Auteur Sujet: CORIOLIS  (Lu 3588 fois)

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CORIOLIS
« le: mars 20, 2007, 08:22:33 pm »
voila je poste mon petit bout d'écriture :)
donc l'action se déroule bien aprés la maison des mères, dernier opus.
je préfère prévenir, j'ai une manière décrire assez complexe, faut s'accrocher parait il ;) ce qui ont lu ma nouvelle m'ont dit que les deux premiers chapitres étaient difficiles, que le reste devenaient plus fluide aprés :) mais c'est pas nouveau j'ai jamais été douée pour les introductions
faut dire que vous lisez la le " second jet", je ne l'ai repris qu'une fois brièvement, j'ai tout écrit  rapidement et sans retouche ( inspiration, quand tu nous tiens !)

bonne lecture, en espérant que vous aurez autant de plaisir a lire que j'ai eu à l'écrire ( il reste surement des fautes, désolé... )
et j'attends vos commentaires avec impatience ( même si c mauvais n'hésitez pas au moins ca engage à amélioration  ;)


CHAPITRE 1

"Nous essayons souvent de cerner l?histoire par les évènements et les actions qui la composent. Mais l?histoire n?est pas une succession de faits, elle est un tout généralement appréhendé comme ayant un sens, à la fois en terme de direction mais aussi en terme de significations. L?histoire n ?est pas unique: Elle est un arbre ou chaque être vivant à composé sa partition:  parfois les significations de ces partitions pour une période donnée se recoupent, donnant naissance à une branche plus épaisse. C?est cette partie de l?arbre qui sera retenue, car l?histoire ne peut être appréhendée dans sa globalité. Elle constitue des vérités qui se sont modifiées selon les besoins à un moment précis, des vérités sur le monde et son fonctionnement.
Elle est l?image même de notre univers: filaments singuliers de vies s?entremêlant, s?entrechoquant pour se reformer différemment en des combinaisons nouvelles, ou épuisant les possibilités jusqu?à ne former qu?une ligne ondulée, immuable pour un temps avant une nouvelle rencontre, un nouveau mélange dans lequel se reflète l?image déformée d?un passé, les prémisses d?un présent qui avorte et renaît sans cesse, et l?illusion d?un futur dont les orientations se profilent en lignes oniriques et impalpables. Chacun voit en l?histoire son reflet en tant qu?être empreint des significations du monde, dans son évolution sur la ligne inconstante du temps."



Le soleil se levait, lançant ses reflets rouges sur le désert aride qui lentement se transformait sous le souffle du vent chaud et sec. Jessica contemplait cette étendue immobile et profitait du silence absolu qui régnait en ce lieu ou les s?urs ne venaient jamais, lui laissant ainsi l?occasion de goûter à une liberté de pensée ô combien dangereuse selon ses instructrices. Elle descendait d?une longue lignée qui n?avait eu de cesse de détourner les règles strictes imposées par l?ordre, amenant des changements apocalyptiques.  Le sang qui coulait dans ces veines était porteur d?un don rare et dangereux, ainsi que d?un esprit acéré et imprévisible. Pourtant, tout cela était inconnu à la jeune fille. Son lignage certes n?était pas secret, quant à ce qu?il impliquait, peu le savait.
Le soleil était haut à présent, signe du retour à la réalité pour Jessica qui se précipita dans l?escalier menant au bâtiment principal et au réfectoire. La tour d?observation constituait une échappatoire, les jours ou les sentiments prenaient le pas sur son enseignement. Elle arriva devant une porte qu?elle ouvrit prestement, aboutissant  sur un long couloir.  Elle entendit des pas derrière elle, mais ne se retourna pas, signifiant par la à celle qui la suivait que sa présence l?indifférenciait. Elle entendit des murmures offusqués, ce qui la fit sourire. Un tel comportement étaient indigne selon ses supérieures, mais Jessica connaissait l?identité  de son poursuivant. Ce n?était qu?une acolyte au même titre qu ?elle. Le rire de Jessica céda la place au mépris: comment pouvait-elle croire qu?elle ne connaissait pas son identité? Ne se servait- elle pas de ce qu?on lui enseignait ? L?observation et l?analyse de son environnement était la base des préceptes des s?urs. Elle entendait encore la voie de s?ur Malika:
- « la survie dépend de votre rapport à l?environnement, sachez donc lire tous les renseignements dont vous avez besoin par l?intermédiaire de vos sens. Vous devez vous adapter à la fois au contexte physique et situationnel, apprendre à connaître les comportements de ceux qui vous entoure tout en sachant faire face à la nouveauté.
L?anticipation ne se base pas sur l?assurance qu?un événement arrivera, mais sur les probabilités d?apparition dans la trame des possibilités contraires et divergentes.
Votre esprit est un muscle qui doit être entraîné à se placer en situation d?hyper conscience tout en limitant la charge mentale.
La disponibilité à l?environnement ne peut être possible que par un désinvestissement partiel de la vie intérieure. Apprenez à gérer les conflits internes et trouvez l?équilibre permettant l?ouverture de vos potentialités vers l?extérieur? »
Jessica ralentit sa marche pour finalement s?arrêter. D?une voix mielleuse et ironique, elle s?adressa à sa poursuivante sans se retourner:
-  « oui,  Lucille? »
Son petit jeu eut l?effet escompté, car s?apercevant de son manque de discrétion dans son approche, la voix de Lucille perdit son contrôle et tressauta sous l ?effet d?une frustration  mal maîtrisée:
- « La révérende mère vous demande, Jessica »
Celle ci se retourna, ses longs cheveux auburn retombant en vagues sur ces épaules, habitude qui exaspéraient ses professeurs.
- « Merci »
Lucille la regarda s?éloigner de son pas leste et aérien. Malgré leur situation commune, l?aura de Jessica avait une telle présence qu?on ne pouvait se sentir en situation d?égalité, ce que détestait Lucille. Les S?urs n?encourageaient pas la jalousie, mais elles la toléraient lors de l?enseignement comme un moteur d?évolution. Généralement, l?épreuve qui faisait d?une acolyte une révérende mère  et  lui donnait accès à la mémoire génétique des s?urs rendait ce sentiment obsolète face à la cause de la communauté. Cet objectif commun  constituait par la suite la personnalité des s?urs, véritable mosaïque d?histoires et d?époques diverses. Et si l?acolyte restait dans sa condition, une de ses supérieures ne tarderait pas à lui rappeler le mépris pour les intérêts et les sentiments personnels, postulat le plus important de leur ordre.

Au même instant, dans les instances supérieures de l?ordre, La révérende mère Maria, assise à son bureau, menait une discussion acerbe avec l?une de ses proches collaboratrices. Elle répétait vainement une discussion qui animait les couloirs du bene gesserit depuis de nombreuses années, tel un chef d?orchestre répétant inlassablement une partition afin d?en découvrir les failles. Les peurs qui habitaient la révérende mère chimène, malgré leurs légitimité, lui valaient la colère de la mère supérieure.
- « je ne comprends toujours pas ce qui a pu motiver un tel acte, et plus encore aujourd?hui  je réitère mon désaccord. L?expérience passée nous a montré les conséquences d?une telle entreprise? Nous enseignons le risque à vouloir tout contrôler et nous refaisons les mêmes erreurs, à quoi aura servi cet exode si elle n?avait pour but un renouvellement? N?était ce pas le but de notre départ? Nous étions censés?
-« Assez! Les discussions de ce genre ne nous amènent à rien et vous le savez. De plus, n?oubliez pas que notre perdition fut provoqué par les visions prophétiques d?un gholà et non par une décision mûrement réfléchie! Notre situation comme toutes est source d?enseignement, et ces millénaires dans l?espace ainsi que la vie sur cette planète l?ont été.. Mais la n?est pas la question, et vous le savez. Vous parlez au nom de votre peur, c?est indigne d?une révérende mère tel que vous. Nous devons agir pour le bien de tous, et cette société fut construite dans le seul but de maintenir l?humanité. Hors nous sommes loin d?elle et rien ne nous laisse penser qu?elle ait germé ici. Nous sommes une branche loin de l?arbre de vie et nous allons  dégénérer et pourrir; notre connaissance va se perdre dans les fils de l?espace temps, la ou elle ne servira à rien.. Je sais que notre décision est risquée, mais nous ne pouvons revenir en arrière et aucun autre choix ne s?offre à nous. »
-  «  Ne pouvons nous explorer plus profondément notre mémoire? Cela a toujours constitué le plus sur moyen d?échapper  aux différentes impasses dans lesquelles on a pu se trouver.. »
- « La solution n?est pas dans notre passé, celui ci est stérile depuis que l?on a quitté notre ancien univers. Voilà des années qu?il ne s?est renouvelé, un passé qui n?évolue pas dans les schémas de signification du contexte présent ne peut être source d?évolution et de création. Cela fait trop longtemps qu?il est vain et stagnant.. On ne peut se servir du passé présent dans notre mémoire, alors servons-nous des manifestations vivantes de ce  passé afin de constituer du nouveau, un nouveau en adéquation avec le contexte, une entité flexible! Votre esprit et tout leurs êtres qui la composent sont rigides. Ils ne servent qu?à maintenir notre unité communautaire et a perpétré les  enseignements d?un autre temps, d?une autre époque?Enfin, Chimène! »
Une telle familiarité marquait l?exaspération de la mère supérieure Maria. Elle savait pourtant que celle ci avait raison. Leur ordre était en train de mourir, tout ce qui l?avait constitué, le flux des consciences, la dynamique de cette présence en chacune d?elle et qui les avait maintenus en synergie, était devenu un poids mort, aux conseils inadaptés face à une situation que cette entité ne pouvait comprendre. La transmission  n?était plus possible, car elles étaient toutes nées à partir d?ancêtres communs qui avaient vécu il y a longtemps et dont la présence était déjà inscrite en mémoire. Ce qui rendaient impossible l?inscription de nouvelles personnalités dans cet immense réservoir de connaissances depuis des siècles..
Leur solution était désespérée, mais comme toute solution extrème prise par une révérende mère, elle avait été préparée sur de nombreuses années. Mais sur un temps trop court néanmoins à l?échelle Bene Gesserit, qui avait grâce  à une acuité élevée pour les intérêts communs échafaudé des plans sur des siècles, et participé à la naissance de la plupart des religions et des mythes guidant l?humanité.
Après un long silence, la mère supérieure reprit la parole:
-  « Je ne peux garantir le succès de cette entreprise, mais c?est justement la que réside la force de notre plan. Une civilisation meurt lorsque l?on est à même de prévoir quels seront les chemins menant à sa destruction. La certitude est source de mort, et nous en sommes la. Je commence à voir les trames de notre avenir, et toutes les directions mènent  à notre fin.
Bientôt chacune d?entre nous ressentira le goût amer du non-sens de notre destinée. Et malgré notre éducation, cela causera la débâcle qui accélèrera notre chute.
Nous avons besoin de cette incertitude et de cette imprévisibilité. Elle seule peut ramener la source de vie et l?énergie nécessaire au renouvellement de notre ordre. »
Chimène acquiesça d?un signe de tête discret, mais hautement significatif pour une révérende mère habituée  à détecter la plus petite manifestation d?émotions chez ces congénères.
Maria, eut un rire intérieur amer et ironique. Tous nos enseignements, toutes ces connaissances accumulées sur des millénaires d?expérience, toutes ces expérimentations qui ont causé tant de pertes, cette rigueur, ces conventions.. Dans un seul but: l?adaptation et la survie. Et nous voilà aujourd?hui devant un problème basique, que toute génération a du rencontré, celui de la perpétuation de notre civilisation; Problème aujourd?hui qui semble insoluble.
 Et je présume que la leçons à en tirer est l?humilité devant les mystères insondables de la vie et de l?univers? Tout cela n?a aucun sens.


Sur ce, elle détecta une présence à la porte, qui par des attitudes discrètes mais néanmoins délibérées, informait de son existence. Jessica était impressionnante par l?ambiguïté qui se dégageait d?elle, difficilement accessible par ailleurs sinon via une recherche approfondie.
 Un tel comportement aurait été mal considéré par une autre s?ur, mais Maria en saisissait toute sa signification. Jessica ressentait une peur emplie de respect pour sa supérieure, et elle combattait ce sentiment qu ?elle percevait comme un signe d?infériorité par une certaine forme de provocation. Ce comportement légèrement irrespectueux était le signe de l?admiration. C?était paradoxal, pourtant profondément Bene gesserit dans le sens ou tout n?est jamais révélé explicitement, notamment en ce qui concerne la relation entre les s?urs.
Maria attendit un long moment avant de la faire entrer. Chimène regardait la jeune acolyte avec un regard qui en disait long,  trop long au goût de la mère supérieure. Cette transparence était dangereuse avec une personne aussi doué dans l?observation que l?était Jessica. Elle possédait un don presque instinctif pour deviner ce qui était suggéré, et une présence très forte. Cet aplomb naturel était effrayant pour les autres acolytes habitués à obtenir leurs potentialités par l?intermédiaire d?un travail et d?un cheminement réfléchi.
-  «  Votre goût pour l?environnement et les sorties extérieures est une bonne chose, mais cela ne vous dispense en aucun cas des cours, Jessica.  Votre professeur a noté votre absence.  Je présume que le lever de soleil était magnifique, n?est ce pas? »
Maria put lire la surprise dans le regard de Jessica l?espace d?une seconde, mais très rapidement celle ci reprit le contrôle de son comportement, et elle redevient un masque, au visage agréable mais impénétrable. Elle est douée, au-delà de ce que l?on pouvait penser, pensa Maria. Elle n?en est qu?au second niveau, pourtant elle dépasse certaines révérendes mères, sans en avoir les caractéristiques. Qui sait ce qu?atteindrait son pouvoir si elle survivait à l?épreuve de l?agonie de l?épice?
« Croyez-vous donc tout connaître de l?histoire de l?homme? Comment pouvez vous prétendre appartenir à l?humanité, si vous ne vous appropriez pas son histoire, si vous ne faites pas vôtre les différentes significations qui ont marqué les cultures et les époques? Croyez vous être capable de percevoir le monde sans les grilles de lecture nous permettant d?accéder aux soubassements de son évolution et de ces changements?
L?apprentissage de ce qui a été est ce par quoi vous accomplissez votre humanité, elle constitue la toile et la ligne dans laquelle vous vous situez, en tant qu être humain, mais aussi en tant que personne appartenant à un  contexte environnemental, social. Votre subjectivité se construit par l?intermédiaire de ce processus, et vous le méprisez! »
Le ton de la révérende mère était dur et cinglant. Jessica baissa la tête  et réfléchit longuement a  l?attitude à avoir. Elle opta pour l?honnêteté:
«  Je ne parviens pas à comprendre la nécessité de cet apprentissage qui de toute façon est inhérent avec l?acquisition de la mémoire génétique lors de l?épreuve. »
-  « Qui vous dit que vous êtes destinées à l?épreuve? Et si tel est le cas, survivrez vous? »
La réponse était évidente, simple et imparable. Jessica s?en voulait d?avoir été aussi prévisible et fragile dans sa réponse.
Pourtant elle rétorqua:
«  En quoi puis je me situer par rapport à une humanité si loin de nous, et par la même inutile au contexte présent? Ne dois je pas avant tout me concentrer sur les connaissances nécessaires à l?adaptation et la survie des hommes et de notre ordre? Car c?est de cela qu?il est question, n?est ce pas? Comment un passé non rattaché au présent peut -il servir les desseins de l?avenir?
L?argument était intelligemment trouvé, et il  était d?une certaine audace, ce qui eut le don de déconcerter Chimène.  Maria ressentit un frisson de plaisir face à cet esprit vif et nouveau, qui d?une certaine manière la rassurait .
«  C?est exact, Jessica. Mais vous avez oublié quelque chose: aucun apprentissage n?est inutile s?il est positif. De plus l?histoire est cyclique, il est donc possible que ce passé révolu puisse à nouveau être adaptées à une situation, et donc utile à la survie »


CHAPITRE 2

"A l?origine  des religions se trouvent les femmes, qui après les avoir constituées en prirent la tête. Les hommes les considérèrent comme inutiles et leur préférèrent l?état ou l?armée.
 Quand la religion prit de la puissance et de l?importance auprès des peuples, les hommes eurent peur: peur d?être destitués de leur pouvoir par cette nouvelle force, qui exerçait une prise aussi importante sur l?individu. Peur aussi d?une direction féminine de ces religions, car ils eurent conscience du formidable vecteur et symbole que constituaient la femme concernant l?impact et la transmission de ces préceptes. Elle en est son reflet, son origine, son catalyseur et son prolongement.
La femme est à l?origine de la religion car elle est la mère, terre féconde à l?origine de l?étincelle de vie dans l?inconscient collectif. Elle en est en son reflet car elle est à la fois instrument de vie et de mort, symbole de l?ambiguïté résidant dans toute chose, de l?opposition entre le bien et le mal, la connaissance et l?instinct, la raison et la passion, la force et la fragilité.
Elle en est son catalyseur car son corps est porteur de vie, moteur de toute religion. Elle en est son prolongement car elle représente plus que tout les principes et les responsabilités, le règle set la morale ancrée au plus profonde de son subconscient. Cette capacité à donner la vie, le sens des responsabilités et la connaissance  de ce qui est essentiel à la survie du fait de son statut font de la femme l?incarnation parfaite de religions.
Quand les hommes eurent compris cela, ils furent effrayés à l?idée du pouvoir qu?atteindrait la religion dans des mains féminines.
Ils les destituèrent et les rejetèrent aussi loin que possible de cette forme de pouvoir,  en introduisant le concept de culpabilité et d?infériorité dans leurs esprits.
Les hommes ont utilisé et subvertit les principes de vie pour les transformer en instrument de manipulation, de pouvoir et de mort. Ce qui  rend les religions moins puissantes dans leur potentiel de création, mais par la même plus dangereuse car elles en sont dépourvues. "


Jessica réfléchissait à la conversation qu?elle avait eu avec la Mère supérieure tout en prenant le repas du soir. Les autres acolytes autour d?elle discutaient comme à leur habitude des différentes rumeurs qui circulaient concernant les s?urs. Malgré leur éducation, les préjugés et stéréotypes en tout genre allaient bon train: « il paraîtrait que la mère supérieure s?est emporté hier contre l?une des archivistes car celle ci avait négligé de faire son rapport quotidien concernant le classement des écrits historiques. Et elle ne fit rien pour masquer sa fureur devant les s?urs présentes? Cela ne serait pas arrivé du temps de Demetria! » S?exclama Lucille dont les discussions du soir étaient toujours très animées. Jessica se tenait généralement à l?écart, mais elle n?y tient plus devant les propos de la jeune femme.
« De quel droit juge- tu celle qui a maintenu cet ordre en vie après la gestion désastreuse de celle que tu tiens en si haute estime, me semble t?il?
Démetria refusait un changement pourtant nécessaire, notre ordre dégénérait sous l?hypocrisie et l?amertume, et les intérêts communs étaient passés au second plan. Cela te ressemble néanmoins, je comprends mieux ta prise de position » Les autres filles sourirent à cette réplique cinglante. Jessica continua: « C?est pour cette raison que S?ur maria est devenue mère supérieure, son esprit était différent et apportait du changement. Ne lui reprochons pas ce pour quoi nous l?admirions hier. » Les regards se baissèrent et le silence se fit. Jessica se leva prestement et quitta la table sans  avoir touché à son assiette.
Au loin la mère supérieure avait observé la scène et en avait saisi le débat en lisant sur les lèvres des jeunes filles à leur insu. Seule à sa table, elle sourit à la réaction de Jessica.
Celle ci se promenait dans les vergers, qui étaient désert. Elle s?assit auprès d?un cerisier, espèce très ancienne et préservé de génération en génération par les bons soins des s?urs. Leur ordre remontaient au tout début de l?humanité, alors qu?ils vivaient tous sur une  seule et même planète, la terre.


Les guerres incessantes des hommes étaient en train de détruire de nombreuses  espèces ainsi que leur équilibre écologique et leurs souvenirs contenues dans les livres.
Tout ce qui maintenaient l?humanité en vie étaient réduit à l?état de cendres, image même de la souffrance vive et de  la colère s?emmagasinant dans les c?urs avant d?être déversées sans fin sur un monde qui se débattait sous les pieds des hommes en proie à la folie, au pouvoir et à la violence. La terre était en train de mourir. Et l?humanité sombrait avec elle. Les femmes source de vie saisissaient mieux l?enjeux des évènements qui se déroulaient sous leurs yeux, car elle possédait au plus profond d?elle même un instinct de conservation très puissant de par leur statut de mère.
 Elles créèrent des groupuscules à différent endroits dans le même élan, sans que cela se sache entre elles, comme si l?urgence de l?action avait émergé instantanément partout sur la terre. Pourtant leur but était le même, préserver l?humanité. Généralement, ces groupes étaient constitués de femmes de pouvoir, de carrure, exerçant des métiers très différents mais ayant une certaine influence: des diplomates, des avocates, des chercheurs, des écrivains, des médecins, mais aussi des épouses d?hommes occupant une position stratégique, ainsi que des magiciennes et des femmes ministre du culte ou ayant un rôle dans les religions, quelle qu?elle soit. A leur modeste niveau, elles avaient exercé une influence discrète mais néanmoins efficace sur les décisions importantes concernant tout les domaines de l?activité humaine.
Les différents groupes finirent par se rencontrer au cours des rassemblements du pouvoir, organisé en de multiples occasions. Et ces femmes s?unirent. Elles créèrent un conseil, qui prenait les décisions ensemble et envoya de multiples représentantes dans toutes les sphères. Elles développèrent des stratégies de plus en plus subtile, perfectionnèrent des techniques des séductions, chuchotant à l?oreille de leur amant les décisions à prendre; brillèrent par leur vivacité d?esprit, tout en donnant l?impression à ceux qu?elles influençaient que la décision venait d?eux. Elles n?étaient qu?une voix discrète et onirique présente au moment opportun. Leur intérêt pour l?humanité les poussa à rassembler les écrits et l?histoire de l?espèce humaine. Comme elles étaient les dépositaires  de la vie, elles devinrent les dépositaires de la connaissance dans de nombreux domaines, transmettant leurs savoirs aux nouvelles générations de femmes.
Elles participèrent à l?expansion de l ?humanité, et lorsque celle ci eut évolué suffisamment, elle se firent connaître et l?ordre Bene Gesserit apparut. Mais personne ne connut le rôle qu ?elle avait joué auparavant.
Très rapidement elles apprirent à maîtriser le corps et l?esprit, elles perfectionnèrent les techniques de mémorisation car elles savaient l?importance des leçons passées afin de construire l?avenir. Quand l?épice fut découverte, elles étudièrent longuement, et découvrirent le potentiel de prescience qu?elle contenait. L?épice donnait accès a la mémoire génétique, elles livraient les clés permettant de transformer l?ADN et ses composantes en  des partitions de vie dans lesquelles résidaient l?histoire, le vécu, les sentiments, et les connaissances des femmes qui les avait précédées. Mais dans cet amas de vies enchevêtrées et de sentiments excessifs et complexes elles n?osaient trop plonger car nombreuses étaient celles qui avaient perdu leur identité et s?étaient laisser envahir par le flot incessant de vies qui ne leur appartenait pas.



Pourtant lorsqu elles tentaient l?expérience, elles percevaient parmi cette foule un chemin divergent, qui semblait contenir les trames possibles de l?avenir et du passé réuni en une seule et même ligne ondulée sur laquelle se greffaient les multiples variations du thème de l?humanité et de sa survie.
Aucune femme ne put avoir accès à la mémoire génétique des hommes. Elles comprirent que la clé de cet endroit terrible résidant dans la conscience collective serait maintenue par l?homme réunissant à la fois les potentialités féminines et masculines, un être génétiquement parfait possédant dans la conscience de ces cellules l?histoire de l?humanité dans son entier, sans exception possible. Elles décidèrent de créer cet être parfait grâce à une sélection extrêmement minutieuse et longue. Mais le temps ne comptait pas pour ces femmes capables de se transmettre leur passé subjectif, survivant ainsi dans la mémoire des suivantes.
Leur désir de maîtrise était trop fort, et comme une mère n?acceptant pas que son enfant soit différent de ses aspirations, l?homme capable de lire dans les desseins de l?avenir se servit de son pouvoir indépendamment d?elle, déchaînant des forces qu?elles n?auraient osées imaginer. Ce temps la est loin, et après de nombreux siècles elles eurent à subir les conséquences de ces actions, qui se traduirent par une menace très importante à l?intégrité de leur ordre. Le changement de certains préceptes vieux de milliers d?années fut inévitable. Pourtant celui ci fut douloureux: elles manipulèrent encore une fois le destin d?un homme puissant, qui surpassa leur espérance et dont l?action ne fut jamais réellement comprise. Elles se retrouvèrent transporté dans un autre univers, sans aucun moyen de retour, avec le dernier représentant des vers donnant la précieuse épice sans laquelle leur pouvoir serait réduit à néant, une petite colonie de s?urs, un ghola visionnaire, un tleilaxu, un groupe religieux, et une très puissante révérende mère, sans aucun moyen de retour vers la civilisation.
 Ce ghola était le clone d?un homme proche de la famille atréides ayant donné naissance à l?être parfait. Il avait été ressuscité un nombre infini de fois par le fils de celui ci, qui avait vécu au bas mot plus de 5000 ans.  Ce ghola avait acquis une connaissance quasi similaire avec le kwisatz haderach, lui donnant le don de prescience.
Quant au tleixaxu, c?était un prisonnier de guerre dont le peuple avait acquis le savoir permettant la manipulation  totale de l?ADN tel qu?il soit.
Il possédait en son sein l?empreinte génétique des principales personnes à l?origine des grands évènements de l?histoire. Quand les révérendes mères l?eurent découvert, elles s?en servirent afin de constituer une descendance neuve qui se devaient avant tout de survivre. Mais cette descendance était d?origine ghola. D?ou leur incapacité aujourd?hui à transmettre la mémoire génétique de génération en générations, constituant par la même leur plus grande peur quant à leur survie.
Elles avaient toujours soupçonné le tleilaxu de manipulation génétique les rendant inapte à cette transmission. Ainsi ils avaient  erré longtemps avant de découvrir cette planète qu ils avaient nommé Coriolis en souvenir des tempêtes qui sévissait sur dune, la planète dont l?épice était originaire. Le vers fut introduit dans son nouvel écosystème dont une partie fut transformée en désert, le même désert que Jessica contemplait le matin au lever du soleil. Elle estimait connaître l?essentiel de leur histoire, quant au point d?ombre qu?elle aurait aimé éclaircir dans cette odyssée, elle savait qu?elle devrait le découvrir par elle-même et non par l?intermédiaire des s?urs. Garder certaines choses secrètes était une condition sine qua non  à la survie du groupe et de toute civilisation.

 Il y avait certaines choses ne devant être connus que d?un groupe minoritaire:
« La flexibilité devrait être le maître mot afin d?appliquer le pouvoir. Tout pouvoir exercé devrait être un savant mélange entre la volonté des gouvernés; et les nécessités connus des gouvernants.
Certains devoirs nécessaires à la survie d?une civilisation ne sont connus que d?une certaine frange de la population, dont les fonctions lui permettent de saisir les enjeux  et l?importance de ces devoirs. Cela est nécessaire au bon fonctionnement d?une société. Ces devoirs doivent être instillés  dans l?esprit de chacun; en équilibre avec sa volonté personnelle afin que tous soient satisfaits de leur condition et de la façon dont ils sont dirigés.
Cela n?est ni discréditant, ni inégalitaire. Aucune fonction n?est meilleure qu?une autre mais elles sont tout essentielles. »
 Ces phrases résonnaient dans la tête de Jessica. Toutes les s?urs étaient d?accord sur le principe de la nécessité du secret. Pourtant la jeune femme avait l?intuition très forte, comme une alarme résonnant dans sa tête, que sa survie et son avenir dépendaient de la connaissance de certains de ces secrets. Elle sentait qu?elle y était reliée, d?une manière quelle ne pouvait décrire. C?était subjectif, pourtant ce sentiment provenait du plus profond de son être, il retentissait à ces oreilles au même rythme que le sang qui coulait dans ces veines.











La difficulté de la conscience est qu?elle est indicible, les mots sont limités par un cadre rigide et étroit alors qu?elle effleure l?infini de l?imagination.»

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CORIOLIS
« Réponse #1 le: mars 20, 2007, 10:01:46 pm »
-Au niveau de l'histoire peut être une ou deux petites incohérences mais je n'en ai pas vu de marquantes a mon gout.

-Pour l'écriture tes phrases sont un peut longues (surtout dans les citations) dans certains cas et on a parfois du mal a voir a quoi les différentes propositions se rapportent.

-Des fautes d'accords, certaines phrases commencent au pluriel et dans la proposition suivante sont au singulier. De plus dans certaines phrases il y a un problème de concordance des temps. (Ce point la doit être dû aux phrases un peut longues.)

-Les phrases sont parfois découpée de façon assez étrange ce qui rend la compréhension compliquée dans certains cas.

-Dans certains cas pour les noms de personnes il manque les majuscules.

Même si il y a beaucoup de points négatifs dans mon post j'ai beaucoup aimé l'histoire qui est très intéressante. Bravo car pour moi c'est le plu important!
Tout le monde est d'accord pour critiquer la pensée unique.

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CORIOLIS
« Réponse #2 le: mars 20, 2007, 10:16:56 pm »
rien  qui me surprend dans ce que tu me dis, je suis difficile à suivre, mes phrases sont longues, quant à la concordance des temps.. je l'ai jamais comprise. néanmoins tout cela est améliorable donc finalement tu vois c'est des points positifs , merci  :)
La difficulté de la conscience est qu?elle est indicible, les mots sont limités par un cadre rigide et étroit alors qu?elle effleure l?infini de l?imagination.»

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CORIOLIS
« Réponse #3 le: mars 21, 2007, 03:58:24 am »
Beaucoup de fautes, effectivement, qui ont gêné ma lecture. Si j'ai le temps un jour je te corrigerai ça. Quelques maladresses aussi : il est par exemple un peu désuet d'employer le L apostrophe systématiquement avant le "on", de nos jours le "qu'on" passe très bien. D'autant qu'ici tu as souvent employé le "on" à la place du nous, et c'est un idiomatisme oral mais pas écrit, dans un tel contexte. Mais c'est un détail, un exemple, Harkonnen a soulevé aussi d'autres maladresses.
(au fait on ne dit pas "l?indifférenciait" mais "l'indifférait" )

Plus généralement, je trouve les préambules trop longs, et les passages explicatifs (ou carrément les sortes de résumés comme l'histoire de la création du Bene Gesserit) mal placés dans des contextes d'actions quasi-avortées du coup. D'ailleurs ta version de la création du BG est un peu fallacieuse.

Sinon tu as bien rendu la psychologie didactique du BG, et bien présenté cette héritière Atréides (sans doute) dans l'esprit du cycle, même si c'est parfois un peu ostensible (en plus "light", plus subtil, c'était également effficace).
En bref, des maladresses, mais des trouvailles, on sent que tu as bien intégré la philosophie et la psychologie du BG.
Mais la théorie explicative (souvent alambiquée) tient trop de place par rapport à la narration elle-même... ça risque d'assommer le lecteur si ça continue ainsi ensuite.

Voilà quelques critiques sans concession!
Ici maintenant
sitôt dit sitôt enfui
as-tu profité?

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CORIOLIS
« Réponse #4 le: mars 21, 2007, 11:06:17 am »
c'est bien, c'est comme ca qu'on avance !
de ce que je me rapelle ( je l'ai pas relu d'un moment ) les autres chapitres sont plus fluides et l'action se mets en place au fur et a mesure
evidemment je reprendrais tout cela quand j'aurai du temps et des vacances  ( euh.. ca renvoie à septembre octobre surement :) mais je ne désespère pas d'avoir le temps de le faire ;)
je vais quand même jeter un coup d'oeil au chapitre 3 et 4 et je posterai^^
sinon oui effectivement  j'ai transformé certains points a mon gout, j'ai extrapolé on dira de ce que j'avais compris ^^ je vous l'ai dit, c'est basé sur dune mais aprés c mon imagination qui a pris le relais ;)
a bientôt
La difficulté de la conscience est qu?elle est indicible, les mots sont limités par un cadre rigide et étroit alors qu?elle effleure l?infini de l?imagination.»

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CORIOLIS
« Réponse #5 le: mars 21, 2007, 11:58:43 am »
chapitre 3 et 4, la suite :


CHAPITRE 3

« Les émotions savamment contrôlées sont le plus grand atout de l?homme. Le raisonnement et la logique ne sont rien si les éléments qu?ils contiennent ne sont pas teintés de valeurs positives ou  négatives.
Les émotions sont à la source des décisions humaines, c?est par elle que le langage devient significatif et que les actes ont un but
L?évolution humaine est inextricablement liée à cette particularité.
Le savant mélange du raisonnement et des émotions permet à l?homme d?être une puissance créatrice inégalable. »



   Le ghola Duncan Idaho venait de rentrer de mission dans le désert, une longue mission qui l?avait tenu éloigné du seul centre d?activité humaine de cette planète, à savoir l?institution des s?urs Bene Gesserit. Il les soupçonnait de tramer quelque chose depuis plusieurs années, en fait depuis 17 ans. Elle le tenait à distance, celui ci ne rentrant que pour des temps brefs. Les raisons de cette conduite pouvaient être multiples: Duncan sentait une certaine peur qui entourait sa personne, une aura inquiétante accompagnait chacune de ces apparitions, notamment parmi les jeunes recrues. Seule la mère supérieure se comportait de manière différente avec lui car   c?etait elle qui avait ordonné sa résurrection lors de sa nomination à la suite de la mère supérieure Demetria. Cette décision avait causé un grand émoi dans la communauté, car après sa disparition naturelle suite à leur dispersion dans l?espace, personne ne l?avait ramené à la vie, craignant que les conséquences d?un tel acte ne soit trop semblable aux changements radicaux provoqué par Duncan et « ses éclairs de prescience ».
Elles connaissaient le potentiel génétique de Duncan et  elles ne désiraient pas que ces gènes soient dispersé parmi les s?urs qui succombaient à la séduction du beau jeune homme charismatique. Ces descendants devaient naître d?une sélection des s?urs, mais leur contrôle en ce domaine était limité. Ceci constituaient aussi une excellente raison de le garder à distance.
Mais ce qui l?intriguait le plus était la raison de cette décision. Pourquoi l?avait on ressuscité, quelle sombre plan avait motivé la révérende mère à ce choix dangereux, au moment ou son statut était si précaire? Ses talents de mentat (qui restait subtilement caché car il n?était plus censé les posséder après les manipulations génétiques qu?il avait subi) lui avait permis d?émettre quelques suppositions, mais rien n?était clair dans les différentes trames qu?il avait élaboré. Néanmoins, une chose était sure: il aurait un rôle important à jouer d?ici peu, et ce rôle était préparé depuis des années par les s?urs. Elles avaient du en régler chaque détail comme à leur habitude. La nouvelle révérende mère avait beau être innovatrice par rapport à ses ancêtres, elle n?en restait pas moins fortement conditionné par des siècles de fonctionnement rigoureux et rigide qui était le propre des s?urs. Elle partageait un  sentiment de peur et de fascination mêlées pour l?imprévisibilité, même si elle ne ressentait pas le potentiel de Duncan en ce domaine.
Quant à la clé lui donnant accès à ce plan, il était convaincu qu?elle se trouvait ici, constituant la raison de son éloignement forcé.
Il avait rendez vous avec la mère supérieure et s?y rendait d?un pas pressé et nerveux, tout en ne manquant pas de croiser le regard sulfureux de certaines des acolytes, qui était une invitation explicite à les rejoindre au plus vite. Il ne manqua pas de répondre à certaines d?un sourire qui en disait long malgré le regard désapprobateur de la révérende mère Chimène, qui le menait à travers les couloirs sans fin.
 Il sentait la méfiance et le dédain de son accompagnante, qui dissimulait une grande frayeur à son égard. Des sentiments aussi extrême le mettait mal à l?aise car il sentait le pouvoir qu?il renfermait: il devenait palpable, s?enroulait dans les fils de son présent, le grisait, le tentait, avant de disparaître au milieu des chemins possibles de l?avenir, ligne onirique mais présente d?une manière différente dans chacune de ces directions.
Il se demandait ce que la révérende mère avait à lui dire. Il venait à peine de rentrer et il désirait se reposer, si possible dans les bras d?une des charmantes jeunes filles croisées auparavant. mais il avait le sentiment qu?elle allait lui annoncer un départ prochain, pour une  destination plus lointaine et un temps plus long encore.



- « Chaque retour de Duncan est une menace à notre projet, on ne peut se permettre ce genre de risque, dans cette période sensible! Il nous faut le renvoyer au plus vite loin d?ici! » S?exclama le révérende mère chimène. Elle  se tenait devant la mère supérieure. Duncan attendait dans la pièce adjacente, tandis qu?elle même attendait la décision de Maria concernant Duncan.
- « Je suis d?accord, et j?y réfléchis depuis un certain temps. Duncan ne doit plus revenir ici durant une longue période, on ne peut risquer qu?il bouleverse nos plans alors que l?on entre dans une phase critique. Je vais être obligé de l?envoyer en mission extérieure? avec le vaisseau. »
Un long silence suivit. Marie put lire dans les yeux de Chimène la peur grandissante ainsi qu?une certaine incompréhension quant à cette décision.
- « Pour quelle raison devrait on lui laisser le seul vaisseau capable de nous sortir de cette impasse? D?autant plus que Duncan pourrait prendre des initiatives, une fois en dehors de notre contrôle! Avez vous oublié ce qui s ?est passé la dernière fois que nous avons laissé cet homme au commande? » Chimène respectait la mère supérieure et l?admirait pour ses actions courageuses même si elle la contredisait souvent. Mais elle commençait à douter depuis quelque temps du bien fondé de ces décisions pour la communauté des s?urs. La flamme de la confiance vacillait dans ses yeux clairs, ce qui n?échappait pas à Maria.
- « L?impression de contrôle sur Duncan est pure illusion, il l?y consent pour endormir notre méfiance. Il crée cette fausse tranquillité en se servant de notre orgueil, il se joue de notre sens du devoir, et l?on entre dans son jeu car cela nous conforte et nous arrange. Nous sous estimons ses capacités, il serait bon de les prendre en compte maintenant si l?on veut gagner la partie. Je ne peux endormir sa vigilance avec une mission de routine dans le désert.
 Il doit croire que nous lui confions une mission importante, qui de surcroît nous met en danger tout en lui donnant plus de liberté. C?est le seul moyen pour éviter un retour inopiné, et pour permettre  de disposer du temps nécessaire à notre projet.  C?est risqué, mais disposons nous d?un autre choix? »
Chimène acquiesça  à cette évidence.
- «  Très bien. Je le fais rentrer. » Chimène alla chercher le jeune homme et s?effaça afin de le laisser seul avec la révérende mère. Il rentra et refusa de s?asseoir, comme à son habitude.
- «  votre mission s?est merveilleusement bien déroulé, vous avez ramené assez de jeune vers pour nous permettre de fabriquer de l?eau de vie pour plusieurs générations. »
- « Dois je en conclure que je peux enfin me reposer après cette énième mission dans le désert, ou est ce un prélude agréable censé faciliter l?annonce d?un prochain départ? » conclut-il, non sans ironie.
La mère supérieure sourit. Elle avait été proche de lui il y a quelques années, lorsque elle était jeune dans son rôle de mère supérieure, il avait partagé son lit ainsi que ses confidences, s?épaulant mutuellement face aux autres s?urs qui s?opposait a ses projets, et donc par la même à Duncan. Ils en avaient gardé des relations assez complices, malgré leur statuts respectifs. Il se comprenait en silence, ou par des allusions discrètes.
- « Tu es très perspicace. Mais cette mission est très différente. C?est une mission de reconnaissance. Nous t?envoyons en éclaireur, en espérant que tu découvriras de nouvelles terres pour notre communauté. »
Il sourit, et la tutoya aussi: « Alors c?était donc cela. Une mission dans l?espace? Et tu me laisses le vaisseau? Ou est le piège, ma chère Maria? »
Entendre son nom la fit frissonner, mais elle ne se départit pas de son expression amusé pour autant.
- « Nous te laissons une relative liberté. Mais tu seras accompagné de ton escouade habituelle ainsi que d?une révérende mère et de trois de ses acolytes.. Et d?un vers. »
- « Je présume que je n?ai pas le choix. » Il se détourna rapidement.
- « Quand le départ est il fixé? »
- « Après demain. »
Il la regarda intensément.  Il commença à rire doucement, avant de demander:
- « j?espère que la gente féminine qui m?accompagne est à mon goût. Deux ans, c?est très long. »
- «  Ne t?inquiète pas, c?est moi qui les ai choisi. »
Duncan s?éloigna. Sans un regard en arrière, il lui lança un « à ce soir » avant de passer la porte.
Maria secoua la tête. Décidément, il la connaissait bien. Elle se leva, car il lui fallait prévenir la jeune Lucille d?une mission importante pour la nuit prochaine, qui la satisferaient grandement.



Jessica se tenait sur l?immense terrasse qui servait aux séances d?entraînement prana Bindu, et concentrait son esprit tel une flèche tendu vers un seul but. Cette technique millénaire permettait d?atteindre un haut niveau de maîtrise du corps, par un travail sur chaque muscle séparé. C?était un apprentissage rigoureux, qui portait ses fruits tardivement: il nécessitait une patience et un investissement extrême.
« Vous devez sentir le moindre tressaillement de votre corps, lui-même relié à l?espace et le temps qui évolue dans la sphère de votre action immédiate: tout votre environnement est en liaison avec votre corps: il est le vecteur permettant de pénétrer l?immatérialité vous entourant et de la rendre réelle et palpable.
Il est ce par quoi le monde autour de vous devient tangible, et s?organise selon des principes que vous régissez, puisque c?est vous qui en ouvrez l?accès.
Une parfaite connaissance et maîtrise du corps vous permettra de vous imprégner de chaque trame, variation et oscillation de votre environnement. Vous serez à même de prévoir son évolution, et de l?anticiper »
La révérende mère se tut, laissant ses élèves méditer sur ses paroles.
«  Jessica, peut-tu illustrer ce que je viens de dire? »
La jeune fille se leva et pris position au centre de la terrasse. Elle ferma les yeux, souffla profondément. Bientôt elle prit l?apparence d?une statue, rigide et froide. Aucun mouvement n?animait son corps élancé tendu par la concentration. Le vent soufflait et faisait tournoyer les feuilles mortes des arbres voisins. La révérende mère se leva sans un bruit et relâcha dans les feuilles tournoyantes un bout de tissu silencieux qui se mêla au vent et à la verdure L?amas de corps automnal et céleste se dirigea vers Jessica, qui se baissa brusquement avant de lancer sa jambe plus rapidement encore. Elle saisit avec la pointe de son pied le bout de tissu. Elle figea son mouvement avant de réouvrir les yeux.
«  Merci, vous pouvez vous asseoir.  
L?anticipation sera votre meilleure arme, car elle constitue l?instrument le plus subtil de l?adaptation. Devant un événement, vous réagissez. Si vous le prévoyez, la réaction est plus rapide et vous permet de dépasser vos adversaires. L?être humain est plus inprévisible, car les trames qui conduisent ses actions ne sont pas linéaires comme dans l?environnement. Elles sont parallèles et modifiées par chaque décision dans une de ses trames, ce qui multiplie les possibles dans l?ensemble des dimensions tout en les réduisant pour la trame en question. Vous ne pouvez prévoir qu?un panel d?action dans une dimension donnée, et vous devez garder à l?esprit que d?autres dimensions peuvent entrer en compte. Ouvrez votre esprit, disciplinez-le tel un éventail de potentialités interconnectés et relativement indépendantes, afin de ne pas être surpris par le changement. Cela nécessite travail, rigueur, pratique et expérience. Réfléchissez à tout cela. La leçon est finie pour aujourd?hui. »
Les jeunes filles se levèrent et se dirigèrent vers le réfectoire pour prendre leur repas de midi. C?est ce moment que choisit la mère supérieure pour parler à Lucille. Celle ci la suivit dans son bureau. Les rumeurs repartirent de plus belle, mais cette fois ci Jessica, intriguée, y prêtait une oreille attentive:
«  Je suis sure que cela a un rapport avec le retour du beau Duncan. Lucille fait partie des reproductrices, les s?urs ont du lui prévoir une descendance avec lui.. » S?exclama la douce Syria.
Les jeunes acolytes ne parlaient que de lui. Jessica ne l?avait jamais vu hormis en hologramme. Elle avait ressenti un sentiment étrange, une sorte de familiarité à la vue de ces yeux, et un sentiment d?amour sublimé, ce qui la surprit à l?époque. Au nom de lucille partageant une nuit avec lui, une jalousie totalement incontrôlable et non justifiée s?empara d ?elle. Elle se leva et quitta la table plutôt précipitamment.
«  En voila une qui voulait en faire autant » fit remarquer l?une des jeunes filles.
Jessica, malgré l?interdiction, était montée à la tour d?ou elle avait observé le lever du soleil quelques jours auparavant. La vue du désert était apaisante pour elle. L?odeur acre du sable bruni sous le soleil, le fort parfum de Cannelle qui signalait la présence d?un gisement d?épice tout proche envoûtait tout ses sens, lui donnant un profond sentiment de sécurité et de chaleur toute maternelle.
 Elle ressentait cela comme un souvenir lointain qui ne lui appartenait pas tout à fait, comme si l?accès en était protégé par une barrière insondable.
Sa réaction au réfectoire lui semblait tout aussi étrange, car l?excessivité ne faisait pas partie de son caractère. Du moins le croyait elle.
Après s?être calmée, elle laissa son esprit vagabondé vers des contrées sauvages, des visions obscures et des nuits envahis par des yeux verts reflétant son visage vieilli ou brillait un regard entièrement bleue.






CHAPITRE 4



"Qu?est ce qui est à l?origine du changement?
Appelons énergie cette force à l?origine du mouvement. Notre planète est une immense source d?énergie, dont nous sommes un réservoir important, puisque nous sommes nous même énergie: notre psychisme se sert de cette tension  afin de gérer les différents conflits nécessaires à une constante réorganisation permettant le progrès. Les civilisations sont construites sur une toile énergétique, qui en évoluant va présager de sa destinée.
Les hommes vont investir une partie de cette énergie, plus communément appelés affects, dans leur  milieu de vie, par le travail, les relations amoureuses ou amicales. Elles constituent une base solide aux changements.
Mais une partie de cette énergie reste indomptée, constituant un tout aux multiples noms dont celui d?inconscient collectif.
Elle est cette force brute, chaotique et désordonnée, qui en s?accumulant introduit un déséquilibre perturbant l?homéostasie fragile  de nos environnements, qu?ils soient physique, biologique ou social. Dans le cas d?une civilisation, ce déséquilibre implique un désordre qui va lui même générer un conflit  entre les institutions . Ce conflit ne peut rester en l?état et nécessite une profonde réorganisation de celles ci afin  de les rendre plus conforme aux désirs et attentes de la population.  En résolvant ce problème nous réintroduisons l?ordre et la stase.  En attendant le prochain conflit. Ainsi se forme les cycles de guerre et de paix, d?ordre et de désordre présent dans chaque population, préservant la vie et le progrès menacé par un immobilisme durable."



Duncan arpentait la pièce de contrôle du vaisseau de long en large. C?était une vieille habitude qui remontait au temps ou il servait le vieux duc Leto, le grand père de Paul, autrement dit le Kwisatz Haderach. Il était jeune et impétueux, et supportait difficilement les longues veillées devant le bureau de son commandant, à attendre nerveusement les ordres. « Toute décision se doit d?être mûrement réfléchie, d?autant plus qu?elle engage un nombre important de personnes. Tu ne peux décider du sort d?un être humain à la légère » Ce vieux précepte sensé, il le tenait de son Duc. Il avait servi son fils, son petit fils et même son arrière petit fils, le tyran, avec autant de dévouement. Il appartenait à la famille atréides, même si son sang était différent.
Sa décision était prise depuis longtemps, Et malgré le fait qu?elle parte d?un élan du c?ur, Duncan sentait la nécessité d?un tel acte. Un sens aiguisé de l?observation lui avait permis de déceler un changement imminent dans la communauté des s?urs. Les nuits avec Maria et Lucille furent fort utiles à ses prédictions. La révérende mère était préoccupé même si elle tentait vainement de le cacher. Quant à la jolie Lucille, elle avait laissé transparaître dans certain de ses propos de la haine pour l?une de ses pairs. Duncan avait rapidement conclu que celle ci était différente, et semblait-il très doué. Le genre de personnes auxquelles on ne peut être indifférent. D?après la description il ne la connaissait pas. Ce qui ne pouvait tenir de la coïncidence. Sa mémoire de mentat lui permettait de retenir tout les visages qu?il croisait. Hors il connaissait toute la communauté des s?urs.
C?était typiquement Bene Gesserit! Dissimuler avec un naturel indiscernable constituaient leur quotidien et leur seul moyen de survie pendant des millénaires. Elles excellaient à cet art.
Duncan avait fixé son départ au lendemain matin, à l?aube. Il partirait comme prévu dans le non vaisseau. Une fois en orbite, il emprunterait une de ses navettes  lui permettant de rejoindre la planète encore proche.
 Il brancherait sur les moniteurs vidéo une simulation faîte quelques heures auparavant alors qu?il commandait le vaisseau. Son dispositif permettant de couper toute communication avec le centre mère était en place.
 Il pouvait commander le vaisseau à distance grâce à un appareil construit lors d?une de ses missions ennuyeuses, pressentant  son utilité un  jour ou l?autre. Il mettrait le non vaisseau en super vitesse au moment de le quitter. Le temps que les révérendes mères se rendent compte de son absence, reprennent le contrôle de vaisseau, et rétablissent le contact, il disposait de trois jours environ.
Le lendemain il mit son plan à exécution. IL se hâta de rejoindre l?atmosphère avec la navette,  dont l'existence même était absente de l'espace et du temps. Il atterrit non loin dans une zone rocheuse en plein désert. Au milieu des rochers émergeaient les collecteurs de rosée du sietch ou ses hommes et lui venaient  résider lors de leurs missions. Il s?y reposa en attendant la fraîcheur de la nuit. Après avoir enfilé son distille, il prit un marteleur et des hameçons.
Il sortit et huma l?air sec et vivifiant du désert. Il en était tombé amoureux, réplique exacte de celui de Dune. Il goûtait au silence absolu régnant dans cet endroit, que seul venait troubler les pas des animaux sortant chasser au crépuscule.. Les étoiles entouraient une lune pale et argentée qui reflétait son éclat onirique sur les dunes changeantes au gré du vent. L?immensité pour seul repère, le silence comme compagnon, et Duncan s?élança avec prestance au sommet d?une dune proche. La, il planta son marteleur et attendit. Bientôt se fit entendre le bruit du ver approchant. Celui ci émergea brusquement, sa bouche pleine de dents étincelantes s?ouvrit en direction de la voûte étoilée, comme s'il désirait saisir entre ces dents redoutables le croissant lunaire. Duncan, avec la force de l?habitude, lança ses hameçons qui se fixèrent aux anneaux du ver, mettant à nu la chair rose de l?animal et l?empêchant par la même de replonger dans sa demeure de sable fin. Duncan grimpa sur son dos et le dirigea à l?aide des hameçons vers le sud. A l?aube il attendrait le centre. Pour le moment il respirait l?enivrante odeur de Cannelle se dégageant du vers, faisant corps avec l?animal massif dont la race avait décidé du destin d?un univers entier.




La révérende mère, debout devant sa fenêtre, ressentait comme tout les matins l'agonie diminuée mais néanmoins quotidienne accompagnant sa première prise d'épice pure. Elle observait de ses yeux pâles ses s?urs travaillant la douce terre du verger, prolifique et fleuri en cette période de l'année.
Elle avait lentement plongé dans sa mémoire seconde à la recherche de compagnie et non à la recherche d'un conseil qu'elle savait inutile. Que dois je faire, n'ai je pas commis un erreur en réveillant le passé? Nous sera t'il bénéfique là ou il n'a apporté que malheur et désolation auparavant?
Elle entendit une voix lui répondre:
- "chaque individu est unique à un moment particulier de son existence, il se renouvelle à chaque instant, évoluant dans un contexte social et dans des relations différentes avec les significations qui l'habite. Le passé ne peut être le passé dans cet univers ci et à cet instant, il n'est qu'une ancienne forme dont les configurations ont changé pour devenir du présent. Vous ne ravivez pas le passé, vous construisez à partir de lui."
-"Qui me préservera des erreurs d'hier? En avons nous tirer la leçon? Je ne le crois pas. Car nous aurions alors trouvé une autre solution n'impliquant pas les mêmes forces. La situation nous échappera, comme elle a échappé à d'autres avant nous."
-" N'avez vous pas pensé que le but se trouvait peut être dans cette perte de contrôle?"
la mère supérieure se braqua légèrement à l'annonce de cette idée, qui paraissait étonnante pour une Bene gesserit. Pourtant elle discutait avec l'une d'elle.
-" Que voulez vous dire?"
Elle entendit comme un soupir.  
- "Depuis que l'on existe, on a développé nos pouvoirs, atteignant leur pleine potentialité mais cela dans un seul but: Plus de contrôle..
- "Mais le contrôle nous est nécessaire si l'on veut amener l'humanité à se préserver en tant que telle, c'est par lui que nous appréhendons notre environnement et que nous sommes à même de l'influencer et d'interagir avec lui. Le contrôle amène le pouvoir en tant qu'instrument de changement et d'innovation. Nous en avons besoin, non à titre individuel mais en tant que dépositaire d'un savoir permettant la survie! "
- " En êtes vous vraiment sur? En possédant le contrôle, vous possédez la clé de l'évolution. Mais vous refusez de vous en servir pour ouvrir la voie du changement. Votre pouvoir est certes à l'origine de vos connaissances; mais elle est inutile à présent. Votre savoir est une source tarie d'ou la création est absente . Le contrôle que vous exercer empêche le progrès. Celui ci ne peut se faire sans un renversement des forces en présence et que vous tenez sous votre joug. L'évolution nécessite de l'énergie brute, chaotique et désordonnée, il a besoin d'une force créatrice mouvante, vivante et échappant a tout vos principes d'organisation et de survie. L' évolution passe par la mort, et vous ne pourrez l'empêcher."
Le silence se fit dans la tête de la révérende mère, extrêmement troublée par les dernières paroles de son ancêtre. Elle sentait l'étincelle de vérité dans ses paroles, et elle en fut effrayée. Car elle sentait peser sur ses épaules le lourd manteau de la grande faucheuse, et elle ressentait entre ses doigts le manche de la faux qui prendrait bientôt la vie de ses s?urs. Elle avait revêtu cette terrible apparence il y a 17 ans, au moment même ou elle avait pris sa décision.
Ces convictions vacillèrent, elle se transporta dans un autre temps l'espace d'un instant. Elle parcourait lentement une corde tendu au dessus de l'horizon, et elle sentait derrière elle le souffle glacial de la peur lui remontant le long de l'échine au même rythme que la progression de son adversaire. Elle pouvait sentir son aura, mais ne pouvait regarder en arrière sous peine de tomber. Elle se devait d'avancer, de continuer inlassablement sur le chemin du futur afin de traverser le plus rapidement possible les épreuves qui l'attendait. A chaque pas la corde cédait un peu plus., le passé et le présent se dérobaient sous elle, entités inconsistantes, mouvantes et instables, tel un fil de soie dont l'étoffe est usée par le passage répétée des mains le modifiant et le réorganisant sans cesse.
Le retour à la réalité la submergea. Pourtant elle savait exactement ce qui s'était passé, car cela lui était déjà arrivé il y a fort longtemps. Cette vision appartenait à une autre, mais elle traversait parfois Maria tel un éclair de prescience. Cette réminiscence d'un temps ancien appartenait à Odrade, une mère supérieure puissante, qui avait le pouvoir de sentir le danger lorsque celui-ci était proche. Ceci était un message adressée à Maria concernant le futur. Elle se détourna de la fenêtre et partit précipitamment. Elle ne put voir l'ombre furtive et discrète d'un homme se glissant par une entrée dérobée dans le centre mère.




Duncan contournait le long bâtiment principal du centre mère afin d'utiliser une entrée dérobée. Être le bashar de la communauté avait certains avantages, car il possédait en mémoire tout les plans de la grande architecture qu'il avait longuement étudié en cas d'attaque, bien que celle ci fut improbable dans cette partie de l'univers vide de toute présence humaine. Il pénétra silencieusement et se faufila dans le dédale de couloirs et d'arches. Il avait toujours pensé que cet endroit était à l'image d'une Bene Gesserit: intelligemment construit mais difficile d'utilisation, agréable à l'?il mais acéré pour l'esprit qui s'y risque sans connaissance.
Il disposait encore de deux jours afin de trouver ce que dissimulait les s?urs depuis tant d'années. Il avait la nette intuition que la solution résidait dans cette mystérieuse jeune fille inconnue aux yeux de Duncan.
Il savait qu'elle s'appelait Jessica, et qu'elle appartenait au second degré de connaissance, avant dernière étape afin de pouvoir passer  l'épreuve de l'agonie de l'épice.
Il ne pouvait demander à Lucille ou se trouvait la jeune femme, car celle-ci était avant tout loyale à ses s?urs. Il se mit à sa recherche en allant consulter les programmes d'activité. Elles étaient trop bien organisées, pensa Duncan. Et aujourd'hui c'est un désavantage. Quel intérêt d'être organisé dans un univers vide de toute présence humaine? Ils avaient à leur portée un monde nouveau, vierge et sauvage, abondant d'une force nouvelle, possédant en son sein le pouvoir de la vie à l'état brut. Et les s?urs tentaient vainement de le soumettre à leurs lois, inutile à la préservation de cette terre encore jeune. Elle ne se rendait pas compte qu'elle ne pouvait adapter cet univers comme elles avaient modifié le précédent. Chaque dimension possède ses propres lois, et l'on ne peut appliquer les mêmes méthodes d'adaptation dans un univers où les mesures de référence sont entièrement différentes.
Il sortit de sa réflexion. Les jeunes acolytes étaient en plein cours de physique appliquée afin d'apprendre à maîtriser les éléments.
Il s'y rendit rapidement et furtivement, à pas de loup.
Peu de temps auparavant, Jessica écoutait attentivement son cours car elle aimait comprendre les lois fondamentales de l'univers qui l'entourait. Soudain, elle fut traversée de part en part par une vision étrange la montrant sur une corde raide. Une alarme intérieure résonna dans sa tête et elle sut au même moment que la mère supérieure partageait cette apparition.
Extrêmement troublée, elle vacilla sur ses jambes. La révérende mère leur donnant le cours ne put que le remarquer et en fut très surprise. Toutes les s?urs possédait une connaissance accrue de leur corps et de son fonctionnement. Ce genre de faiblesse était rare, sauf en cas d'atteinte de l'esprit, ou d'émotions trop forte.
Elle éprouvait pour Jessica une profonde tendresse, d'une manière toute Bene Gesserit. C'est pourquoi elle lui donna la permission de sortir afin d'aller se ressourcer et de reprendre ses esprits dans le verger, même si cela constituait une entorse à la règle. Elle se dirigea rapidement vers la porte et sortit. On entendit un murmure dans la salle des acolytes, que la douce révérende mère fit taire aussitôt.




Duncan longeait les murs et ne tarderait pas à atteindre la salle de cours. Il traversait un croisement lorsqu'il se retrouva en face de Jessica en sens inverse. Il ne l'avait pas entendu arriver malgré ses extrêmes précautions.
 Il leva les yeux vers la jeune femme en même temps qu'elle.
Ce qui vit lui causa un choc sans nom. Il ne pouvait croire ce qui se trouvait devant ses yeux, qui l'avaient trahi tant de fois par le passé en lui montrant cette image si ardemment désirée.
 Et l'objet de son désir se tenait sous ses yeux, telle une insulte au passé et à toutes les épreuves qu'il avait traversé pour elle.
"Non... ce n'est pas possible.. Elles n'ont pu..." Duncan se détourna de cette apparition qui ne pouvait être, qui ne devait pas être. En cet instant une grande douleur lui enserrait la poitrine et une colère indicible montait en lui comme une marée dont la force du courant dévasteraient tout, y compris lui même. Il s'enfuit. A ses oreilles résonnaient la voix lointaine de Jessica. Même si ce n'était pas son réel prénom.
Jessica en sortant de la salle heurta un jeune homme semblant bien pressé. Elle leva la tête et reconnu Duncan, même si elle ne l'avait jamais réellement croisé.
Ses yeux pénétrèrent dans les siens l'espace d'une seconde, et elle eut l'impression de tomber dans un gouffre sans fin. Mais l'instant d'après, ce quelle y vit la bouleversa. Le regard du jeune homme se troubla, et elle put y lire une immense tristesse, une douleur sans nom, ainsi qu'une incommensurable incompréhension. Elle ne comprenaient pas comment sa simple vue pouvait évoquer autant de sentiments douloureusement mêlées. Duncan parla. elle comprit immédiatement que le "elle" concernaient les s?urs. Il se détourna et s'enfuit.
" Attendez, ne partez pas!" Ce fut peine perdue. Complètement dépassé par les évènements de ses dernières minutes, elle prit une seconde pour se réciter la litanie de la peur:
" Je ne dois pas avoir peur car la peur tue l'esprit. La peur est la petite mort qui conduit à l'oblitération totale. je dois affronter ma peur, la laisser passer en moi et à travers moi. et lorsque elle sera passée, je me tournerai sur son chemin, et il ne restera rien. rien que moi."
Elle s'apaisa progressivement et prit cinq minutes pour réfléchir. Premièrement, Duncan était sensé être en mission loin d'ici. Pourtant il s'était tenu devant ses yeux. Donc il était revenu à l'insu des s?urs. Ceci constituait une atteinte très grave à son rôle de Bashar. Elle devait le signaler, mais une petite voix lui murmuraient de n'en  rien faire. Cette décision était grave pour la jeune femme et ne devait pas être prise trop rapidement. Les choses se bousculaient dans sa tête.
 Deuxièmement, il semblait que son apparence était à l'origine du trouble de Duncan.  On aurait dit qu'il avait vu un fantôme. L'alarme dans la tête de Jessica reprit de plus belle, mais une résistance très puissante lui empêchait de prolonger plus loin dans cette voie.
Il y avait une inconnu quant à la présence du jeune homme ici. elle ressentait que cette donnée était inextricablement reliée à elle, sans être à même de cerner dans quelle mesure. Apparemment, la communauté ou du moins la mère supérieure détenait une explication. Mais cette entreprise était risqué, elle ne pouvait dévoiler sa rencontre avec Duncan, ni se confronter à sa supérieure et lui dévoiler ses impressions. Il lui fallait avant tout en savoir plus. En attendant elle se devait de faire comme si de rien n'était.
Dans sa tête résonnait encore l'alarme intérieure. Elle sut à cet instant qu'elle ne la quitterait plus, que le son strident et douloureux constituaient une mesure quant au potentiel de danger entourant chacun de ses actes futurs.
Cette alerte était un don, un don qui pouvait s'accroître à une seule condition, dangereuse mais nécessaire. Une condition risquée dont les effluves de cannelle sonneraient peut être le glas de sa mort prochaine.
La difficulté de la conscience est qu?elle est indicible, les mots sont limités par un cadre rigide et étroit alors qu?elle effleure l?infini de l?imagination.»

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« Réponse #6 le: mars 27, 2007, 08:38:41 pm »
la suite, pr ceux qui s'ont parvenu à s'accrocher ;)

CHAPITRE 5


« Nous portons dans nos cellules des schémas de volonté immuable, des instincts qui dirigent certains de nos actes. L?homme, par la possession de la mémoire et de la conscience cherche à échapper et à renier ses instincts afin d?affirmer son libre arbitre et de s?ouvrir à l?infini de ses possibilités.
Mais il ne comprends pas l?importance et la nécessité de cet héritage cellulaire ou est inscrit la notion de conservation de l?espèce humaine. Il bafoue ces préceptes intemporels par le génocide, la guerre, et les armes de destruction massive. Il se jette à corps perdu dans cette voie en espérant transcender le simple statut de l?animal.
Dans cette volonté inflexible, il devient moins qu?une bête: la pensée élaborée dans le seul but de destruction et dont le moteur est la peur donne naissance à un virus complexe atteignant des sommets de cruauté. L?animal dans sa simplicité préserve sa survie car l?instinct est nécessaire à la préservation de l?énergie vitale.
L?homme dans ses efforts désespérés et absurdes perds une part  de son humanité, celle qui repose sur une connaissance intuitive de l?environnement fondée sur des millénaires d?expérience
Car l?homme véritable sait voir en ses instincts la sagesse permettant d?agir correctement en préservant l?intérêt de la communauté humaine. »


Jessica se hâta de rejoindre la salle de cours. Elle espérait être à même de réfléchir tout en donnant l'apparence d'une écoute attentive. Son entrée fut suivit d'une myriade de regards curieux et interrogateurs. La jeune fille les ignora et prit place. La seule solution  se présentant à elle était de retrouver Duncan, car sa réaction trahissait une soudaine et douloureuse compréhension de la situation. Elle se rendait compte de la difficulté d'une telle opération, du fait de la surveillance auxquelles elles étaient toutes soumises. Dans un premier temps, elle  devait  gérer la situation par elle même. Elle se rendrait aux salles d'eau afin d?absorber une dose massive d'épice. Toutes les acolytes connaissait le pouvoir de prescience que possédait le mélange, mais aucune ne s'y risquait sans l'assentiment de leurs supérieures. Une digression à la règle semblait absurde pour une mentalité Bene Gesserit, conditionné à planifier chaque acte en fonction des intérêts de la communauté.
De plus, l'épice avait de tout temps était entouré d'une dimension sacrée. Se lier à elle constituaient l'évènement le plus important dans la vie d'une s?ur. Une absorption trop importante pourrait minimiser la passation de cette épreuve en la rendant partiellement obsolète. Certes elle prenait toute de l'épice dans leur nourriture quotidienne, mais les dosages étaient faibles et celle-ci était diluée. Les salles d'eau servaient de réserves au mélange pur que devaient absorber les révérendes mères chaque matin.
 Cet endroit était aussi un lieu de méditation à qui désirait réfléchir. Les acolytes avait un emploi de temps ne leur permettant pas de s'y attarder, quant aux autres s?urs elles s'y rendait rarement en ces temps étrangement troublé. Les cavernes étaient par conséquent désertes.
 Après le cour, quand vient l'heure du repas, Jessica prétexta un jeûne, afin de ne pas se rendre au réfectoire. Elle s'esquiva discrètement, allant d'un pas léger et silencieux. Elle prit d'infinis précautions au moment de pénétrer dans la salle.
 On entendait le bruit de l'eau perlant des colonnes sculptées par le liquide, qui attiré par la gravité retombaient en gouttes sonores et translucides dans les cuves au contenu précieux, face au désert s'étendant à l'extérieur de la salle souterraine.
Celle ci ressemblait aux inestimables réservoirs d'eau des sietchs du temps de Dune, ou les fremens, peuple du désert, recueillait l'eau si précieuse, année par année, afin de transformer la planète aride et désertique en un oasis où la vie serait plus agréable, où les plants seraient gorgés d'eau et où le peuple fremen commencerait à vivre, au lieu de survivre.
De plus cette caverne constituaient une barrière aux vers géant qui ne s'approchait pas du centre. Le sable surplombant  la salle était gorgée d'humidité, synonyme de mort pour les immenses créatures.
Jessica respirait intensément la forte odeur de Cannelle. Elle se dirigea d'un pas aérien vers le fond de la grande pièce, ou, caché dans un renfoncement se dégageait une porte. Elle l'ouvrit et pénétra à l'intérieur. De toutes parts elle découvrait des monticules de mélange, dont les particules odorantes et légères lui firent tourner la tête. Elle se dirigea vers un coin sombre ou se tenaient un banc de pierre.
 Elle prit sa décision. Une peur immense envahissait son être, prenait possession de sa volonté, lui intimant la plus grande vigilance quant à ces actes. Elle lui enserrait la poitrine, lui coupant la respiration. Avant d'être abandonné par son courage, elle absorba la dose massive d'épice et se laissa glisser dans un rêve sirupeux et irrésistible, ou l'attendait la croisée des chemins.




La révérende mère entra dans le bureau de Chimène tel un ouragan. Son visage pale semblait résolu, même si on pouvait y lire une extrême lassitude.
Elle reprit lentement son souffle, afin de se donner une contenance avant de s?adresser à  son amie, qui la regardait d?une manière étrange.
- «  Le cours du destin est en train de se décider et j?ai le net pressentiment qu?il va échapper à notre contrôle. Les mailles du filet se sont desserrées lentement, ei j?ai moi même scié les cordes qui retenaient notre chute. » elle partit d?un doux rire.
- «  Je suis désolé mais je ne comprends pas votre amusement, Maria. »
- « Je contemple l?ironie d?une situation que j?ai engendré volontairement. Notre plan échouera. Et son échec aura des conséquences démesurés. Avec peut être au bout du chemin, la destruction et la mort de notre ordre. »
- « A quelle fin? »
- « La vie, la création.  le renouvellement »
Chimène ne reconnaissait plus celle qu?elle avait admiré et soutenu durant toutes ces années, traversant d'un même pas les épreuves et les déceptions . Le changement était irrémédiable, mais elle ne pouvait définir sa nature et ses conséquences pour les s?urs.
- «  Nous devons retrouver Jessica. Une porte s'est entrouverte sur l'avenir et je n'étais pas seule à contempler ce qui nous attendait. Elle était avec moi, elle a partagé ce moment. Je l?ai senti dans mon esprit. »
Maria se retourna et sortit, avec à sa suite Chimène. Elle avait peur. Jessica était la clé de voûte de leur projet, il ne pouvait risquer de la perdre.
Très rapidement elles se rendirent compte que la jeune fille demeurait introuvable. C?est Maria qui se dirigea finalement vers les cavernes.
Elle ne voulut pas s?y résoudre tout de suite, connaissant les implications de sa présence en ce lieu.
Quand elles la découvrirent, elle était allongé, le visage illuminée d?une lueur lointaine, semblant appartenir à un autre temps, un autre lieu, une autre vie. Cette vie ci semblait l?avoir abandonnée, son corps froid revêtait un éclat argentée. Les s?urs la soulevèrent délicatement, et la portèrent dans la chambre de la mère supérieure. Chimène s?assit à coté d?elle, afin de commencer une veillée, qui elle l?espérait aboutirait au réveil de la douce acolyte.



 Maria alla se réfugier afin de réfléchir en haut de la tour d?observation, qui constituaient pour elle aussi un lieu propice à la réflexion.
Elle ne parvenait pas à comprendre l?acte de Jessica. Un éclair de prescience, aussi intense soit il, n?avait pu amener à un acte aussi suicidaire. Et si il ne l?était pas? La question infiltra le doute dans le raisonnement solide de la mère supérieure. Se pourrait il qu?une telle décision fut prise en connaissance de cause? La jeune fille avait elle pressentie son potentiel?
Peut être les évènements de ces dernières heures revêtaient une signification différente. Jessica avait ressenti l?urgence de leur condition pour une raison obscure, et avait décidé de s?émanciper de cette dimension. Cette solution qui leur restait inconnue malgré touts leurs efforts, ne se réfugiaient pas dans le passé, entité morte et stagnante. Elle résidaient dans l?avenir en construction, énergie vivace et mouvante ou la jeune fille risquait de se noyer, parmi les innombrables versions de l?espace temps, qui se redéfinissait à chaque battement de cils, à chaque battement de c?ur, et dont l?évolution prendrait l?allure d?un ouragan si la jeune fille affolait ses sentiments dans cette psyché ou chaque reflet est agrandi au dimension du vide.
Explorer son devenir était accessible à Maria qui possédait en ces gènes atréides la clé du destin de l?humanité. Comme toutes ces ancêtres, elle en avait la possibilité. Mais elle sentait qu'elle ne pouvait faire face aux implications d'un tel acte. C?est pourquoi, après avoir à deux reprises frôlé de son esprit le seuil d?une l?Atlantide  aux allures de Saint Graal pour leur ordre, elle referma cette porte, se contentant de rester humaine, quitte à endurer les souffrances liées à cette condition.
Jessica possédait ce qui lui manquait, une connaissance cachée dans les profondeurs de son inconscient, et la potentialité de résister à une telle entreprise. La question était de savoir si elle en avait conscience. Une réponse négative impliquerait la mort. Une réponse positive aurait pour conséquence le bouleversement inexorable de leur plan qui serait révélé aux yeux clairvoyants de la jeune fille. Nul ne pourrait prévoir sa réaction.



L'esprit de Jessica fut rapidement emporté par le flot puissant et incontrôlable de l'épice et de son pouvoir, qui l'entraîna dans un autre univers aussi lointain et différent du sien qu'elle eut l'impression de sombrer dans une folie illogique et incohérente. Tout ses cadres de pensées volèrent en éclat, libérant le courant intelligent du savoir contenu et enchaîné dans ces cellules, qui libérèrent leurs potentialités dans un monde sans barrières ni limites.
Jessica s'étala à travers l'univers en expansion tel un tissu qu'on étire afin d'en révéler tout les détails, elle s'offra librement aux transformations, épousa la forme de l'espace temps en constant renouvellement, se dégagea des lois de la physique et expérimenta un état qui n'en était pas un car ne connaissant aucune fixité.
Son étalement se poursuivit pour parcourir les lignes entrelacées du présent, du passé et de l'avenir contenues dans les atomes étoilés et dans les toiles universelles qui nous entoure et composent la mémoire collective. L'avenir était une ligne brisée en milliards de filaments représentant chacun un devenir envisageable, ondulant au gré des pensées de la jeune fille partagée entre une peur immatérielle emprisonnée dans son corps lointain et un émerveillement tout aussi étranger à son esprit évanescent.
Son désir le plus fort était de prolonger inlassablement les connexions de son âme avec l'univers, de s'étendre à l'infini et d'effleurer l'unité de la vie qui s'offrait dans son entièreté. Ce flot emportait lentement et inexorablement son identité qui se dispersait. Elle compris alors ou résidait le danger: elle devait se concentrer sur son but, son désir de savoir bien trop grand causerait sa perte si elle ne parvenait à le raisonner.
Elle tourna son regard chimérique auquel s'ouvrait une perception somesthésique, et essaya de se focaliser sur ses lignes ondulés de temps et d'espace qui miroitaient devant ses yeux. De ses doigts imaginaires, elle les manipulait délicatement comme si elle pinçait les cordes d'une harpe. Elle recevait en son âme ce contact qui se métamorphosait en images, contemplant les différentes versions de son moi, de son environnement, de sa planète adorée, et de la race humaine en germe dans cette dimension-ci. Les reflets lointains d'un autre univers lui laissait entrevoir le destin d'une autre branche de l'humanité.
 Elle prit soudain conscience de son rôle dans ces voies différentes en devenir, elle vit qui elle était et  en fut effrayé. Les longs filaments bleutés se mirent à vibrer au rythme de son affolement grandissant, et devinrent des éclairs zébrant la voûte étoilé de son esprit. Les connexions se coupèrent violemment, et Jessica chuta à une vitesse vertigineuse vers le présent qui la happa avec une telle force et une telle emprise qu'elle crut en mourir. Le noir emplit sa vision prophétique.
Progressivement, elle senti revenir des sensations toutes terriennes, ces membres douloureux se rappelèrent à elle, son c?ur martelait ses tempes. Elle prit le temps de rétablir ces légers dysfonctionnements du à l'absorption massive d'épice. Puis elle ouvrit ses grands yeux verts sur ce monde ci, afin de découvrir la silhouette de Chimène, qui ayant pressenti son réveil, se penchait l'air inquiet sur son beau visage. Une peur immense aurait du envahir Jessica quant à la pensée de la punition qui ensuivrait un tel acte. Mais il n'en fut rien, car maintenant tout serait différent.
 Elle connaissait son pouvoir sur les s?urs, elle connaissait son rôle et son importance. Ce n'était plus une enfant, ni même une jeune adulte. Elle était probablement avec Duncan l'une des plus anciennes personnes de cette terre-ci. Et elle était bien décidé à dicter les règles du jeu.



CHAPITRE 6


"L?adaptation semble être l?une des notions probablement les plus centrales en ce qui concerne l?histoire de l?humanité. S?adapter, c?est interagir avec son milieu  d?une manière la plus efficace possible afin d?en retirer les moyens de survivre, ou du moins d?éviter ce qui pourrait menacer notre organisme. Cette notion est présente partout: en biologie, en médecine, en physique, en psychologie, en philosophie? Elle est le moyen, afin d?atteindre de multiples fins, essentielles et inextricables les unes des autres: la survie, la perpétuation de l?espèce, l?évolution..
Ce qui a permis à l?homme de constituer la plus haute marche en terme d?évolution, c?est sa capacité d?adaptation. Sa plasticité cérébrale lui permet d?adopter dans des cas critiques la réaction la plus adaptée, et cela en restant connecté au corps par des voies improbables si celui ci venait à subir certains dommages..
L?homme est au sommet  de l?adaptation, son cerveau ne progresse que grâce à ses multiples transformations provoqués par un environnement peu enclin à permettre notre survie. Car l?homme contrairement à l?animal ne possède pas à la base les instrument nécessaires à la survie, de plus il naît profondément immature. Il se doit de construire ces instruments, et c?est peut être cela qui a permis une évolution aussi rapide et prolifique.
Lorsque l?on sait que l?environnement façonne à longue échéance nos comportements, nos réactions, et donc nos circuits neuronaux et notre cerveau, on est en droit de se demander si notre vie actuelle ne menace pas notre capacité d?adaptation et par la même notre évolution.
En effet aujourd?hui l?homme ne s?adapte plus à son milieu, mais adapte son environnement en fonction de ces désirs et besoins. Il semble que l?on est toujours plus ou moins tendu vers ce but, mais est ce là que nous devions aboutir?
Est ce le manque de moyens permettant la survie qui a conditionné l?homme à se fixer comme but de transformer le milieu à son image?  N?est on pas allé trop loin dans cette optique? En réduisant d?autant l?effort d?adaptation de l?homme, ne menaçons nous pas notre évolution? Ce sont les transformations que nous impose le milieu qui détermine le progrès.
L?orientation actuelle ne laisse présager rien de bon concernant notre avenir, à moins que nos possibilités latentes d?adaptation nous amène vers des changements non envisagés; et vers une adaptation différente de celle que nous connaissons?"




La mère supérieure fut interrompu de ses réflexions par la douce voix d'une acolyte, se tenant sur le seuil de la terrasse.
-" Mère supérieure, Jessica est en train de s'éveiller, la révérende mère Chimène vous demande."
Elle suivit la jeune fille jusqu'à sa chambre. Jessica se tenait assise sur l'un des sofas. Chimène à ses cotés, était toute pale. Elle croisa le regard de la belle acolyte, froid, glacial, imperturbable, rempli d'une détermination sauvage et d'une fierté toute nouvelle. Maria eut peur car elle ne reconnut pas le regard de Jessica. Pourtant, c'est par le regard qu'une révérende mère cerne la personnalité: chaque être humain capte la lumière différemment selon son essence, c'est une empreinte originelle qui évolue, mais dont l'essentiel est préservé. Le regard de Jessica contenait une flamme qui ondulait lentement, vigoureuse et bleutée. Il brillait de l'éclat d'un monde différent qui s'était reflété dans d'autre jeu de lumière inconnue à ce monde ci, il brillait de l'éclat d'un temps ancien ou toute les vérités s'était inscrites dans les tonalités de ces variantes colorées.
Jessica n'était plus Jessica, sa personnalité originelle avait repris le dessus.
-" C'est trop tôt!" pensa au plus profond d'elle-même Maria. Elle perçut la même pensée dans les attitudes de Chimène.
-" mère supérieure"dit elle d?un ton solennel où transparaissait une pointe d?acidité
Cette voix était différente tout en ayant les intonations de celle de la jeune acolyte. Pourtant elle semblait avoir pris de la force.


-"Jessica, qu'est ce qui a bien pu te pousser à un tel acte!"
- "Ne jouez pas à ce jeu la avec moi!" Le ton était méprisant et sévère, le statut relationnel entre une acolyte et sa mère supérieure n'était plus respecté.
-" Vous savez très bien que vous ne parlez plus à Jessica, mais à celle qui resta cachée dans son inconscient pendant toutes ces années, en attendant que le processus permettant de la révéler soit déclenché... Par vous, n?est ce pas? Comment comptez vous vous y prendre? Par auto conditionnement, une fois que les enseignements Bene Gesserit serait profondément ancrée, empêchant par la même toute rebellion?"
Le silence se fit. Le visage de maria était résigné.
-" Nous ne pouvions faire autrement. C'est la seule solution que l'on a trouvée afin de préserver la communauté. Nous devions provoquer un changement, mais nous ne pouvions le faire sans connaissance."
-" Et me voici. Cela n'était pas prévu dans l'immédiat, je pense.
 Alia. C'est mon vrai prénom. La s?ur du Kwisatz Haderach, l'abomination qui dés sa naissance possédait la mémoire génétique, qui a succombé à la force des générations passées, dont l'identité a sombré sous les poids d'autres vies, et qui finalement a trouvé dans la mort le seul repos au tourment de son esprit en proie à la confusion. N'avez vous pas peur?"
Elle partit d?un rire amer, avant de continuer:
- « J?ai vu votre dessein, il est inscrit dans cette espace-ci en lettres brillantes et fatidiques, qui semble clamer tout haut votre désespoir et votre obsessionnelle idée concernant l?évolution et le contrôle...
Ne l?avez vous pas encore compris? Depuis des générations vous les faites rimer au rythme de vos aspirations et de vos désirs, pour une humanité toujours plus élevée vers la connaissance... Mais ces deux mots ne peuvent se mêler, ils s?opposent!
Je l?ai compris dans les derniers instants de ma précédente vie. Je provoquai ma mort à vouloir contrôler le flot incessant de souvenirs au lieu de me l?approprier, de le laisser s?écouler en moi et de puiser à sa source. Mon suicide fut un éloge au chaos et à l?absence de contrôle. Ce fut le seul moyen afin que mes actes n?aient pas des conséquences irréparables, la seule manière de modifier une situation qui stagnait et devenait dangereuse...
Et vous espériez me ressusciter, faire de moi un ghola au même titre que Duncan. Vous pensiez ne prendre aucun risque, en modifiant certains de mes gènes afin d?inhiber certaines caractéristiques, tel qu?une possession trop précoce de la mémoire génétique. Vous semblez oublié qu?elle est inscrite dans tout mon capital génétique. Je l?avais en moi, et il m?a suffi de tendre la main vers la toile de l?espace temps, de frôler les fils ondulés de nos destins si diverses, pour accueillir en mon regard les particules irisantes de cette mémoire qui nous entoure... »
Le regard de maria s?agrandit à l?annonce de cette possibilité.
Un sourire se dessina sur le visage de Jessica.
-  «  N?ayez crainte. A votre différence je ne souhaite pas tenir les rênes de ma destinée- et de la votre, par conséquent- dans mes mains. J?ai effleuré ce présent qui m?a été fait, mais je connais les dangers d?une telle entreprise. Je sais uniquement ce que j?ai besoin de savoir, pour le moment. Je ne désire porter en moi ce passé qui me détournerait de mes préoccupations actuelles. Vous traînez vos vies tel un fardeau et vous vous plaisez à souligner les responsabilités qu?il implique. Vous vivez par ces responsabilités, bien souvent imaginaires... »
Cela en fut trop pour la révérende mère
-  « Pour moi tu restes Jessica, et ce ton méprisant ne m?impressionne pas. Toi aussi tu portes ton passé, les souvenirs de ta première vie ainsi que le poids de toutes ces voix qui ont depuis ta naissance bercée ta vie jusqu?a ta mort. Elle constitue ton être, et tu ne serais pas celle que tu es à présent sans ces souvenirs, leurs empreintes dans ton esprit et ton corps. Ainsi que les souvenirs de Jessica. Tu ne peux dénigrer l?importance du passé dans la vie d?un individu sous prétexte qu?il implique des responsabilités ralentissant parfois l?évolution. »
-  « Je ne nie pas son rôle dans le changement, qui n?est possible et bénéfique que par l?existence de la mémoire. Ce que je vous reproche, c?est de vous en servir comme cadre d?évolution. Vous acceptez l?existence d?un futur tout en le maintenant dans des cadres rigides, dans des définitions obsolètes, avec des significations qui n?évoluent pas. J?en suis la preuve vivante. Vous faites revivre le passé, et vous espérez qu?il obéira à vos règles, et qu?il suivra l?orientation désirée? Je ne m?épanouirai pas dans vos significations, elles sont en décalage avec cet environnement... Vous adoptez les mêmes comportements depuis des générations, vous prêchez les mêmes enseignements, vous utilisez les mêmes symboles pour décrire la vie qui vous entoure.. et vous vous étonnez de votre dégénérescence!
-  « Cette planète a peu évolué, » l?interrompit la révérende mère, «  nous vivons dans le même environnement.. Pourquoi devrions nous imposez des changements qui ne sont pas nécessaires et qui serait coûteux à notre organisation sociale? »
- « Cet environnement est fixe car vous le tenez sous votre joug, il ne peut changer. Par conséquent vous non plus. Vous battez des ailes dans votre propre toile, alors que vous possédez les lames permettant de la couper. Vous refusez de vous en servir par crainte de tomber. Pourtant, un jour ou l?autre, la toile cèdera sous votre poids, et la branche cassera. Vous mourrez, mais l?arbre débarrassé de votre présence pourra à nouveau s?étendre, fleurir, et donner des fruits. »
Le silence se fit. Chimène se décida à parler.
- « Ces discussions sont vaines dans l?immédiat, il nous faut réfléchir ensemble à la meilleure conduite à suivre. »
 Maria opina de la tête. La colère de Jessica faiblissait à mesure que grandissait sa fatigue. Ses jambes extrêmement lasses se dérobèrent l?espace d?une seconde sous elle. La mère supérieure la soutint.
- « Tu as besoin de te reposer, pour le moment. »
- « C?est exact, je suis fatigué. Je vais m?allonger quelques heures. Je pense que vous devriez en faire autant,  dit-elle en fixant Maria. « La corde tendue au-dessus du gouffre qui semble nous narguer devra attendre. »
Sur ce, Jessica quitta la chambre afin de rejoindre ses quartiers, ou elle espérait pouvoir enfin se retrouver seule et réfléchir à touts ses changements. Ses deux personnalités, confrontés l?une à l?autre, créaient des frictions. Il faudrait un certain temps avant qu?elle puisse s?accorder en toute harmonie. « Si seulement Duncan était la... » Cette résurgence du passé se fit jour douloureusement en elle. Le recul lui permettait de comprendre la réaction de Duncan à leur rencontre. Elle savait sa souffrance en cet instant comme si elle lui appartenait. Résistant à la fatigue qui emplissait tout son être, elle se mit à sa recherche, avec pour écho de ses pas la souffrance de retrouver une partie d?elle même, qui trop longtemps disparue aller nécessiter de réveiller d?anciennes blessures afin de recomposer cet être morcelé, entre un passé douloureux et un présent si différent.


Duncan errait de pièces en pièces, sa rencontre avec Jessica l'avait perturbé à un tel point qu'il ne parvenait pas dans l'immédiat à réfléchir correctement. Les sens à l'agonie, il tentait vainement de rassembler ses idées. Il décida de se réfugier dans l'une des pièces cachées adjacentes au couloir, d'ou il apercevrait par l'intermédiaire d'une glace sans teint le passage des s?urs. Couché sur un lit de fortune installé pour ses hommes qui surveillait la sécurité du complexe, il s'apercevait de l'inutilité de cette tache. L'endroit était désert et il devait souvent en être le cas. La communauté possédait un véritable don pour persuader les gens de l'utilité de leur rôle, les tenant par la même sous le joug d'une illusion ou chaque faux semblant était soigneusement calculé afin de devenir plus crédible qu'une réalité  incohérente et dévalorisante pour l'individu.
Duncan semblait ouvrir pour la première fois les yeux sur sa condition, être enfin capable de cerner certains aspects de sa situation, qu'il n'avait vraisemblablement pas perçu auparavant, sans doute par complaisance. Elles n'avaient nul besoin de lui en tant que bashar. Il n'avait aucune utilité dans un monde ou la seule présence consistait en une communauté féminine, qui de surcroît s'était toujours attaché à la préservation de l'humanité! Elles l' avait ressuscité pour une autre raison qui ne prenait sens que dans la tension actuelle: des sueurs glacées parcouraient son dos alors qu'il évoquait dans sa tête le plan mis en oeuvre pendant toutes ces années par les s?urs afin de lui faire croire à sa mission, de rendre sa vie anodine, semblable à la leur.
Sa lente prise de conscience lui fît l'effet d'un réveil brutal: il se sentit enfin en accord avec son passé et ses multiples vies, tout deux reliés par le lien indéfectible qui l'avait cousu grâce aux personnes qui avaient croisé son chemin et dont il avait partagé un instant de vie ainsi qu'un un savoir inaltérable et inestimable, dormant à présent dans ces gènes si chèrement convoité à des fins encore mystérieuses.
Le regard perdu dans un vide insondable, il ne vit pas venir la jeune fille, aussi invisible et silencieuse qu'un souffle de vent. C'est la parfum de l'épice qui fit réagir le jeune homme, habitué à maintenir tout ses sens en éveil.
Il ne se retourna pas.
-" Comment m'avez vous retrouvé?" demanda t'il posément.
- " je connais très bien les lieux, et je me suis demandé: ou irais je me cacher si je désirais observer sans être vu?"
Duncan tressaillit, Les intonations de sa voix était trop proches de celle qui l'avait aimé, cela lui était insupportable. Malgré ses nombreuses années d'existence, et parmi toutes les femmes qui avait partagé son intimité, Alia restait son premier amour, celui dont même le temps ne peut défraîchir ses couleurs, vivaces et empreintes d'un sentiment intemporel.
-" que faites vous ici? A quelle fin me cherchez vous? Si vous désirez une explication, ne vous adresser pas à moi mais à celle dont vous faites partie. Mais je doute qu'elle vous donne une explication qui vous satisfasse pleinement. Comme toujours."
- " Je n'ai pas besoin d'explication, je sais qui je suis. Es tu sur de le savoir aussi?"
- " Ne jouez pas à ce jeu Bene Gesserit avec moi! vous êtes toutes les mêmes, plus perfide et rusée les unes que les autres! "
Jessica fut profondément blessée, elle n'entendait pas ses propos de la même façon. elle se tut. Duncan sentit une tension palpable derrière son dos. Cela n'était pas du à son entraînement ou à ses talents cachées de mentat, mais plutôt à une empathie exacerbée par la présence de la jeune femme.
- "Je suis désolé." Il eut le courage de se retourner. La jeune fille gardait les yeux baissés, ne pouvant soutenir le regard du jeune homme.
Quand elle releva la tête, Duncan comprit ses réticences, car miroitait dans l'éclat pâle de ses yeux verts la présence d' Alia, absente de leur première rencontre. Aussi fugace soit elle, il avait perçu seulement la ressemblance physique.
- " Je suis elle, Alia. Telle qu'elle était avant  son aliénation. Pourtant je suis différente car je ne possède pas la mémoire génétique qui a formé son esprit dans le ventre de sa mère quand elle a absorbé la liqueur d'épice, et qui l'a condamné à partager ce fardeau. J'ai cette personnalité avorté dont les composantes sont cruellement absente. Et je suis aussi Jessica, avec ses 17 années de souvenirs, son essence et son être. Je possède le corps et la vie d'une personne incomplète, extrêmement vieille de par sa mémoire, et je dois l'assembler avec mon autre moi, jeune et effrayé par ce qui lui arrive. Effrayé de son aîné avec qui elle doit cohabiter, et effrayé de cet amour sans limites qu'elle lui a transmis. Notre amour. "
L'émotion véhiculée par ses paroles, le choc de la nouvelle présence d'Alia, la transe de l'épice eurent raison de ses forces aussi conséquente soit elle. Elle vacilla, et Duncan la retint, avant de l'allonger sur le lit. Épuisé, et se sentant en sécurité, elle se laissa aller au sommeil. Duncan, debout prés d'elle, la regardait, revoyant dans chacun de ses traits, dans ses cheveux, ou dans son port de tête Alia, inaccessible et fragile, déjà prisonnière  à la naissance d'une vie qu'elle n'avait pu choisir, condamné à revivre éternellement celles des autres avant elle, et qui plus que tout constituait le noyau dur de sa personnalité. Pourtant il sentait que la jeune femme étendue prés de lui, avait en elle cette potentialité restée inaccessible à la précédente Alia: la capacité de tourner son regard vers un futur qui n'était pas une reproduction du passé, la chance de contempler des chemins nouveaux ou la mémoire ne constituait que le seuil de cette vision.



Maria, allongée sur son lit, essayait de se reposer mais elle n'y parvenait pas. Les évènements de ces dernières heures avait bouleversé son esprit, et ce malgré sa capacité à surmonter les situations de crise. Elle ne comprenait toujours pas ce qui avait pu motivé Jessica à accomplir un acte aussi contraire à ses modes de pensées, inculqués depuis l'enfance. Elle suspectait que cette tendance émotive et fougueuse résidait dans les gènes atréides, qui leur donnait un soupçon d'imprévisibilité dont le caractère soudain avait dans le passé desservi les projets des s?urs. Pourtant  elle connaissait  l?intérêt de posséder un tel don dans la situation actuelle, d?autant plus qu?il était profondément absent du potentiel génétique des s?urs. Elle était dorénavant sur que leur plan ne se déroulerait pas comme prévu. Le mal était  fait, le réveil de la première personnalité de Jessica aurait du se dérouler dans des circonstances strictes afin d'éviter que la personnalité d'Alia reprenne le dessus sur la jeune fille encore fragile. Désormais, Jessica détenait entre ces mains son destin ainsi que celui de toute la communauté.
Elle poussa un soupir, ne sachant pas encore comment elle allait se positionner dans cette situation difficile. Devait elle s'en tenir au plan, ou aviser au fur et à mesure?
 Ce concept paraissait aberrant pour une s?ur Bene gesserit, mais la fatigue et les responsabilités qui pesait sur ses épaules l'amenait à un raisonnement inhabituel.
Elle entendit un léger bruit derrière elle et se retourna brusquement. Elle fut très surprise de découvrir la silhouette de Duncan qui l'observait silencieusement.
- "Bonjour Maria. "
Elle compris immédiatement que sa présence avait un lien certain avec la résurgence de la mémoire seconde chez Jessica.
-" Est ce toi qui a réveillé Alia?"
-" Non. La décision vient d'elle, je pense" Son ton était froid et glacial. Elle sut immédiatement qu'elle avait perdu quelque chose d'important en le trahissant: non sa confiance qui ne lui avait jamais accordé, mais son respect. Elle ne put s'empêcher d'en être attristée. Son attachement à cet homme était indéniable: cette faiblesse la mit hors d'elle.
- "J'ai pris cette décision en toute connaissance de cause. Et je ne la regrette pas. Je ne pouvais rien te dire, car cela aurait compromis la bonne marche du plan."
Duncan rit:" Pour ce qu'il en reste de vos grands projets échafaudés dans le plus grand secret! Que comptez vous faire d'elle? "
Elle ne répondit pas immédiatement, mais le fixa intensément.
-" Vous vouliez nous unir, comme nous l'avons été dans la passé. Pourtant je ne parviens pas à saisir le but final, que vous semblez poursuivre avec tant d'acharnement."
La Mère supérieure  lui sourit:
- "tu n'espères quand même pas une réponse de ma part?
-" Non, je ne vous connais que trop bien. Je découvrirais ce que vous recherchez, comptez sur moi."
Sur ce il se détourna brusquement. Avant de quitter la pièce, il ajouta:
-" je vais partir immédiatement pour le désert avec Jessica afin d'y passer quelques jours. Et cela avec votre accord. Vous ne pouvez me le refuser, je détiens entre mes mains le pouvoir de résoudre le conflit de personnalité qu 'elle subit actuellement. Vous ne pouvez accomplir cela.  Votre erreur fut de construire un avenir ou elle constitue le principal sous-bassement. Par conséquent vous êtes paralysé, votre seul recours est de me faire confiance. Le ferez vous?
Maria inclina discrètement la tête. Sur ces derniers mots il s'éloigna.
 Il avait raison sur certains points. Dans l'immédiat elles étaient immobilisées, le temps que Alia et Jessica se réunissent pour constituer une configuration unique. Dans les conditions actuelles seul Duncan, ainsi qu'une méditation propice dans le désert aiderait à cette transformation. Leur retour marquerait l'heure de vérité. Tôt ou tard ils découvriraient leur but. Maria espérait avoir le temps auparavant de réaliser ce pour quoi elle s'était torturé durant toutes ces années, hanté par les visions prescientes du danger qui sonnait à ces oreilles comme le glas d'une mort annoncée.
A ce moment un lien s'établit avec l'espace, en provenance du vaisseau avec qui le contact s'était rompu deux jours auparavant.
- "Mère supérieure, nous avons eu un incident et nous n'avons pu garder le contact. Duncan en est à l'origine, il semble avoir disparu."
Un sourire se dessina sur les lèvres de la Mère supérieure:
-" je suis au courant."
La difficulté de la conscience est qu?elle est indicible, les mots sont limités par un cadre rigide et étroit alors qu?elle effleure l?infini de l?imagination.»

Hors ligne Matou

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CORIOLIS
« Réponse #7 le: avril 10, 2007, 11:28:06 am »
La suite SVP! :)
Quand je suis plus faible que vous, je vous demande la liberté car cela s'accorde à vos principes; quand je suis plus fort que vous, je prends votre liberté car cela s'accorde à mes principes.
:userbar-dar2:

Hors ligne odrade

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CORIOLIS
« Réponse #8 le: avril 10, 2007, 01:38:20 pm »
pardon, je pensais que tout le monde avit démissionné en cours de route ;)
la suite donc :

CHAPITRE 7


Le désert dont les reflets purs sous la lune    
révèlent une myriade de couleurs brunes    
l'ocre et le rouge sang s'entremêle incessamment                        
dans les rafales de sable emportés par le vent

A mes yeux ébahis se dévoilent l'immensité
D'un terre encore vierge des atrocités
s'étalant dans le temps qui n'a aucune prise     
Sur les dunes mouvantes frôlées par la brise    

Mes pas s'effacent tel des ruines anciennes    
dont les vents répétés  érodent la pierre          
Ce paysage  a valeur d'éternité             
inaltérable est cette terre dépeuplé             

Le silence y est une notion humaine
Illusoire dimension, mince parcelle
D'une étendue stérile et qui pourtant recèle
Les merveilles cachées de la vie souterraine

Mon regard contemple le sable qui voltige
un instant de vie sous une lune pale
un peu de chaleur par une nuit glaciale
Un  éclat de temps ou se suspend mon vertige.



Jessica portait son regard sur l'immensité du désert qui s'étendait à ses pieds, étendue mouvante aux couleurs de feu dont les dunes envoûtantes l'exhortait de mêler son souffle aux tempêtes de sable. Duncan, à ses cotés, l'observait, semblant saisir les sentiments qui la traversait de part en part. Elle poussa un soupir.
- " Je suis éreintée, cette lutte quotidienne ... Je n'en peux plus. Dans ses intonations, Duncan entendait la jeune fille de 17 ans à peine, qui ne savait comment concilier sa personnalité avec celle d'Alia. Celle ci semblait endormi, sa présence vivace lors de la confrontation avec les révérendes mères semblait s'être apaisé. Elle réagissait en fonction du danger ambiant. Jessica puisait en Alia la force et la maturité nécessaire à une discussion avec Maria. Duncan comprenait l'absence de la personnalité de sa bien aimée: leur confrontation lui était encore difficile. Il s'avança, faisant face au désert, s'immobilisa en haut d'une dune, et planta le marteleur qui aussitôt se mit en branle. Le bruit sourd résonnait et emplissait l'espace se déroulant devant eux. Jessica le rejoint.
- " Tu as peur?"
La jeune fille se retourna:
- "Non. N'oublies pas que je suis né dans le désert. Deux fois. "
Elle sourit, et releva la tête comme si un poids s'échappait de ses épaules, tel le sable soulevé par le vent et qui coulait en ondes fines le long de son dos. Elle saisit les hameçons, et attendit. Le ver géant signala sa présence à travers les vibrations qui agitait le sol. Puis il s'éleva hors de son repère dorée, élança son long corps annelé à la conquête d'une apesanteur éphémère  avant de retomber lourdement sur le seuil de la dune occupé par les deux enfants du désert. La jeune femme dévala avec légèreté la pente et lança ses hameçons, qui retombèrent en une prise parfaite sur le dos de l'animal.
Elle se hissa, Duncan à sa suite, et repositionna les crochets pour orienter l'immense masse vibrante vers le grand désert.
 Le vers se rua avec une force prodigieuse en direction du soleil. Ces derniers rayons inondaient une terre vierge dont le constant renouvellement préservait sa beauté intacte et pure, échappant par ses constantes ondulations à la force du temps et à son inévitable entropie.



Assise sur un roc surplombant l'étendue fauve, Jessica profitait du silence environnant afin d'apaiser son esprit en proie au doute. Dans sa tête résonnait encore l'alarme de danger qui semblait-il ne la quitterait plus. La peur envahissait tout son être et la parcourait comme un courant énergétique qui enserrait ses organes et prenait le contrôle de ses mouvements durant son passage, tel un serpent dont chaque ondulation provoquait un ras de marée qui perturbait le précieux et délicat équilibre du sol sableux et mobile. Jessica était comme ces grains de sable, qui subissait la force inéluctable et gravitationnelle, dont les configurations mouvantes obéissaient au moindre souffle de vent.
Son corps ne lui appartenait plus. Il semblait appartenir à la terre tout entière, chaque mouvement était inscrit dans sa chair et donnait lieu à des bouleversements intimes de son esprit et de son être. Elle était comme une immense boussole dont les aiguilles obéissait aux fluctuations des énergies physiques et magnétiques, s'affolant régulièrement au rythme de sa peur qui accomplissait la lente traversée de son corps pour la énième fois.
Elle ne pouvait résister, la panique se répandait tel une ombre sournoise et Jessica ne savait comment l'arrêter.
Elle tremblait. Un crissement se fit entendre derrière elle, et ce son résonna douloureusement à ces sens accrus par l? angoisse. Elle se retourna brusquement et aperçut Duncan qui sortait du sietch dans lequel ils avaient trouvé refuge. Il lut rapidement dans ses yeux le désespoir qui semblait l'envahir. Il revit un instant Alia les derniers temps de sa précédente vie, ou il avait pressenti le drame dans la tristesse et la résignation de ses yeux verts. Mais il ne voulut pas  se laisser influencer par ses anciens souvenirs. Il devait s'occuper d'elle. L? énergie du passé devait être transformé en un flux bénéfique et créateur, afin de ne plus former une boucle sans fin dont l'incessant passage vient à bout des esprits exigeant en proie aux remords. Il s'assit prés d'elle et la regarda.
Elle fixait le désert cherchant par delà les dunes ensoleillées ce qui était inaccessible à son regard, mais qui caché dans la fraîcheur du sol attendait des températures plus favorable: la vie. Des parcelles précieuses avaient survécu dans cet environnement aride, et la vie préservait jalousement en son sein protecteur ses représentants afin qu'ils perpétuent délicatement son énergie créatrice. Jessica percevait tout cela comme si elle même n'était qu'une ramification des longs tunnels qui peuplaient le sous sol du désert.
-" j'ai peur. Je suis paralysée de peur. Pourtant je peux sentir dans mon être la plus infime vibration du désert, les ondulations d'un vers géant à une journée d'ici, et entendre le vol prudent d'une chauve souris regagnant son nid. Je ne parviens pas à comprendre ce qui m'arrive. L'épice et l'apparition d'Alia doivent être à l'origine de tout ces changements."
-"ils sont dus  à l'absorption d'épice. Elle multiplie les sens, d'ou ce sentiment d'omniscience qui te traverse en ce moment.
 Normalement tu ne devrais plus ressentir cela depuis des heures."
- "Connaissance Bene gesserit?"
- "Non."
Le regard de Jessica scrutait Duncan, intriguée par ses dernières paroles. Un sourire se dessina sur ses lèvres.
- "Expérience personnelle."
La jeune fille semblait attendre patiemment la suite.
-" Les révérendes mères ont voulu enlever de mes cellules mes capacités de mentat qui leur ont valu cette escapade dans l'espace, et la perte du reste de la civilisation. C'est impossible, mais elles ne le savent pas. Cette capacité est inscrite dans chacune de mes cellules. Elle fait partie de moi, même si elle ne fut pas toujours exploité.
Je la possède encore. Elles ne l'ont jamais su, même si certaines l'ont soupçonné."
-"Maria?"
Il acquiesça en silence, avant de poursuivre.
-" Durant mes longues missions dans le désert avec mes hommes, j'ai pris de l'épice afin de tester ces capacités. Je connais bien ces effets."
- "As tu eu des projections mentats?"
- " Oui. Je voyais Alia. J'ai alors pensé que mon passé si dense m'empêchait de voir l'avenir. C'était faux. Mon avenir s'est profilé devant mes yeux, et je n'y ai vu que le reflet du passé."
Un sourire se dessina à son tour sur le visage de la jeune fille, creusant des fossettes dans ses joues délicates.
-" Ce que tu as cru n'est qu'une allégorie de la condition humaine, contemplant infiniment le passé, et incapable d'y discerner les traits de l'avenir. La peur de l'inconnu est si forte qu'elle paralyse le regard de l'homme qui projette dans la psyché future les images rassurantes d'un passé révolu, sans se douter que cet acte le rapproche un peu plus du futur, dont les fines gravures s'inscrivent dans l'écorce de nos souvenirs.  Ce que tu as vu appartient au même arbre, celui que nous contemplons en cet instant, en nous demandant la hauteur et la direction de ces branches. "
- "J'aurais du voir la différence. Je l'ai perçu mais je l'ai refusé."
IL se tourna vers elle, la regardant droit dans les yeux.
-" Je l'ai refusé de peur d'abîmer mes souvenirs, de peur d'abandonner cet amour qui m'a constitué. Mais je sais à présent que cet amour n' appartient pas au domaine du souvenir, mais s'inscrit dans un présent qui lui confère une vigueur inattendue, et qui lui concède pendant un temps ses forces bénéfiques. Mon amour a changé. Il a adopté une nouvelle forme, mais son essence est préservée. Il est éclatant et semble grandir au même rythme que l'entropie qui nous emporte tous. »
Jessica se sentit inonder de douceur par ses paroles belles et guérisseuses, qui semblait apaiser durant un instant ses sens à l'agonie, les plongeant dans une mer de cristal ou il serait préservé des éclats du temps. Ses défenses cédèrent et elles se laissa aller. Elle appuya sa tête au creux des bras de Duncan. Pourtant un frisson glacé la parcourut, et elle se crispa.
- " C'est elle que tu aimes. C'est Alia."
- Non, tu te trompes. La Alia que j'ai connu n'existe plus. Elle s'est transformée au contact d'une jeune femme, pour ne devenir qu'une seule et même personne. Elle est toi, et tu es elle. Ne combat pas contre cela. Fais lui confiance, elle peut t'aider. Laisse la peur vous parcourir, et sers toi de son expérience pour l'ignorer. Intègre cette connaissance, car elle te constitue. Intègre la dans ton être."
Jessica comprit en cet instant qu'il avait raison.
Elle était en proie à un nouveau sentiment.
 Son corps ne lui appartenait plus, il appartenait au monde grâce à la transformation provoqué par l'épice.
Sa personnalité devait à son tour intégrer le monde, et pour cela elle devait s'aider d'Alia. Elle l'appela de toutes ses forces, secouant la moindre parcelle de son être. Très rapidement elle sentit la présence de son homologue, qui emplit l'espace de son être afin d'apaiser la jeune fille fragile.
Les deux personnalités était prêtes à se mêler, ayant conscience qu'une transformation inéluctable de leur essence aurait lieu. La dualité allait s'effacer afin de donner naissance à une tierce personne, réunissant les forces et les faiblesses des deux précédentes. Leurs énergies qui s'opposaient précédemment, et se repoussaient tel deux particules aux forces contraires, harmonisèrent leur flux énergétiques. Elles se rapprochèrent dans une lente rotation avant de s'unir. Ensemble, puis une, cette nouvelle personnalité plus forte et mature que la précédente s'attela à comprendre le sentiment d'omniscience qui emplissait sa vision. Elle sentit que l'effet de l'épice serait permanent. Tout comme l'alarme de danger qui s'estompait par moment, Jessica devrait concilier avec cette nouvelle potentialité qui lui ouvrait les portes de la compréhension et par la même l'obligeait a absorber cette totalité absente du genre humain, ainsi que cette nouvelle connaissance- indissociable de ses émotions si diverses et palpables.




Jessica parcourait le sol sableux à pas lents et mesurés, dont la cadence irrégulière rythmait ses pensées rapides. Le soleil était haut à présent et lui brûlait la peau, mais elle ne s?en souciait guère. Elle s?était réveillé au coté de Duncan, avec qui elle avait passé la nuit. Leur étreinte avait signé une trêve passagère avec le cours du temps qui ne cessait de lui  rappeler l?urgence de leur situation. Ils avaient oublié l?espace d?une nuit leurs préoccupations afin de laisser place à un amour inassouvi, intense et fougueux. Leur union sous la lune pale avait des reflets d?irréalité au vu de l?étrangeté de la situation. Mais Jessica avait savouré ce moment, préservant ses contours de l?analyse afin de le maintenir pur et intact dans sa mémoire. Elle avait ressenti au petit matin le besoin de profiter du calme du désert, afin de méditer sur ce qu?ils devaient faire.
La beauté rougeoyante et sauvage de l?étendue dorée possédait un pouvoir apaisant, comme si la vie qu?elle abritait en son sein, par sa lenteur et sa sagesse, rappelait à l?homme que l?instinct est parfois plus apte à résoudre les questions de survie. L?instinct de Jessica se rappelait à elle à chaque instant, battant comme un c?ur au rythme de son alarme intérieure.
Le crissement du sable sous ses pieds étaient accrus par le silence environnant. Elle s?assit sur le versant d?une dune, sans se soucier de l?apparition d?un vers. Elle avait confiance en sa capacité d?imitation des bruits du désert. Elle plongea lentement ses mains dans le sable chaud. Elle se laissa envelopper par le sentiment de protection que lui offrait son abri mouvant, dont les mouvements infimes parcouraient ses veines sous jacentes. La vie parcourait ce sang, comme elle habitait cette terre aride, qui donnait pourtant l?illusion d?être stérile. Elle sentit que cette illusion habile de la nature  qui savait préserver son essence sous des revers insignifiants, revêtait  une signification importante, qui la troubla profondément, sans qu?elle puisse en deviner le sens.
Que lui offrait le désert en cet instant ? Le mouvement de ses doigts fit naître une odeur de Cannelle, qui emplit rapidement la brise brûlante. Jessica rit, et ce rire métallique était comme une lame acérée. Est ce la ce don ? Un avenir dont je ne peux que saisir le danger, sans en comprendre le sens ? la vision d?un homme aveugle ?
Ou les pressentiments d?une enfant trop jeune pour en saisir la gravité ? Je ne veux pas de ce cadeau. Il est empoisonné.
La jeune fille se releva et regagna le sietch. Duncan se tenait sur le seuil. Son regard perçant semblait vouloir saisir l?ensemble du désert.
-«  Une sensation étrange m?habite lorsque je parcours le désert. »
Jessica attendit que Duncan approfondisse sa pensée.
- « cette terre magnifique possède une beauté sauvage qui ne peut être domestiqué sous peine de perdre son charme. Elle est vierge. C?est pourquoi elle recèle autant de possibilités. On peut essayer d?en prendre le contrôle, on peut la modifier afin qu?elle corresponde à nos désirs... Mais en faisant ce choix, on réduit l?étendue de ses capacités. Elle redeviens alors une terre sans intérêt. En fait son mystère et son aura repose?sur son indétermination. Nous possédons en nous cette absence de nature, et nous le gâchons par des choix qui bien souvent ne sont pas nécessaire et qui réduisent nos potentialités. Pourquoi ? Car nous avons peur de laisser l?humanité s?étendre dans un éventail de probabilités, nous refusons la patience que nécessite tout choix ainsi que la réflexion qui devrait l?accompagner, afin de nous prouver à chaque instant que nous possédons encore notre libre arbitre. J?ai l?impression de détenir entre mes mains la clé et de ne pas en saisir encore la nature ni la signification. »
- «  je sais, il se trouve que je partage cet impression. Je crois que l?on ne saisit pas encore cette situation dans son entièreté car nous sommes au c?ur de cette trame, et qu?il nous est impossible de comprendre pleinement le rôle que nous allons jouer.
Je suis au centre de leur projet. Je l?ai vu. Tu l?es toi aussi. Elle voulait que l?on se retrouve à un moment planifié par leur soin, dans des conditions contrôlées..
Elle savait que notre attirance nous réunirait, même si on répondait à leur désir en se rapprochant. La force de notre amour va au delà de la volonté de leur résister. Je ne parviens pas à saisir pourquoi ils nous ont tout les deux ressuscités.. afin que l?on finisse?quoi ? »
Duncan répliqua :
- « elles désiraient sûrement un enfant de nous. Elles m?ont toujours utilisé comme leur étalon, » lanca t?il d?un ton acide et méprisant.
 Le regard de Jessica fixé sur le sable nu et intact répondit à la question qui s?imposait à son esprit.
- «  Elles voulaient un enfant vierge de ce passé que nous possédons tout les deux, et qui les empêche de nous manipuler. Elles désiraient notre capital génétique et tout les trésors qu?ils contient, sans les contraintes de mémoire. Un enfant indéterminé, au capacité immense et aux potentialités indéniables, libre des chaînes du passé qui les retient en leur refusant une vision neuve leur permettant de sortit de cette impasse. Un enfant réunissant l?énergie de la prescience ainsi que la capacité de maîtriser ce don, offerte par des aptitudes de mentat, un enfant dont elle pourrait orienter le devenir afin de le faire correspondre à leurs attentes. Une nouvelle sorte de Messie, dont les visions seraient utilisée afin de permettre la survie de leur groupe. Un enfant dont le devenir ne dépendrait que de leur volonté. »
- «  Quelle est elle ? »
- « De créer un navigateur capable d?utiliser ses visions prescientes afin de les ramener dans l?univers connu, afin de retrouver l?humanité perdue. »
Les paroles de Jessica horrifièrent Duncan.
- «  Elles avaient perdues leur humanité bien avant de se perdre elle même dans l?espace »





CHAPITRE 8



« Quelle est la fonction de nos cinq sens? Nous communiquer la réalité de ce monde; ou au contraire sont ils le miroir des projections et des illusions de l?esprit humain? »


Duncan parcourait lentement de ses grandes enjambées la salle de réunion du sietch, spacieuse et sombre, qui en cet instant lui renvoyait l?écho de ses pas.
Il réfléchissait aux paroles de Jessica, et reconsidérait toute sa vie à la lumière de ces révélations. Il constatait, horrifié, que chacune de ces paroles partagée avec les révérendes mères servaientt leurs desseins subtilement cachées derrière chacun de leurs gestes, ayant pour unique but de l?amener dans des conditions optimales à sa rencontre avec jessica. Heureusement leur plan ne s?était pas déroulé comme prévu.
Il avait déjà sacrifié son amour avec Alia une fois, et il avait du abandonné à l?univers connu  Murbella, la mère de ces enfants, dont le destin était de devenir mère supérieure.
Il se refusait au sacrifice une nouvelle fois pour une cause obscure qui ne pouvait apporter d?évolutions bénéfiques. Les s?urs se complaisaient depuis des générations dans l?illusion : l?illusion de leurs rôles dans un monde qui ne nécessitait plus leur présence, l?illusion de leur mort face à une vie qui reprenait ses droits, l?illusion de leur pouvoir face à leur amour.
L?épice absorbée quelques minutes auparavant accomplissait son ?uvre, et il se retrouva rapidement dans un monde éthéré ou son esprit libéré de la gravité et des lois de ce monde-ci, étalait ses minuscules filaments synaptiques. Telle une mer de tentacules, ses connections entraient en contact avec les ions fluides et évanescents qui occupaient chaque particules sableuses emplissant l?espace du sietch. Lentement, il étalait ses questions à la surface de l?univers, essayant par delà les réseaux habituels de communication, de capter les réponses dans la surface miroitante de l?énergie mouvante et incolore. Son cerveau habitué aux exercices mentats traitaient les informations, qui affluaient dans son esprit en proie à une hyper conscience lui ouvrant les portes de l?omniscience. Sur la base de ces connaissances nouvelles, il reconstruisait la toile du passé afin de définir la structure de l?avenir et ses directions, dont les fils inconstants donnaient à Duncan de précieuses indications  quant à la force du courant qui dirigeait cette toile fragile en proie à de fréquentes modifications. Il revivait douloureusement nombre de ces discussions avec les révérendes mères.
Tout leurs enseignements reposaient sur la compréhension de l?environnement par l?intermédiaire des sens, dont le contrôle subtil était à même de renseigner les jeunes femmes sur les possibilités s?offrant à elle dans de telles circonstances. Elles parvenaient à une analyse aussi fine que minutieuse des comportements physiques et humains. Elles pensaient avoir acquis une vue différente de par leur plus grande concentration, elles pensaient être à même de saisir la véritable structure de leurs univers par l?intermédiaire d?une volonté inflexible dirigée sur l?observation.
Les sentiments n?avaient pas leur place dans un monde dirigée par le verbe. Ceux ci étaient distillés à doses infimes, sous le joug acéré de l?esprit des s?urs. Ils avaient perdus leur véritable nature ainsi que leur fonction première. La sensation en tant que sentiment n?est pas un stade basique de traitement sensoriel, elle est au contraire un  instrument permettant à l?homme de discerner ce qu?il ne peut saisir par les sens, elle donne accès à cette partie de l?univers insaisissable, onirique et impalpable, dont les fluctuations décide du devenir de chaque particule et sont à l?origine des plus grands changements. L?homme est persuadé que cette source d?énergie qui nous inonde d?émotions et nous laisse une impression mystérieuse n?est qu?une projection psychique provoquée par leurs désirs et leurs aspirations. En fait cette part d?inexplicable  appartient au monde en lui même et est perçu par l?homme sous forme de sentiments et d?impressions.
Les révérende mères avait commis les mêmes erreurs, car rare était ceux qui avait saisi l?importance de l?émotion dans le cours du temps. Les s?urs s?étaient réfugiées derrière leur savoir et leur contrôle afin de ne pas traiter les sentiments, et entretenaient l?illusion de leur maîtrise. Elles qui pensait appréhender la réalité dans son ensemble ne traitaient qu?une partie de celle ci. L?illusion construisaient la partie manquante. Leur esprit était modelé par la cruciale nécessité de maintenir l?équilibre de leur ordre, l?équilibre de leurs schèmes mentaux,
Duncan rit intérieurement, car il prenait conscience de l?ironie qui rythmait la vie des s?urs. Ses créatrices de religion ne se différenciait pas de leurs cibles: elles fonctionnaient sur la base d?une foi inconditionnelle dans leurs capacités et dans la portée de leurs actions. Elles étaient persuadées de  l?importance de leurs actes dans la survie de l?humanité.
« Les s?urs veulent croire au bien fondée de leur plan, » Pensa Duncan.  « Je vais les aider à s?en convaincre. »



Maria dévalait rapidement les escaliers menant au réfectoire. On venait de lui annoncer le retour de Duncan et Jessica, qui l?attendait dans la grande pièce afin de parlementer.
Elle se doutait que la discussion ne serait pas évidente. Elle était effrayé à l?idée de ce qu?ils avaient pu découvrir, elle pressentait que leur séjour en tête à tête leur avait permis de méditer sur les derniers évènements. Cacher l?essence de leur plan à une future Bene gesserit et un mentat ne serait pas aisée, d?autant plus que leurs gènes respectifs leur offrait des potentialités importantes, que Maria espérait percer à jour. Si elle en avait le temps.
Lorsqu?elle arriva, Duncan et Jessica l?attendait patiemment, assis à l?une des tables telle deux statues de marbre.
Maria s?approcha de Jessica, et vit une nouvelle sérénité émaner de son doux visage.
-« Il semble que tu ais retrouvé la paix. Tu as concilié tes deux personnalités. » elle se tourna vers Duncan :
- « bravo, duncan. »
Un long silence s?installa : la tension était palpable entre les deux parties en présence. Chimène, au coté de Maria, évaluait la situation à l?aune du regard de Duncan, rivé à celui de la mère supérieure.
Enfin, Jessica prit la parole.
- « Quand je plonge mon esprit dans mon passé, je revis chaque instant du calvaire d?Alia, ces doutes et son angoisse face à cette horde de fantômes qui avait envahi son âme. La mémoire commune que vous octroyez est un lourd fardeau, pourtant vous poursuivez votre quête en ressuscitant des personnages passés avec leurs lots de tragédie et de malheur.
Depuis que vous possédez la technologie tleilaxu, vous n?avez eu de cesse de réveiller ceux dont les gènes ou le savoir vous était précieux, sans vous soucier des conséquences. Quand l?ancien Duncan s?est échappé et vous a entraîné dans cet univers, vous auriez du en tirer les leçons. Mais vous ne l?avez pas fait. Aujourd?hui vous payez chèrement vos actes, mais vous les reproduisez afin de vous extraire de ces conséquences fâcheuses? c?est ce qu?on appelle? l?ironie du sort, n?est-ce pas ?
Maria ignora cette remarque incisive.
- « En effet nous vous avons tous les deux ramenés à la vie, afin de vous réunir. Notre passé nous empêche de progresser et de considérer quel sera notre avenir?
 Nous avions besoin de mettre à jour certaines potentialités, qui serait à même de nous aider dans la recherche d?une solution. Vous êtes deux personnalités hors du commun, qui ont toutes les deux modifié l?histoire de l?humanité par leur présence, même si ces changements furent infimes.
Vos actions aussi dérisoires soient elles sont à l?origine de bouleversements plus grands, chacun de vos actes fut une onde qui se propagea au reste de l?humanité, induisant des transformations cruciales. Nous agissons de même. Notre ordre n?a eu de cesse d?induire des désordres minimes, qui ont lentement amené à  une inversion des forces en présence. L?humanité repose sur un organisation fragile qui en s?installant provoque une stase à l?origine de l?immobilisme. Un excès d?ordre conduit à l?inertie. Notre but est d?induire les forces génératrices de vie, extraites du chaos, afin de provoquer des changements nécessaires. Notre ordre est en train de dépérir, et chaque minute passé dans l?immobilisme nous rapproche de notre mort. Nous ne pouvons induire du changement car il nécessite une source psychique importante, qui nous était donné auparavant par l?humanité et ses frasques? »
Maria fit une pause, mais Duncan avait saisi sa pensée :
- « Nous possédons tout deux cette énergie psychique. Nos gènes porte l?empreinte des potentialités que nous recelons. Vous souhaitez exploitez ces potentialités, afin de survivre.. C?est pour cette raison que vous nous avez ramené à la vie. »
Jessica fit une moue dubitative.
- « Je ne parviens pas à saisir la raison de notre présence à tout les deux .. »
Maria sourit :
- «  vous êtes complémentaires. Tu possèdes des gènes atréides. Quant à Duncan, il possède en lui l?histoire de toute ta lignée, et connaît ces possibilités. Il a assisté à l?avènement du kwisatz haderach, il connaît les conséquences lorsque un individu décide de réveiller et d?optimiser l?étendue de son potentiel. Il possède en lui un passé riche en expérience. De plus, il peut exploiter ces dons de mentat. »
Chimène sursauta sous l?effet de la surprise. Duncan sourit, impressionné de la clairvoyance de la mère supérieure.
- « Vous êtes à même de nous aider afin de préserver la survie de notre groupe qui à long terme est menacé.
On ne peut le faire, car vous possédez une chose qui ne nous est pas donné : l?amour. Cet amour qui vous unit est une source d?énergie incommensurable, qui se révèle dans son entièreté lorsqu il est question de survie et de préservation de l?espèce humaine. Ce sentiment à l?origine de la vie est une source inépuisable qui a conduit l?homme à s?adapter et à survivre aux changements, en lui permettant de donner des significations au monde qui l?entoure, afin d?expliquer sa condition. L?amour est à la base de la conscience. Le votre est la clé qui ouvrira votre esprit  afin de découvrir le chemin de la vie. »

Ces paroles déconcertèrent Duncan et Jessica, qui se regardèrent intensément. On pouvait percevoir dans ce regard toute la complicité qui les unissait.
- « Pourquoi devrions nous vous aider ?, lanca Duncan sur un ton méprisant.
- « Sans nous, vous ne seriez pas réunis. En échange, nous vous laisserons vivre ensemble ou vous le désirez, sans intrusion de notre part dans votre intimité. Vous serez libre des chaînes de la nécessité qui auparavant vous ont appelé sur des fronts différents. L?histoire ne sollicite plus votre présence.
 Votre seule obligation sera de suivre notre entraînement afin de développer vos potentialités latentes qui dorment dans vos gènes. »
Les deux amants se concertèrent du regard. Longuement. Leur histoire inachevée s?était sacrifié au profit de celle de l?humanité. Cet amour si profond attendait son heure de gloire depuis trop longtemps. Maria savait exactement ce qu?elle faisait, elle avait parfaitement conscience d?offrir aux êtres qui se tenait devant elle la possibilité de réaliser leurs plus chers désirs, si longtemps refoulé dans leurs inconscients derrière des priorités nobles mais à présent obsolètes. Du moins le croyaient ils.
- «  nous acceptons. »
 La voix de Duncan semblait plus claire à présent.
- « C?est entendu, nous suivrons votre entraînement. En échange de notre vie commune. »
Maria sourit, avant de se détourner et d?entraîner à sa suite Chimène, dont la joie transparaissait dans son regard acéré.
Elles se rendirent en silence dans le bureau de Maria. A peine entré, Chimène déclama dans un long soupir empreint de satisfaction et de soulagement.
- « Vous avez parfaitement man?uvré cette situation haut combien explosive. Il semble qu?il n?ait pas percé à jour notre plan concernant leur progéniture. Et quand ils s?en apercevront?il sera trop tard.
Ils ont cru à vos douces paroles sur l?amour.. »
- « Pourtant elles contenaient une part de vérité. Je pense que mes paroles ne sont pas entièrement fausses. Leur amour est source de vie. Il faudra nous en méfier, car il leur donne une force étonnante et? dangereuse. Il est incontrôlable.
Néanmoins, il semble que tout se soit déroulé au mieux. Cette situation est de nouveau sous notre contrôle, mais il nous faudra redoubler de prudence. »
- « Je sens une ombre de doute qui plane sur vos paroles, mère supérieure. »
En effet, maria était mal à l?aise, mais elle ne parvenait pas à comprendre l?origine de cet impression. Son intuition lui soufflait à l?oreille sa litanie inquiétante, sa vision de l?avenir suspendue à un fil ne l?avait quittée et s?était amplifié durant la semaine passée. Les derniers évènements auraient du apaiser son instinct de survie.
- « Tout s?est très bien passé? Tout s?est trop bien passé? »
Ces paroles, prononcées par la mère supérieure furent comme une onde de choc. Elles concrétisèrent un sentiment ancrée dans l?esprit de Maria. Quelque chose était différent. Une donnée était modifiée. Et ce simple fait avait transformé le rapport de la mère supérieure à sa réalité.







Conclusion


"La façon dont un peuple appréhende son histoire en dit long sur les valeurs et les intérêts dominants. On ne peut qualifier l?histoire de science objective dans le sens ou elle est faite par les actions et les récits des hommes. Elle s?est construite à travers le  prisme de la subjectivité d?hommes et de femmes ayant vécu à des époques et dans des lieux  différents. Elle constitue une mosaïque vivante et changeante comprise comme une entité unique, car chaque modification du présent la transforme et révolutionne son sens. Les personnages mis en valeur traduisent les actes et les idées socialement valorisées mais ne sont que le reflet d?une réalité subjective difficilement compréhensible et transposable dans une réalité contextuelle souvent entièrement renouvelée.  L?histoire constitue à la fois la réalité et son opposé.
Sur le plan purement objectif, elle ne reflète probablement pas les évènements tels qu?ils se sont déroulés. En même temps elle est notre réalité, elle illustre ce qui fut réellement important  aux yeux des hommes et ce qui est constitutif de notre présent et de  notre futur. Nous ne construisons pas nos vies sur des chiffres ou des données pures  mais sur des significations. Ces significations sont  en filigrane dans l?histoire, elles sont  l?image vivante de notre évolution, de nos erreurs, et de nos actions, car elles sont empreintes des sentiments qui furent associés à ces actes et du ressenti des hommes par rapport  à une culture et une époque donnée. Elle est la réalité de notre passé qui ne peut se comprendre que par le regard des personnes ayant vécu  et compris les valeurs et les significations propre à chaque âge.  C?est notre regard qui modifie le monde, et c ?est à travers lui que doit être comprise notre histoire."


Maria ne parvenait pas à échapper à ce sentiment pour le moins inquiétant. Elle fit part de ces impressions à Chimène :
- « Tout s?est passé exactement comme je l?imaginais.. comme si le désir profond qui accompagne ce projet se concrétisait par la simple force de ma volonté.. »
- « Pourtant la situation était délicate, on ne peut dire que tout est parfait.. le simple fait qu?on ne puisse rallier dans l?immédiat Jessica à notre cause va nous poser des difficultés importantes. Cette situation est loin d?être l?exacte réplique de vos désirs. »
- « C?est ici que se situe ton erreur. Si l?on parvenait à réaliser nos désirs profonds, ceux qui se trouve dans notre inconscient, on se rendrait compte à quel point ces envies soumises aux contraintes de notre appareil psychique sont éloignés des lois de notre réalité. Ils obéissent à des critères tellement différents, suivent une logique propre à notre esprit qui échappent à notre raisonnement. De tout temps nous avons utilisé la force de nos désirs afin d?évoluer, car l?énergie qu ils génèrent et incommensurables.. et incontrôlables. Elle est chaotique, et tire sa puissance de ce désordre. Cette force ne peut être organisé selon notre réalité, c?est pourquoi elle habite cette part de nous même différente? qui est à même de dompter en partie cette énergie, non sans quelques difficultés et conflits. Cette situation peut être le reflet de mon désir, transformé afin de l?adapter à notre réalité et notre logique de raisonnement?ce qui le rend imparfait. »
- « Ou voulez vous ne venir ? »
- « je ne le sais pas moi même. J?ai le sentiment que cette situation n?est pas?réelle. »
Le silence s?installa. Brusquement, la révérende mère se  dirigea vers l?extérieur, parcourant d?une allure rapide les longs couloirs silencieux. Chimène à sa suite, elles se rendirent dans le hangar souterrain, à l?orée du désert, qui abritait le vaisseau revenue depuis peu de sa mission avorté. Il était à sa place, magnifique et élancé, les rayons de la lumière jouant subtilement avec les fines rainures de sa carapace nerveuse et effilé.
- « Que vous arrive t?il, Maria ? »
Celle ci ne répondit pas. Elle se força à un examen minutieux du vaisseau, ayant la nette impression que la clé de son mystère se tenait devant ses yeux qui ne savait la voir. Puis elle perçu un reflet étrange, sur le coté ouest du vaisseau, qui n?obéissait pas au loi de la lumière. Elle parcouru la longue distance qui la séparait de ce point.
- «  Vous ne voyez rien ? »
Chimène ne comprenait pas ce que lui signifiait la mère supérieure.
- « Que suis je censé voir ? »
Soudain Maria se pencha et effleura de ses doigts le reflet irréel, qui aussitôt prit vie, révélant aux yeux des deux jeunes femmes les contours sombres d?une machine dont la but n?était pas apparent. Maria la saisit, son poids était léger, elle n?en comprenait pas le fonctionnement. Sa source d?énergie était inconnu. Soudain elle cessa de fonctionner. Maria eut le pressentiment d?un danger imminent et son sang se glaça.
Elle regarda autour d?elle. Le vaisseau n?y était plus. Le toit du hangar semblait être ouvert depuis longtemps, le sol était recouvert du sable dorée et léger qui virevoltait au gré du vent.
Chimène était abasourdi :
-«  je ne comprends pas? Ou est la vaisseau ?
Maria avait enfin appréhendé son sentiment d?irréalité.
La compréhension fut amère, et s?accompagna d?une colère immense lui permettant de ne pas s?effondrer.
Sa voix devint rocailleuse, laissant place à une amertume profonde teinté d?ironie.
Elle rit, et son rire sonna comme le glas d?une mort annoncé :
«  tout ceci n?est qu?illusion, ma chère Chimène. Le vaisseau est partit, et ce depuis longtemps. Nous venons d?assister à un mirage, auquel nous avons toute crues?
Duncan et Jessica ne sont jamais revenu, hormis pour prendre le vaisseau et poser cette?machine. Nous avons simplement projeté nos désirs qui se sont concrétisés?
- « Comment ? »
- «  je crois que notre propension à la foi s?est retourné contre nous . Nous sommes des créatrices de religion, et nous avons fini par croire?à notre pouvoir, à nos actes, à notre importance?Nous avons imaginé que la volonté seule nous permettrait de construire nos rêves?Ils nous ont seulement donné l?occasion de transposer nos idées dans la réalité. »
- « Par quel moyen ? »
-  « Nous. Cette machine fonctionne grâce à notre énergie psychique. C?est un amplificateur. Une idée de Duncan ; je suppose. »
- « Qu ?allons nous faire, désormais ? »
La mère supérieure se sentit soulagé, malgré cette situation critique.
- « Je crois qu?il est temps de tirer les leçons qui s?impose. Il va falloir que nous changions notre manière de fonctionner. Radicalement. Il est le temps de s?adapter au monde ; au lieu d?essayer de l?adapter à nous. Oublions nos enseignements, et réapprenons à être humain.




Jessica se tenait auprès de Duncan et contemplait de ses yeux pales l?immensité du vide qui s?offrait à ses yeux ébahis. La salle de contrôle du vaisseau offrait une vue magnifique sur l?univers qui en cet instant se superposait au reflet des deux amants générée par le plexiglas. Cette illusion d?optique semblait refléter la vie et son essence, contenue dans le corps de chaque être vivant, sous forme de nuées d?étoiles aux firmaments lumineux. Ils méditaient ensemble sur leur futur qui ouvrait ses bras sombres afin de cueillir dans son giron ses deux êtres transportant dans l?antre du vaisseau magnifique l?arche de la vie. Leur fuite avait été longuement préparé par Duncan. Il avait crée cette machine sous l?impulsion de ses visions offertes par l?épice.
 Il avait considéré cela comme le dernier cadeau que lui offrait sa prescience éphémère. Il avait renoncé à l?épice par la suite, tout comme Jessica. Ils ne voulaient connaître ce que leur réservait l?avenir. Cette décision constituaient leur but ultime: se détacher de l?avenir afin d?accomplir leurs choix dans la connaissance du présent, redevenir libre de leur destinée, ne plus la diriger en fonction de la survie d?une humanité perdue, ou de choix obscurs dictés par des visions mystérieuses. Ils refusaient le don que leur faisait l?univers avec humilité, bien décidé à ne plus organiser  son évolution. Ils se devaient d?avancer par des voies nouvelles ou la détermination était absente. Les hommes pensaient avoir réalisé un progrès immense en découvrant l?épice de prescience, ils pensaient qu?elle ouvrirait les portes du potentiel humain. Elle ne faisait que mettre à jour des potentialités qui était dominé par les peurs et les angoisses, la prescience était un don dangereux dont on ne pouvait abuser. Elle réduisait l?étendue des capacités de l?homme en lui livrant le chemin à suivre. Jessica et Duncan avait compris la nécessité des erreurs ainsi que la sagesse qui pouvaient résider dans le choix du chemin le plus long. La nature suivait son rythme, mais l?homme avait brûlé les étapes. Et ils étaient arrivés à un point de non retour.
- « Est ce que tout nos pensionnaires sont installés ? » demanda Jessica
- « Oui, bien que certains ne soient pas ravies de se retrouver ici. Les jeunes filles que nous avons amener s?occupe en ce moment des enfants que nous avons pris à  tes s?urs. Quant à mes hommes, ils ont confiance en moi. Mais je peux sentir leur peur. »
- « Les filles comprendront notre décision. L?enseignement des s?urs ne leur seront d?aucune utilité. C?est un nouveau départ. Quant à la peur.. elle nous étreint tous. Ma décision est la première qui soit entièrement indéterminée. Je ne sais ou l?on se dirige, j?ai quitté mes cadres habituels, et j?ai abandonné mon passé. L?inconnu m?entoure de son aura? »
- « Nous quittons ce monde ci, pour une vie différente. Ces êtres connaîtront le passé de leurs ancêtres, mais ils ne porteront pas le poids de leurs erreurs et de leurs angoisses. Ils seront à même de créer leur propre vision de l?homme, sans que l?on décide pour eux des critères à respecter. Nous ramenons l?humanité à ses balbutiements, à ses premiers pas ou elle contemplait l?étendue des possibilités qui s?offrait à elle. Aucune contrainte, seulement le choix de leur devenir, en fonction de leurs désirs, naturels et en adéquation avec leur environnement. Nous leur offrons un bien précieux, que l?humanité a perdu au cours de son histoire, à force de décisions et de réductions, de contraintes et d?obligation. »
- « quel est ce don, mon amour ? »
Duncan sourit, et posa sa main sur le ventre de Jessica qui contenait les prémisses d?une vie future.
- « Nous leur offrons le choix. Ceci prendra plusieurs générations, il est possible que nombre d?entre eux ne comprenne pas notre acte. Mais lorsqu?ils auront oublié leurs vies passés et que les nouvelles générations s?éveilleront à la vie, ils verront dans leur regard une humanité riche et préservé, qui ne demande qu?à s?étendre. Ils sauront alors au plus profond de leur être qu?ils possèdent à nouveau le libre arbitre, ils sentiront la balance du jugement reprendre ses droits. Ils apprivoiseront à nouveau leur capacité à choisir? Tout comme nous l?avons fait. »
Jessica semblait contemplative. Elle rajouta avec un sourire :
- « Nous avons choisi la vie, énergie éphémère, dont les ramifications occupent chaque parcelle de notre corps ainsi que celui de nos enfants. Notre humanité ne se reflète pas dans nos actes, mais dans les choix qui à chaque instant bouleverse l?énergie de la vie contenue dans nos cellules. Chaque choix se doit d?être le reflet de l?amour que l?on porte à l?objet qui a motivé notre décision. »
Duncan approuva d?un signe discret de la tête.
- « tu portes en toi l?énergie universelle. Cet enfant ne sera pas nous, ni le reflet de ses ancêtres. Il sera différent. »
Jessica était inquiète.
- « Qui nous dit que l?humanité ne refera pas les mêmes erreurs, qui nous dit que dans le futur deux êtres ne reprendront pas la décision que nous avons prise ? N?auront ils pas alors les mêmes espoirs ? »
- « Ceci est impossible. L?univers dissimule des ressources qui dépasse de loin ce que l?on peut imaginer. Laisse le hasard quantique décider de notre avenir, laisse à l?humanité le choix de sa destinée. »
Le silence se fit. Les étoiles défilaient lentement, au rythme du vaisseau qui s?apprêtaient à voyager sur l?espace plissé afin de rejoindre un nouveau système.
La lumière qui emplissait la salle de contrôle était douce et apaisante. On pouvait déceler dans le reflet des nuées interstellaires l?essence de la matière qui se dissipaient lentement dans le vide absolu, glissaient dans des trous noirs pour ressurgir sous une forme différente et nouvelle aux combinaisons uniques. Cette énergie mouvante  recomposait la toile universelle qui ne cessait de se défaire sous l?impulsion des douces déterminations physiques et psychiques qui emplissaient cet espace vibrant et ondulant au rythme de la musique de la vie.    



fin
La difficulté de la conscience est qu?elle est indicible, les mots sont limités par un cadre rigide et étroit alors qu?elle effleure l?infini de l?imagination.»

Hors ligne Matou

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CORIOLIS
« Réponse #9 le: avril 10, 2007, 01:55:36 pm »
Euh, et le chapitre 7 ??????????? :D
Quand je suis plus faible que vous, je vous demande la liberté car cela s'accorde à vos principes; quand je suis plus fort que vous, je prends votre liberté car cela s'accorde à mes principes.
:userbar-dar2:

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CORIOLIS
« Réponse #10 le: avril 10, 2007, 02:04:01 pm »
c'est corrigée, erreur de copier/coller ;)
bonne lecture  :lol:
La difficulté de la conscience est qu?elle est indicible, les mots sont limités par un cadre rigide et étroit alors qu?elle effleure l?infini de l?imagination.»