fournit suffisamment de données pour construire cet environnement et avoir à disposition une véritable trame -intrigue, psychologie, etc..- sur laquelle se baser).

Et à mon avis, c'est là que le livre pèche. Le lecteur, n'est ni spectateur, ni joueur. Ce qu'il recherche quand il lit les livres "officiels", les ouvrages de l'auteur, etc... c'est du sens. Non seulement la création (même minimaliste, sur lequel développer l'environnement collectif), mais surtout du sens, de la rélefxion, des axes sur lesquels il puisse définir son personnage; des questions sur lesquelles se pencher. Le Dunivers, il est tout à fait capable de le créer tout seul à partir des données éparses qu'il pourra trouver ici ou là (le meilleur exemple est l'ornithoptère... on sait juste qu'il se réfère à un insecte.. voir la multitude de graphisme sur le sujet...).

Bref, je pense qu'il ne faut pas réduire le public des gamers à une bande d'ados sans cervelle. Surtout que dans le Dunivers,  ces "ados" ne sont pas arrivés "ados" lors de la parution des preeks (entre 1986 et 1998, il s'est écoulé suffisamment de temps pour que les fans "mûrissent" Dune).

Sur le fait que KJA (et BH ne l'oublions pas) ait réussi à toucher un large public, je reviens sur la séparation du lectorat :
1° Celui des fans de Dune qui voulait voir ce que cela donnerait, qui espérait retrouver ce qu'ils avaient perdu, etc...
2° Ceux à qui on offrait un nouveau Star Wars, nouvelle version du fameux Dune, le livre impossible à lire (pour beaucoup d'amateurs de cette sci-fi/aventure/fantasy, le film de Lynch imperméable (déjà qu'il fait débat à l'intérieur du cercle des fans, alors à l'extérieur). Bref, on leur offrait un chef d'oeuvre, version édulcorée. Sans oublier certains flemard (ou certains fans de KJA) qui pensaient qu'en 2 temps 3 mouvements, Dune s'offrirait à eux..

De même lorsque je dis :
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on verra naître les talifans de l'HOJ (Herbert Ortodoxian Jihad) et les personnes pour qui les préquelles ne méritent pas cette opprobe

Il ne faut pas voir une opposition entre talifans et non-talifans. Beaucoup des fans qui ont lu les préquelles après le Cycle ne considérent pas les oeuvres au même niveau (on en trouve beaucoup ici). Ce n'est pas pour autant qu'ils veulent mettre au rebut ce qu'on fait BH et KJA. Ils considèrent seulement qu'il n'est pas besoin de "combattre" (c'est violent, mais je ne trouve pas sur le moment le mot qui convient), mais que le temps fera son affaire et que la non-qualité des oeuvres fera le reste. Seulement, à ajouter et rajouter encore et toujours des ouvrages (1er préquelles, puis 2ème série, puis séquelles, puis intermèdes), l'entreprise de noyade est en cours.

Tout ça pour en arriver à 2 choses essentielles (on est déjà dans l'essentiel de l'essentiel ;D) :
1° Ne pas dénigrer le sens commercial de P&tB qui ont bien compris que plus le livre était "gros" et facile à lire, plus les satifecits tomberaient, plus le succès à court terme serait au rendez-vous.

2° Les fans ne sont pas des imbéciles. Ils regardent ce qui se présentent à eux (par curiosité, par facilité, peut-être?) et savent faire la différence. Maintenant, étant donné que la publication est relativement aisée en début de chaîne, plus on en retrouve à l'autre bout de la chaîne des écrits, parfois de piètre qualité.

Il en faut donc pas se tromper de cible (et FH lui même avait tort ) : "[le fils n'est pas que le prolongement du père]". ca serait trop beau....
« Modifié: juin 12, 2008, 06:14:35 pm par Leto »
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Re : Et si nous relisions KJA ?
« Réponse #4 le: juin 12, 2008, 06:27:49 pm »
Soyons encore plus clair Leto!

1° Les lecteurs ne sont pas des ânes. Ils ne se lèvent pas un matin en disant : "mais bien sûr, Dune, c'est trop compliqué. Passons à autre chose..."
2° Le petit paragraphe sur les gamers ne t'était pas spécialement destiné (même s'il répondait à une de tes remarques) : à force d'entendre des généralités ici ou là, on reprend les vieux réflexes dès qu'on voit passer certains mots, certains commentaires.. passons (cf. mes explications en MP).

Tout ça pour dire que ce que tu comprends comme un problème d'"hyper-individus", je le vois comme un problème structurel.
Qui est sorti le premier : le livre ou le lecteur?
En tout cas, depuis de longues années, la qualité des oeuvres proposées tend à décliner quand la quantité (paradoxe?! vraiment?) tend à augmenter. Comme le disait Souchon, "on nous Paul-Loup Sulitzère...".
On est à la fois dans le consumérisme culturel (ici littéraire et cinématographique : tout doit finir en film : Harry Potter, SW, LOTR, etc...). Il faut en plus que le spectateur se sente "intelligent", donc si ça veint d'un livre c'est encore mieux (et si le scénario peut être livré avec c'est tout bénéf!!). C'est ce système de l'entertainment qui est en train de tuer la littérature (la SF en premier lieu puisque "plus jeune" et plus transposable à l'écran version frisson grand public).
Du coup, les jeunes auteurs veulent leur part du gâteau (et comme on les laisse faire, c'est compréhensible) et fournisse de la soupe en veux-tu en voilà.

Bref, la littérature se meurt, et avec elle l'imagination (car où est l'imaginaire quand il s'agit de simple reproduction... où est la vision quand on insiste sur la performance, etc...). KJA et BH participent de ce mouvement d'abrutissement des masses. Et comme un scénario doit être passé au format 1h30-2h30 (max), pas le temps de rélféchir. Et ça tombe bien, c'est le temps de trajet moyen pour un citadin pressé...

Le roman est mort, vive le roman!
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